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La religiosité dans le monde actuel

Silo. intervention publique à la Maison de la Suisse,

Buenos Aires, Argentine 6 juin 1986

Video: https://www.youtube.com/watch?v=tye8facMXH4

Quelle utilité peut-il y avoir à traiter le thème de la religiosité dans le monde actuel ? Cela dépend. Pour celui qui se préoccupe du développement des phénomènes sociaux, toute variation dans les croyances et dans la religiosité a son intérêt. Quand la religiosité régresse, l’homme politique ne se sent pas concerné…

À l’inverse, lorsqu’elle progresse, elle mérite son attention. Pour nous qui sommes des gens ordinaires, cela sera attrayant dans la mesure où cela correspond à un type de recherche ou d’aspiration qui dépasse le quotidien. Je ne pense pas que mon exposé puisse aborder des intérêts aussi divers.

Je ne prétends pas faire un exposé scientifique comme peuvent en faire les sociologues ; je m’efforcerai plutôt d’illustrer mes points de vue. Bien entendu, je ne me hasarderai pas à donner une définition de la religiosité, ni même de la religion ; je laisserai ces deux termes à la compréhension intuitive du citoyen ordinaire. Évidemment, nous n’allons pas confondre la religion, son église, son culte et sa théologie avec la religiosité ou le sentiment religieux, lesquels se rencontrent très fréquemment en dehors e toute église, de tout culte et de toute théologie. Cet état de conscience, ce sentiment se réfèrent sûrement à un certain objet puisque dans tout état de conscience (et par conséquent dans tout sentiment) existe une structure qui met en relation des actes de la conscience avec des objets.

Bien, à partir de là, nous attendons des érudits en la matière qu’ils sachent accueillir nos ingénuités avec un sourire bienveillant plutôt qu’avec des reproches. Considérons maintenant les quelques opinions suivantes et voyons si certaines peuvent nous être utiles.

Je pense, premièrement, qu’un nouveau type de religiosité a commencé à se développer au cours des dernières décennies ; deuxièmement, que cette religiosité présente un tréfonds de rébellion diffuse ; troisièmement, qu’en conséquence de l’impact de cette nouvelle religiosité, et bien sûr des changements vertigineux qui se produisent dans les sociétés, il est possible que les religions traditionnelles aient à subir en leur sein des adaptations et des réajustements substantiels ; quatrièmement, qu’il est fort probable que, sur l’ensemble de la planète, les populations connaissent des secousses psychosociales résultant en grande partie de ce nouveau type de religiosité.

D’autre part, et même si cela semble opposé à l’avis de l’ensemble des observateurs sociaux, je ne crois pas que les religions aient perdu de leur dynamique ; je ne crois pas qu’elles se soient éloignées des pouvoirs de décision politique, économique et sociale, et je ne crois pas non plus que le sentiment religieux ait cessé de toucher la conscience des peuples.

Certains faits vont nous permettre de renforcer cette idée. Les manuels nous disent que la zone comprise entre 20° et 40° de latitude nord et entre 30° et 90° de longitude a donné naissance aux grandes religions, lesquelles ont ensuite fini par recouvrir le monde. Pour être plus précis, nous soulignerons trois points appelés aujourd’hui Israël, Iran et Inde, qui ont agi pendant des milliers d’années comme des centres de pression barométrique de l’esprit humain, générant des espèces de cyclones.

Certains firent table rase des systèmes politiques, des formes d’organisation sociale et des coutumes antérieures, alors que d’autres délivrèrent en leur début une foi et une espérance à tous ceux qui se sentaient meurtris face à un pouvoir et à un monde agonisants.

Le judaïsme produisit sa propre religion nationale ainsi qu’une religion missionnaire à caractère universel, le christianisme.

Le génie du peuple arabe donna naissance à son tour, et à partir de la diversité de ses croyances tribales, à une religion missionnaire et universelle, l’islam (connu aussi comme mahométisme) qui, depuis son origine, doit ses bases fondamentales au judaïsme et au christianisme. Le judaïsme, en tant que religion nationale, puis le christianisme et l’isl am, en tant que religions universelles, sont aujourd’hui des religions vivantes et qui se transforment.

Plus à l’est, en Iran, l’ancienne religion nationale a donné naissance à d’autres religions missionnaires et universelles. De la religion-mère, il ne reste plus aujourd’hui que quelques 100.000 dévots en Inde, principalement à Bombay. Dans son pays d’origine, elle n’a plus aucune importance et ce d’autant plus que l’Iran se trouve aux mains de l’islam. Quant aux religions missionnaires de l’Iran, elles vont se déplacer vers l’Orient et vers l’Occident jusqu’au IVe siècle, à tel point qu’elles entreront en rivalité avec le christianisme face auquel elles semblèrent un moment s’imposer. Finalement, le christianisme triompha et ces religions furent abolies tout comme l’ancien paganisme.

C’est ainsi que les religions nées en ce lieu sont apparemment mortes pour toujours. Pourtant, beaucoup de leurs thèmes auront une influence sur le judaïsme, le christianisme et l’islam, provoquant d’ailleurs des hérésies dans l’orthodoxie de ces religions.

La secte chiite de l’islam, qui est la religion officielle de l’Iran d’aujourd’hui, a pour sa part subi de forts bouleversements ; et en Iran même, c’est au siècle dernier qu’est apparue une nouvelle force religieuse, le babisme et par la suite la foi bahai. En Inde, la religion nationale en a engendré d’autres parmi lesquelles se détache le bouddhisme de par son caractère missionnaire et universel. Aussi bien la religion-mère que les autres – nées avant notre ère – continuent d’agir vigoureusement. C’est au XXe siècle que, pour la première fois, l’hindouisme en tant que religion nationale a commencé à se répandre en Occident, par l’envoi de missions, parmi lesquelles la foi d’Hare Krishna. Cette dernière est peut-être l’une des réponses à l’arrivée du christianisme, favorisé par le colonialisme anglais de l’époque.

N’oublions pas de considérer d’importantes religions comme celles de la Chine, du Japon et de l’Afrique Noire ou celles, aujourd’hui disparues, du continent américain. Mais aucune d’elles ne réussit à former de grands courants supranationaux à l’instar du christianisme, de l’islam ou du bouddhisme.

Après avoir évincé les musulmans d’Europe, le christianisme arriva et s’implanta en Amérique. L’islam dépassa les frontières du monde arabe et se répandit dans toute l’Afrique, mais aussi jusqu’en Turquie puis, de là, en Russie, en Inde, en Chine et en Indochine. Le bouddhisme, pour sa part, fit une percée au Tibet, en Chine, en Mongolie, en Russie, au Japon et dans tout le Sud-Est asiatique.

Dès leur début, ces grandes religions universelles connurent des schismes. Elles se divisèrent en sectes. L’islam fut scindé entre sunnites et chiites, le christianisme entre nestoriens et monophysites, etc. Depuis les réformes de Calvin, Luther, Zwingli et celles des anglicans, le christianisme se trouve divisé en deux grandes sectes, génériquement appelées protestante et catholique, auxquelles il faut ajouter la secte orthodoxe. Ainsi, en se fragmentant, les grandes religions ont donné naissance à de grandes sectes. Si la lutte pour le pouvoir temporel, qui a opposé les différentes religions, fut longue et sanglante – à l’époque des croisades par exemple –, la guerre entre les grandes sectes d’une même religion a atteint, quant à elle, des sommets inimaginables. Réformes et contre-réformes de toutes sortes ont secoué le monde en maintes occasions. Et il en fut ainsi jusqu’à la période des révolutions qui marque ce que l’on appelle scolairement « Les Temps Modernes ».

En Occident, la Révolution française, la Révolution anglaise et les révolutions américaines ont modéré les excès, et de nouvelles idées de liberté, d’égalité et de fraternité ont imprégné la société. C’est l’époque des révolutions bourgeoises. De curieuses tendances apparaissent alors comme celle de la déesse Raison, une forme de religiosité rationaliste. D’autres courants plus ou moins scientifiques proclament des idéaux égalitaires desquels proviennent des schémas de société qui ont souvent des relents « d’Évangile social »… L’industrialisme a déjà commencé à prendre corps et les sciences s’organisent selon de nouveaux schémas.

La religion officielle perd alors du terrain. Dans Le Manifeste communiste, Marx et Engels ont admirablement décrit la situation dans laquelle se trouvaient ces inventeurs d’évangiles sociaux. Citons à cet effet le troisième paragraphe du chapitre III : « Les systèmes socialistes et communistes proprement dits, les systèmes de Saint-Simon, de Fourier, d’Owen, etc. font leur apparition dans la première période de la lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie…»

Et plus loin : « …Comme le développement de l’antagonisme des classes marche de pair avec le développement de l’industrie, ils n’aperçoivent pas davantage les conditions matérielles de l’émancipation du prolétariat et se mettent en quête d’une science sociale, de lois sociales dans le but de créer ces conditions…Ils substituent leur propre ingéniosité à l’activité sociale ; aux conditions historiques de l’émancipation, des conditions fantaisistes ; à l’organisation graduelle et spontanée du prolétariat en classe, une organisation de la société fabriquée de toutes pièces par eux-mêmes. »

Au sein de ces courants de l’Évangile social apparaît un auteur nommé Auguste Comte. Il travaille au journal de Saint-Simon et collabore avec lui à la rédaction du Catéchisme des industriels. Auguste Comte est connu pour avoir donné naissance à un courant de pensée, le Positivisme ; il est également connu pour avoir élaboré le concept et le nom des sciences sociales : la Sociologie. Auguste Comte écrira Le Catéchisme positiviste et fondera la « Religion de l’Humanité ». En Angleterre, le culte survit à peine.

En France, son lieu d’origine, il est inexistant. Il est cependant parvenu jusqu’au continent américain et particulièrement au Brésil. Là, il a véritablement pris racine, ce qui a eu des conséquences dans la formation de plusieurs générations positivistes, davantage du point de vue philosophique que religieux.

Dans les nouveaux courants, on en arrive à un athéisme militant comme chez Bakounine et les anarchistes, ennemis de Dieu et de l’État. Dans leur cas, le fameux « Dieu est mort » de Nietzsche s’est déjà fait sentir. Il ne s’agit pas simplement d’irréligiosité mais bien plutôt d’attaques furibondes contre tout ce qui ressemble à la religion, et plus particulièrement au christianisme.

Mais d’autres mutations sont en train d’opérer. En Suisse, Léon Rivail organise les idées de Pestalozzi, l’un des créateurs de la pédagogie moderne. Rivail prit ensuite le nom d’Allan Kardek pour devenir le fondateur de l’un des mouvements religieux les plus importants de ces dernières années, le Spiritisme.

Le livre des Esprits de Kardek, publié en 1857, donne naissance à un mouvement qui s’est répandu à travers l’Europe et l’Amérique jusqu’en Asie. C’est par la suite qu’apparaîtront la théosophie, l’anthroposophie et d’autres expressions que l’on peut regrouper à l’intérieur des courants occultistes plutôt que dans les religions. Ni le spiritisme, ni les regroupements occultistes n’ont un caractère de secte au sein des religions. Il s’agit en fait d’un autre type de formations, lesquelles ne sont de toute façon pas étrangères au sentiment religieux. Ces associations, parmi lesquelles nous reconnaissons aussi bien la Rose-Croix que la Franc-maçonnerie, ont connu leurs plus grands succès au siècle dernier à l’exception toutefois du spiritisme qui, lui, continue de se développer avec beaucoup de vigueur jusqu’à l’heure actuelle.

À l’aube du XXe siècle, le panorama se présente de manière chaotique. Des sectes chrétiennes comme les mormons et les Témoins de Jéhovah ont fait leur apparition et beaucoup d’autres, qui sont des sectes de sectes, prolifèrent de manière vertigineuse. De même, en Asie, les évangiles sociaux se tournent aussi vers la mystique. Auparavant, dans les années 1850 en Chine, les Tai Ping s’étaient emparés de zones importantes, et seule la prise de Pékin leur manqua pour proclamer une république socialiste, collectiviser les moyens de production et rendre les conditions de vie du peuple égales pour tous. Le « Roi Céleste », chef de ce mouvement, proclamait ses idées politiques qui étaient imprégnées de taoïsme et de christianisme. La lutte contre l’Empire coûta des millions de vies…

En 1910, Tolstoï meurt en Russie. Il s’était par trop écarté de l’Église Orthodoxe et le Saint-Synode décida de l’excommunier. C’était un chrétien convaincu, mais à sa façon, il proclamait son propre Évangile : « Ne prends pas part à la guerre ; ne blasphème pas ; ne juge pas ; ne résiste pas au mal par la force. » Plus tard, il abandonne tout : livres, maison, famille. Ce n’était plus le brillant écrivain mondialement connu, auteur d’Anna Karénine et de Guerre et Paix. C’était le mystique christiano-anarcho-pacifiste, source indubitable d’un nouveau projet et d’une nouvelle méthodologie de lutte, la non-violence.

L’anarcho-pacifisme de Tolstoï, les idées de Ruskin et l’Évangile social de Fourier – celui que Marx mentionne dans Le Manifeste –, se combinent chez un jeune avocat indien en lutte contre la discrimination en Afrique du Sud, Mohandas Gandhi. Ce dernier, suivant l’exemple de Fourier, fonde un phalanstère ; mais il essaie surtout d’appliquer une nouvelle forme de lutte politique. Il retourne en Inde et, les années suivantes, les indépendantistes indiens commencent à se regrouper autour de lui.

C’est avec lui que débutent les marches pacifiques, les grèves sur le tas, les sit-in de rue, les grèves de la faim, les occupations pacifiques… en somme, ce que Gandhi appelle « résistance civile ». Il ne s’agit plus d’occuper les centres névralgiques selon la tactique révolutionnaire de Trotski. Il s’agit du contraire : faire le vide.

C’est alors que surgit une étrange opposition : la force morale contre la prépotence économique, politique et militaire. Il est bien évident qu’avec Gandhi, nous ne parlons plus d’un pacifisme larmoyant, mais plutôt d’une résistance active. C’est probablement le type de lutte le plus courageux car le corps et les mains nues s’exposent aux balles des envahisseurs et des colonisateurs occidentaux. Ce « fakir nu », comme disait le Premier ministre anglais, gagne cette guerre et est ensuite assassiné.

Par ailleurs, le monde connaît un bouleversement considérable. La Première Guerre mondiale éclate et la Révolution Socialiste triomphe en Russie. Cette dernière démontre par les faits que ses idées, considérées jusqu’alors comme utopiques par les bienpensants de l’époque, sont non seulement appliquées mais qu’elles modifient aussi la réalité sociale. Les nouvelles structurations et la planification de l’avenir de la Russie changent la carte politique de l’Europe. La philosophie, qui avait organisé les idées de la Révolution, commence à gagner le monde entier avec force. Le marxisme passe rapidement, non seulement d’un pays à l’autre, mais aussi d’un continent à l’autre.ll est bon de rappeler certains événements qui se sont produits pendant la période de la guerre 1914-1918. En quatre petites années se produisent les choses suivantes : Richardson expose sa théorie sur la nature électronique de la matière ; Einstein livre sa théorie de la relativité générale ; Windhaus effectue ses recherches sur la chimie biologique ; Morgan, celles sur les mécanismes de l’hérédité de Mendel ; Meyerhof étudie la physiologie musculaire ; Juan Gris révolutionne la peinture ; Bartok compose les Danses hongroises et Sibelius la Symphonie n°5 ; Siegbhan étudie le spectre des rayons X ; Pareto écrit sa Sociologie ; Kafka, La métamorphose ; Spengler, La décadence de l’Occident ; Maïakowski, Le mystère cosmique ; Freud, Totem et tabou et Husserl, Idées pour une Phénoménologie. C’est le début des guerres aériennes et sous-marines et le début de l’utilisation des gaz asphyxiants. Le groupe « Spartakus » surgit en Allemagne ; le front turc est rompu en Palestine ; Wilson expose son programme en « 14 points » ; les japonais débarquent en Sibérie ; des révolutions éclatent en Autriche et en Allemagne ; la république est proclamée en Allemagne, en Hongrie et en Tchécoslovaquie ; l’État yougoslave naît et la Pologne acquiert son indépendance ; l’Angleterre accorde le droit de vote aux femmes ; on ouvre le canal de Panama et l’Empire est rétabli en Chine ; les Portoricains deviennent citoyens des États-Unis et la constitution mexicaine est proclamée.

À cette époque, nous sommes à l’aube de la révolution technologique, de l’écroulement du colonialisme et au début de l’impérialisme à l’échelle mondiale. Dans les années suivantes, des faits décisifs se multiplient. Il serait pénible d’en énoncer la liste complète. Cependant, pour illustrer notre propos, nous en citerons quelques-uns. Dans le domaine des sciences, Einstein a doté la raison d’élasticité : il n’y a plus de vérités absolues, elles deviennent relatives à un système. Freud prétend que la raison elle-même est mue par des forces obscures qui, en luttant avec les superstructures de la morale et des coutumes, déterminent la vie humaine. Le modèle atomique de Bohr présente une matière où prédomine le vide… tout le reste n’étant que charge électrique et masse infinitésimale. Selon les astrophysiciens, l’Univers est en expansion à partir d’une explosion initiale ; il se structure en galaxies, en nids de galaxies, en îlots-univers et se dirige vers une entropie qui se terminera en catastrophe finale… Dans une galaxie en spirale, peuplée d’à peine 100 milliards d’étoiles, se trouve un soleil jaune suspendu à son flanc et éloigné du centre de son système par 30.000 années-lumière. Une ridicule particule de 12.000 kms de diamètre tourne autour de ce soleil à la distance insignifiante de 8 minutes-lumière. Et sur cette particule, une nouvelle guerre éclate et se répand partout…

Les fascismes avancent. L’un de ses représentants avait déjà proclamé : « Vive la Mort ! » Mais cette nouvelle guerre n’est pas un conflit religieux. C’est une lutte d’hommes d’affaires et d’idéologies délirantes. Génocides et holocaustes, famines, maladies et destruction atteignent des niveaux jusqu’alors inconnus.

La vie humaine en est réduite à l’absurde. Certains en viennent à penser : « À quoi bon exister ? » ou « Qu’est-ce qu’exister ? »

Le monde a explosé. Les sens nous trompent. La réalité n’est pas ce que nous voyons. Un jeune physicien, Oppenheimer – qui étudie en même temps le sanskrit pour comprendre la religion védique hindoue – dirige alors le projet Manhattan.

Dans la matinée du 16 juillet 1945, il entre dans l’Histoire. Un soleil miniature a explosé sur Terre. L’ère nucléaire a commencé. Mais cela a également mis un terme à la Seconde Guerre mondiale.

D’autres hommes se chargeront de détruire Hiroshima et Nagasaki. Il n’y a plus une seule civilisation ni aucun point du globe qui ne soit pas en contact avec les autres. Le réseau de communication couvre le monde entier. Il ne s’agit plus seulement de produire et d’échanger des objets par voies aériennes, maritimes et ferroviaires, mais aussi de communiquer les signes du langage : la voix humaine et l’information arrivent partout instantanément.

Tandis que le monde cicatrise ses plaies, le Pakistan et l’Inde prennent leur indépendance et la guerre d’Indochine commence. On proclame l’État d’Israël et la République Populaire de Chine avec Mao à sa tête. En 1951, c’est la création du COMECONdans le camp socialiste européen et celle de la Communauté du Charbon et de l’Acier en Europe Occidentale. Nous sommes en pleine guerre de Corée alors qu’une autre guerre, connue sous le nom de « guerre froide », oppose le capitalisme au socialisme. Aux États-Unis, le sénateur Mac Carthy entame la chasse aux sorcières qui donne lieu à bon nombre d’arrestations, de destitutions et de condamnations à mort de suspects et d’espions mineurs tels que les époux Rosenberg. Le stalinisme commet à son tour toutes sortes d’atrocités et de répressions. Staline mort, Krouchtchev prend le pouvoir et dévoile la réalité aux yeux du monde. Les intellectuels de bonne foi, qui considéraient tout cela comme une simple propagande occidentale pour discréditer l’U.R.S.S., restent stupéfaits. Surviennent ensuite les désordres de Pologne et le retour au pouvoir de Gomulka, puis la révolte hongroise.

Les dirigeants soviétiques doivent alors choisir entre la sécurité, nationale et internationale, et leur image. Ils optent pour la sécurité et les tanks soviétiques pénètrent en Hongrie. Pour le Parti, c’est un « choc » à l’échelle mondiale. D’autres vents commencent à souffler. La nouvelle foi est en crise. En Afrique, les mouvements de libération se succèdent les uns aux autres et les frontières des pays changent. Le monde arabe est en pleine convulsion. En Amérique latine, les injustices s’aggravent, renforcées par des régimes tyranniques qui sont l’expression de l’influence tardive des fascismes européens.

Coups d’États, contrecoups d’États et chutes de dictateurs se succèdent. Les États-Unis, empire déjà établi, y maintiennent leur arrière-garde. L’énorme richesse du Brésil est aux mains d’un très petit nombre. Le pays connaît la croissance, mais l’irritante inégalité sociale s’accentue. C’est un géant endormi qui se réveille. Ses frontières touchent presque tous les pays d’Amérique du Sud. Ses cultes comme l’Umbanda et le Candomblé, issus d’Angola et d’autres régions d’Afrique, se sont déjà répandus jusqu’en Uruguay, en Argentine et au Paraguay. L’Uruguay, que l’on appelait la « Suisse d’Amérique », est en banqueroute.

L’Argentine agricole et pastorale s’est transformée. C’est dans ce pays que se sont produits les plus formidables mouvements de masse jamais connus en Amérique. Un président populaire et son épouse charismatique proclament la « mystique sociale » de leur doctrine. Avant eux, un autre président – tout aussi populaire bien qu’ayant des attitudes totalement opposées – était de filiation spiritiste et krausiste. C’est aussi dans ce pays que plusieurs temples catholiques sont incendiés en 1955…

Qu’est-il en train de se passer là ? Ce pays tranquille, qui n’est déjà plus le « grenier du monde », lutte pour se débarrasser des derniers vestiges du colonialisme économique britannique.

C’est dans ces conflits que se forme Ernesto Guevara. Plus tard, après la révolution qui a déposé Bastista en 1959, il sera au pouvoir à Cuba. Par la suite, il poursuivra sa lutte dans d’autres pays et sur d’autres continents. Une révolte guévariste échouera au Sri Lanka. Sous toutes les latitudes, son influence va enflammer l’idée de la guérilla chez les jeunes. Il est à la fois le théoricien et l’homme d’action ; il utilise les expressions anciennes de Saint Paul pour définir « l’homme nouveau ». Il dira avec poésie : « À partir d’aujourd’hui, l’Histoire devra tenir compte des pauvres d’Amérique… » Peu à peu, il va s’éloigner de ses conceptions initiales ; son image est à jamais fixée dans la photographie qui

a fait le tour du monde. Il est mort quelque part en Bolivie ; c’est le Christ des Figuiers.

À la même époque, l’Église Catholique produit de nombreux documents sur la question sociale et organise l’Internationale sociale-chrétienne sous des noms différents suivant les pays. En Europe, la Démocratie Chrétienne s’impose dans plusieurs pays et depuis lors, le pouvoir oscille entre les sociaux-démocrates, les sociaux-chrétiens et les conservateurs libéraux. Le socialchristianisme s’étend à l’Amérique latine. Au Japon, le shintoïsme, religion impériale, connaît une crise importante. Le bouddhisme développe alors la petite secte Soka Gakkai qui regroupera 6 millions de croyants en 6 ans ; c’est sur cette base que le Komeito est lancé et devient le troisième parti politique du pays.

En 1957, l’U.R.S.S. met le premier satellite artificiel en orbite autour de la Terre. Pour le grand public, cela va clairement signifier au moins deux choses : 1) un voyage interplanétaire est possible ; 2) les satellites, en tant qu’antennes et relais, vont permettre de connecter la Terre entière à travers la télévision.

À partir de là, l’image parvient partout où il y a un récepteur. La révolution électronique balaie toutes les frontières. Bien sûr, un autre problème surgit, celui de la manipulation de l’information et de l’utilisation d’une propagande hautement sophistiquée.

Désormais, le système pénètre dans chaque maison, mais également avec lui, l’information.

Depuis les essais nucléaires dans l’atoll de Bikini, le maillot de bain qui porte ce nom est devenu à la mode. La tenue de Mao Tsé Toung se porte désormais sur les chemises décontractées.

L’opulence de Marilyn Monroe, d’Anita Ekberg et de Gina Lollobrigida va laisser place à un autre style, unisexe, qui tend à estomper les différences. Les Beatles apparaissent comme un nouveau modèle pour la jeunesse, et partout les jeunes tiennent à leurs jeans. En Europe, la proportion d’hommes a subi une importante diminution dans la pyramide démographique. Depuis la guerre, les femmes occupent des emplois, y compris à des niveaux de direction. On constate cependant la même chose aux États-Unis et dans d’autres pays n’ayant pourtant pas connu cette effusion de sang. Quoi qu’en disent les discriminateurs, dont la résistance est tenace, il s’agit en fait d’un processus mondial… mais ce processus n’a pas la même rapidité que d’autres facteurs. Ainsi, une tentative pour que les femmes aient le droit de vote échoue en Suisse. Quoi qu’il en soit, les filles sont déjà dans les écoles, dans les lycées et à l’université ; elles militent politiquement et protestent contre l’Establishment.

À la fin des années 60, la révolte des jeunes éclate simultanément dans le monde entier. Les étudiants du Caire sont les premiers, bientôt suivis par ceux de Nanterre et de la Sorbonne.

L’onde se propage jusqu’à l’École polytechnique de Rome et gagne ensuite toute l’Europe. Au Mexique, les forces de sécurité abattent 300 étudiants. Les journées de mai 68 laissent tous les partis politiques muets. Personne ne sait vraiment ce qui se passe… d’ailleurs, les protagonistes eux-mêmes non plus.

C’est un courant psychosocial. Les gens proclament : « Nous ne savons pas ce que nous voulons, mais nous savons ce que nous ne voulons pas ! »… « De quoi avons-nous besoin ? »… « L’imagination au pouvoir ! » Les manifestations d’étudiants et de jeunes ouvriers se sont répétées dans plusieurs pays. À Berkeley, elles prennent un caractère anti-guerre du Vietnam. En Europe et en Amérique latine, on repère différentes revendications mais la simultanéité du phénomène est surprenante. Une nouvelle génération montre que la planète est une. Le 20 mai, la grève en France s’étend à 6 millions d’ouvriers. Le gouvernement organise des contre-manifestations et le régime de De Gaulle vacille. Aux U.S.A., le pasteur Martin Luther King, leader des droits civiques, est assassiné. Hippies, punks, modes contestataires et musique – beaucoup de musique – entourent la nouvelle ambiance jeune. Une partie de cette génération va se risquer dans trois chemins différents : la guérilla, la drogue et la mystique, chaque voie étant bien distincte l’une de l’autre. Normalement, elles sont en complète opposition mais elles paraissent toutes contenir le même signe de rébellion contre ce qui est établi. Les tenants de la guérilla se regroupent en commandos du type Bader-Meinhof, Brigades Rouges, Tupamaros, Montoneros, etc. Beaucoup ont pris Che Guevara pour modèle. Ils tuent et se suicident. D’autres ont pris comme modèle les enseignements d’Aldous Huxley et des grands psychédéliques comme Baudelaire. Beaucoup parmi eux se suicident aussi, en détruisant leur système nerveux. Enfin, les mystiques recherchent toutes les possibilités de changement intérieur. Ils prennent comme modèles Alan Watts, Saint François d’Assise et l’orientalisme en général. Beaucoup d’entre eux se détruisent, aussi. Évidemment, au regard de toute une génération, il ne s’agit que d’une infime partie de la jeunesse ; mais cela traduit un symptôme des temps nouveaux. La réaction du système ne se fait pas attendre : « Tous les jeunes sont suspects ». La chasse commence alors partout et la méthode employée sera plus ou moins sophistiquée selon les moyens du lieu. Des phénomènes tels que l’I.R.A. (Mouvement de Libération Irlandais), l’E.T.A. basque, le Mouvement Corse ou enfin l’O.L.P. (Palestine) ne répondent pas exactement au schéma générationnel que nous venons de décrire. Ce sont des cas différents, même s’ils s’entrecroisent en maintes occasions.

En 1969, les États-Unis envoient le premier homme sur la lune. Sa descente est retransmise en direct à la télévision. Depuis La guerre des mondes qui avait semé la panique aux États-Unis, la science-fiction a gagné du terrain. Mais il ne s’agit plus seulement de martiens qui se battent contre les terriens. Dans de nombreux récits, films ou séries T.V., les protagonistes sont des robots, des ordinateurs, des mutants ou des demi-dieux. Rappelons-le, depuis 1945 et en différents endroits, on a noté un nombre croissant d’objets étranges ayant été vus dans le ciel. Parfois, ce sont des lumières difficiles à appréhender. On a commencé à les appeler « soucoupes volantes » ou bien génériquement « O.V.N.I. » Leur apparition se fait par intermittence. Des psychologues (comme Jung) se sont penchés sur cette affaire. Les physiciens et les astronomes sont sceptiques. Certains écrivains comme Cocteau vont jusqu’à affirmer que ce sont des « êtres du futur qui viennent s’informer sur leur passé ». On crée des centres d’observation un peu partout, souvent connectés entre eux. C’est le début des pratiques de « contact » avec ces êtres supposés venir d’autres mondes. Aujourd’hui, cette croyance a gagné un terrain considérable. On a relevé des apparitions fréquentes dans les Îles Canaries, dans le Sud de la France, dans le Sud de l’U.R.S.S., dans l’Ouest des États-Unis, au Chili, en Argentine et au Brésil. En 1986, le gouvernement de ce dernier a d’ailleurs officiellement déclaré avoir eu un contact visuel et par radar avec des O.V.N.I. C’est la première fois qu’un gouvernement émet une telle affirmation. Signalons de plus que, par la suite, ce phénomène a été suivi par les forces aériennes…

Si, comme nous le disions précédemment, le catholicisme a commencé à regagner du terrain à travers des partis politiques confessionnels, l’islam, de son côté, n’a rien à lui envier. Nombre de monarchies et de gouvernements « tièdes » sont tombés et les républiques islamiques ont commencé à se multiplier. De la sorte, depuis les années 70, les grandes religions récupèrent un espace politique et économique. Il existe cependant une grande préoccupation pour la foi. En effet, en se convertissant en intermédiaires entre l’homme et l’État, entre les besoins et les solutions à y apporter, les religions comprennent qu’il ne leur suffira pas de récupérer le terrain que les forces politiques ont occupé par le passé. Des observateurs musulmans ont signalé que maintes choses avaient changé. L’ancienne organisation tribale s’est affaiblie. Dans de nombreux endroits, la richesse pétrolière s’est tournée vers l’industrie et de grands centres urbains ont commencé à apparaître. Les familles se sont réduites et vivent en appartement. À partir des pays les plus pauvres s’accentue un exode des travailleurs vers l’Europe, à la recherche de travail et cet exode altère le paysage de la jeunesse. Les pays musulmans, qui commencent à jouir de la prospérité conférée par leur pétrole, subissent aussi l’influence des institutions et des comportements ainsi que des modes du modèle occidental, en particulier dans les couches dominantes de ces sociétés. Dans ce climat de transformation, le Shah d’Iran impose l’occidentalisation forcée. Il le fait de manière despotique car il possède l’armée la mieux équipée de tout le Proche-Orient. Les grands centres pétroliers absorbent une main d’oeuvre agricole plutôt arriérée. Les villes grandissent sous la poussée de cet exode intérieur. Tout est sous contrôle… Il y a un seul leader, mais il n’est pas politique. Il est exilé en France alors que les différents partis, surveillés par la Savak, font leur jeu politique, manipulés par leurs maîtres étrangers. Bien entendu, on ne peut prêter attention à un vieux théologien de l’université de Quom : « Ce n’est pas sérieux ! », pensèrent les analystes soviétiques et occidentaux. Mais soudain, le cyclone de l’ancien Iran se remet en marche. Ainsi réapparaît le créateur de courants spirituels universels, l’initiateur d’hérésies, de luttes religieuses. Pendant toute une semaine, le monde entier va assister, stupéfait, à une réaction en chaîne psychosociale…

On croit rêver. Les gouvernements se succèdent ; l’administration publique se vide de l’intérieur ; l’armée reste paralysée et se saborde. Seul l’ordre religieux fonctionne. Depuis les mosquées, les mollahs et les ayatollahs suivent les diktats de l’Imam mythique.

Tout ce qui se passe ensuite n’est qu’une histoire très triste et très sanglante. Khomeiny déclare : « Le gouvernement islamique est le gouvernement de droit divin et ses lois ne peuvent être changées ou modifiées, pas même discutées. C’est en cela que réside la différence fondamentale entre le gouvernement islamique et les différents gouvernements monarchistes ou républicains où les représentants de l’État ou les élus du peuple proposent et votent les lo s. Or, dans l’Islam, l’unique autorité est celle du Tout-Puissant et de sa divine volonté. »

De son côté, Muammar Al-Khadafi avait déjà déclaré dans son discours d’octobre 1972 à Tripoli : « L’Islam est une vérité immuable ; il donne à l’homme la sensation de sécurité car il provient de Dieu. Les théories inventées par l’homme peuvent être le résultat d’une folie comme ce fut le cas pour la théorie annoncée par Malthus. Même la théorie du pragmatisme enseignée par l’homme n’est pas à l’abri du faux et de l’absurde. C’est pourquoi il est complètement erroné de vouloir gouverner la société humaine au nom de lois temporelles ou de constitutions. » Bien entendu, j’ai cité ces extraits en dehors de leur contexte ; mais ce que je prétends transmettre est la compréhension du phénomène religieux islamique où toute activité – y compris la politique – est subordonnée au religieux. Ce concept, apparemment en régression, semble reprendre de la vigueur. Nous savons que l’islam est en train de se développer aux États-Unis. En France, on compte aujourd’hui plus de 200.000 convertis, sans parler des gens originaires du monde arabe et de leurs descendants. Bien sûr, nous ne citons ces deux cas qu’à titre d’exemples, et évidemment l’islam s’est considérablement transformé pour parvenir jusqu’en Occident. Les formes derviches et soufies sont des cas particuliers de cette tendance.

Dans le christianisme, la mobilité existe entre les grandes sectes. Ainsi, quand les protestants représentent en quelque sorte la « religion officielle » d’un pays, ils se concentrent sur les centres de pouvoir et les catholiques gagnent la périphérie. Inversement, dans les pays dits catholiques, ceux-ci abandonnent la périphérie alors que les sectes protestantes viennent l’occuper.

Ce changement est rapide et perceptible : pendant que la secte dominante s’alarme, l’autre s’active vers le pouvoir. Dans cette lutte, il arrive que des groupes appartenant à ces sectes aient recours à des coups bas. On ne peut rejeter la responsabilité sur le protestantisme en général si un dément, nommé Manson, se promène avec une croix et une Bible tout en assassinant les gens, ou si des chrétiens protestants du Temple du Peuple finissent en Guyane dans la tuerie et le suicide collectif comme dans une parodie de Massada…

Selon moi, ces phénomènes sont caractéristiques de cette dislocation psychosociale et sont les symptômes avant-coureurs d’événements plus importants que notre société actuelle semble frôler de plus en plus près.

À mon avis, le catholicisme dispose de certaines possibilités pour récupérer une partie de l’influence qu’il a perdue en Amérique latine et, par ricochet, en Afrique. Tout va dépendre du sort réservé à la dénommée « Théologie de la Libération » dans laquelle christianisme et évangile social sont compatibles. Le Nicaragua d’aujourd’hui en est le meilleur exemple. Lors de la première entrevue entre Fidel Castro et Frei Betto, le jeudi 23 mai 1985 à 21h00 à la Havane, le prêtre a fait cette déclaration : « Commandant, je suis sûr que c’est la première fois qu’un chef d’État de pays socialiste accorde une entrevue portant exclusivement sur le thème de la religion. Le seul précédent est le document sur la religion publié en 1980 par la Direction nationale du Front Sandiniste de libération nationale. C’était alors la première fois qu’un parti révolutionnaire au pouvoir publiait un document sur ce sujet. Depuis cet événement, aucun ne fut mieux informé et approfondi sur ce thème, y compris du point de vue historique. Considérant que la problématique de la religion joue en ce moment un rôle idéologique fondamental en Amérique latine; considérant l’existence de nombreuses Communautés ecclésiastiques de base (indigènes du Guatemala, paysans du Nicaragua,ouvriers du Brésil et de tant d’autres pays) ; considérant également l’offensive de l’impérialisme qui, depuis le Document de Santa Fe, veut combattre directement l’expression la plus théorique de cette Église engagée aux côtés des pauvres, à savoir la Théologie de la Libération ; considérant tout cela, je pense que cette entrevue et son apport à cette question revêtent une très grande importance…»

À son tour, Armando Hard, ministre de la Culture de Cuba salue, dans sa préface à l’édition du livre Fidel Castro et la religion, le dialogue christiano-marxiste : « Ceci est en soi un événement transcendantal dans l’histoire de la pensée humaine. L’accent éthico-moral apparaît dans ces lignes chargées de tout ce sens humain qui rassemble ceux qui luttent pour la liberté et pour la défense des humbles et des exploités. Comment un tel miracle a-t-il pu se produire ?

Théoriciens sociaux, philosophes, théologiens et un grand nombre d’intellectuels de tous pays doivent se poser la question. » De notre côté, nous ne nous la posons plus. Il nous paraît clair que la religiosité est en progression ici, aux États-Unis, au Japon, dans le monde arabe et dans le camp socialiste, qu’il s’agisse de Cuba, de l’Afghanistan, de la Pologne ou de l’U.R.S.S. Nous nous posons plutôt la question de savoir si les religions officielles pourront adapter ce phénomène psychosocial au nouveau paysage urbain ou si, au contraire, elles seront débordées.

Il se pourrait très bien qu’une religiosité diffuse se développe dans de petits groupes chaotiques sans constituer une église formelle ; il sera alors assez difficile d’appréhender la véritable envergure que pourra prendre ce phénomène. Bien que la comparaison ne soit pas vraiment légitime, je me permets de vous rappeler un précédent ancien : la Rome Impériale a vu surgir de chez ses voisins toutes sortes de cultes et de superstitions, tandis que la religion officielle perdait de sa force de conviction. L’un de ces groupes insignifiants finit par se transformer en une Église universelle… Aujourd’hui, il est clair que pour avancer, cette religiosité diffuse devra combiner le paysage et le langage de notre époque – un langage de programmation, de technologie et de voyages spatiaux – avec un nouvel évangile social.

C’est tout. Merci beaucoup.

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Aymeric Caron : « Je prône une société dans laquelle il y aurait très peu de lois »

Au cœur de notre action collective

06.09.2015 – Udgir, Maharashtra, Inde – Fernando Alberto García*

fernamdo-at-udgir-720x480Où puisons-nous l’énergie et la motivation pour notre action collective ? Comment faisons-nous pour la maintenir sur le long terme ? Tout d’abord, de manière générale, l’énergie et la motivation pour notre action collective peuvent venir de nos pensées et de nos sentiments vis-à-vis d’elle.

Nos pensées peuvent nous donner un certain degré d’énergie et de motivation pour notre action collective. Par exemple, nos idéologies, nos croyances, nos positions, etc. Elles peuvent être bonnes ou mauvaises, vraies ou fausses, constructives ou destructrices, etc.

Nos sentiments peuvent également nous donner un certain degré d’énergie et de motivation pour notre action collective. Par exemple, l’amour, la compassion, la solidarité, mais aussi la haine, la discrimination, la vengeance, etc.

Nous pouvons transformer nos pensées et nos sentiments en références et en forces motrices pour nos vies. Cependant, ils peuvent être très variables et mouvants, et donc exposés à l’échec.

Dans le cas le plus courant, l’échec survient quand les pensées et les sentiments que nous nourrissons ne nous conduisent pas à ce que nous avions espéré.

Cela dépend de circonstances variables et changeantes, très souvent hors de notre contrôle.

Et l’échec le plus criant survient quand nos pensées et sentiments sont attachés à des choses extérieures, qui ont de la valeur pour nous.

Mais ces choses extérieures dépendent de facteurs changeants, que nous ne maîtrisons pas. Parfois nous cherchons à les atteindre, de façon possessive, comme une fin en soi.

Telle est la source la plus courante de notre énergie et de notre motivation pour l’action.

Aujourd’hui, nous attachons de l’importance à une chose extérieure et demain à une autre. Et ainsi vont les choses, au fil de nos vies.

Cependant, les problèmes surviennent, quand nous restons attachés aux mêmes choses extérieures, alors que les circonstances ont changé.

Donc, nous rencontrons des difficultés. Soit en changeant nos pensées et sentiments, tout en donnant de la valeur aux choses extérieures, qui n’arrivent pas à combler nos attentes. Soit en résistant au changement, en continuant à accorder de la valeur aux mêmes choses extérieures, en dépit du changement des circonstances, qu’elles soient personnelles ou liées à notre environnement.

Comment sortir de cette difficulté, de ce paradoxe ? Comment pouvons-nous rendre nos pensées et nos sentiments stables et exempts de toute désillusion ? Comment pouvons-nous rendre notre action stable et exempte de tout échec ?

On y parvient en apprenant à accorder une grande valeur, non pas aux choses extérieures, mais à une expérience intérieure, qui augmente ou diminue, selon l’attitude ou la perspective intérieure, avec laquelle nous vivons ce que nous vivons, nous faisons ce que nous faisons.

Une attitude intérieure, qui essaie toujours d’aller au-delà des abîmes de la contradiction et de la souffrance, en chacun de nous.

Une attitude intérieure, qui ne devrait pas être basée sur des choses à obtenir, à faire, à accomplir, mais sur une certaine façon d’établir une relation avec elles. Qui ne devrait pas être basée sur des pensées, des sentiments et des actions, mais sur notre relation à eux.

Cette attitude de libération intérieure est explicitée, entre autres, dans les Principes de l’Action Valable.

Une attitude intérieure, qui connecte toujours ce que nous faisons et ce que nous vivons, avec une Signification transcendante. Une Signification, qui transcende les actions particulières, les individus particuliers et toute chose en particulier.

Cette façon de vivre est assurément une forme de spiritualité.

Chacun doit établir cette connexion à sa façon, en fonction de ses propres croyances.

C’est dans cette perspective que notre énergie et notre motivation les meilleures et les plus élevées seront appliquées à nos pensées, nos sentiments et nos actions.

Par conséquent, nos pensées, nos sentiments et nos actions ne connaîtront aucun échec, car ils ne seront plus enracinés dans la valeur des choses extérieures, ils ne seront plus dirigés par la poursuite d’un succès extérieur. Ils seront enracinés dans une vie intérieure spirituelle, dans laquelle il y a seulement des avancées, de l’apprentissage, la croissance du bonheur et de la liberté, en nous et dans les personnes qui nous entourent.

Et si nous commettons des erreurs, ce seront les de mauvais pas dans la bonne danse, mais pas la mauvaise danse. Ce seront des erreurs dans la tactique, mais pas dans la stratégie pour aborder la vie.

En effet, la perspective spirituelle de nos vies place le « nous » audessus du « je », le « nous » audessus du « moi » et « donner audessus de « recevoir ».

Et en fait, nos vies seront organisées autour de cette vision. Il ne s’agira pas de simples paroles en l’air, pour parader ou remplir notre temps libre, mais bien de la direction, de la forme et du contenu de nos vies quotidiennes.

Cette spiritualité imprégnera notre vie réelle et tout ce que nous faisons. Et tout ce que nous faisons, que nous atteignions notre but ou pas, sera source d’inspiration pour un futur sans limites, sans fatigue, ni échec.

C’est à chacun d’entre nous de créer un lien entre les affaires quotidiennes et une Signification transcendante, de façon à donner à cette connexion une application efficace dans un projet collectif plus grand.

Par conséquent, il est important d’organiser nos vies quotidiennes, autant que faire se peut, afin d’aider à soutenir les affaires collectives d’un large groupe humain, quel qu’il soit.

Ce large groupe humain doit être guidé par les buts et valeurs les plus élevés. Pour nous, ce peut être le Mouvement Humaniste, le Message de Silo ou l’Ecole… et au final l’humanité toute entière.

Un groupe humain avec une grande diversité de personnes, qui travaillent et participent de différentes manières et selon leurs possibilités, à un objectif collectif élevé.

Un tel groupe humain peut être le miroir dans lequel nous nous voyons, nous nous testons et nous nous améliorons. En travaillant et en contribuant au tout, les limitations et les conflits que nous percevons dans tout groupe humain ne sont aucunement liés à nos limitations et nos conflits personnels. Voir le verre à moitié vide ou à moitié plein constitue la réalité que nous créons. Et ceci parle plus de nous que des choses elles-mêmes.

Et notre relation avec ce groupe humain devrait être un « don » désintéressé, sans attitude de possessivité et sans attente de « recevoir » quelque chose en échange de notre action. Car nous comprenons que le progrès du tout permet et renforce le progrès de chacun.

On atteint tout ceci non pas seulement sur la base d’une valeur plus ou moins grande accordée au groupe humain, mais par une attitude libératrice envers lui et ses affaires collectives.

Cela signifie que nous nous tiendrons éloignés des conflits créés par la dépendance à la valeur extérieure, quand ce groupe humain ne satisfait pas nos attentes possessives et consuméristes, quand nous y voyons des défauts et des imperfections. C’est-à-dire ce qui nous fait habituellement souffrir, quand notre moi possessif et consumériste est notre plus grande référence.

Car la spiritualité ou la libération de la souffrance ne doit pas être recherchée ou ne peut être atteinte, en déguisant ou en glorifiant un nouveau moyen d’élargir ou d’embellir notre propre soi.

Le seul vrai développement spirituel est celui qui va au-delà de soi et a pour but de rendre les autres heureux et libres.

Nous nous tiendrons éloignés de l’échec, de la consternation et de la contradiction, à mesure que l’écart s’amenuise entre notre signification individuelle et une Signification universelle transcendante.

Pour cela, nous avons besoin de toute la sagesse, la bonté et la force intérieure que nous puisons à une source plus élevée, qui pour certains d’entre nous, nous parvient de notre Guide Intérieur.

Tout ce que je vous raconte n’est pas seulement intellectuel ou théorique. C’est un témoignage personnel de vie que je partage avec vous.

C’est l’Intention, avec laquelle je vis, avec des succès et des échecs provisoires. Notez bien, ce n’est pas une destination, mais le chemin pour un voyage permanent d’apprentissage et de développement.

C’est l’esprit avec lequel je suis venu en Inde pour participer avec vous tous, mes amis voyageurs sur le chemin, à ce nouveau rassemblement qui nous réunit.

Dans mon cœur, je suis très reconnaissant envers mon Guide Intérieur et vous tous pour les multiples beaux événements que l’Inde et vous avez amenés dans ma vie.

Je vous souhaite plein de Paix, de Force et de Joie !

—-
* Architecte, chercheur et militant du courant de pensée, appelé « Nouvel Humanisme » ou « Humanisme Universaliste », basé sur l’œuvre de Silo. Participe activement au Mouvement Humaniste, via l’organisme social et culturel « La Communauté pour le Développement Humain » et adhère au « Message de Silo » – une forme nouvelle de spiritualité naissante.

Un humanisme spirituel pour le XXIe siècle

Aux formes agressives de l’anthropocentrisme doit succéder un humanisme spirituel fondé sur l’empathie et l’harmonie.

 Pourquoi se préoccuper d’écologie ? Parce que, pour le dire simplement, la viabilité de l’espèce humaine n’est plus assurée. L’humanisme spirituel comme nouvelle façon de penser, nouvelle cosmologie et nouvelle éthique ne pourrait-il pas fournir une réponse probante au risque de disparition prématurée qui pèse désormais sur nous ?

L’âge moderne se définissait par la primauté de l’humanisme séculier. Ce dernier est devenu si dominant qu’il a étouffé les discours religieux et idéologiques. En Chine, cela fait presque un siècle que la vie intellectuelle reste forclose dans un périmètre étroitement formé par le scientisme, le matérialisme et le rationalisme. Aujourd’hui encore, elle peine à s’affranchir de l’économisme et du consumérisme, si redoutables pour l’environnement. Un changement de fond est pourtant sur le point de s’opérer.

Aller au texte complet

Dr. Muhammad Yunus: Le Social Business, un modèle alternatif

Édifice Côte-Sainte-Catherine, Amphithéâtre Banque Nationale

Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006 et fondateur de la Grameen Bank, est un pionner en terme de social business. Né au Bangladesh, cet économiste et entrepreneur, est connu à travers le monde pour avoir fondé la première institution de microcrédit. Il nous fera l’honneur d’être présent pour venir présenter le social business et les problématiques du monde actuel.

Public cible : Étudiants de Montréal, corps professoral de HEC Montréal, membres de l’administration de HEC Montréal et membres du CRISES (Centre de recherche sur l’innovation sociale).Tout autre détenteur de billet que mentionné plus haut sans demande préalable auprès de abc@hec.ca se verra refuser l’entrée dû à des contrats avec Muhammad Yunus.

Payant : Entrée à 5$. Billet en ligne ou Billet à l’entrée

Contact : abc@hec.ca ou page facebook d’ABC

Lien de l’événement : https://www.facebook.com/events/778879268803537/

Présentation de la 2ème Marche mondiale pour la Paix et la Nonviolence 2019 (I)

https://www.pressenza.com/fr/2017/12/presentee-a-madrid-deuxieme-marche-mondiale-paix-non-violence-2019-i/

01.12.2017 – Madrid, Espagne – Rafael de la Rubia

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Présentation de la 2ème Marche mondiale pour la Paix et la Nonviolence 2019 (I)

C’est dans le cadre des Journées de la Nonviolence, tenues du 15 au 18 novembre à Madrid, qu’a été annoncée la deuxième Marche mondiale. Celle-ci commencera le 2 octobre 2019 à Madrid et se terminera le 8 mars 2020.

Ces journées, promues par Monde sans Guerres et Sans Violence et co-organisées par l’organisation PNND[i], Fundación Cultura de Paz, WILPF-Espagne, Non-violence 2018, Écologistes en action, Pressenza, AiPaz, entre autres, se sont déroulées dans plusieurs endroits de la capitale madrilène : du symbolique Congrès des députés au quartier populaire de Vallecas, en passant par la mairie de Madrid dans la place de Cybèle. Les organisateurs souhaitaient introduire la nonviolence, sous ses différentes expressions, dans toutes les sphères sociales, tant au niveau national que municipal ou local. Cette dynamique sera renforcée par la tenue de la deuxième Marche mondiale, afin que les thèmes de la paix et de la nonviolence rejoignent tous les groupes sociaux.

Le 15 novembre, dans la salle Clara Campoamor du Congrès espagnol des députés, les députés ont abordé la question de la sécurité mondiale, du risque croissant de l’utilisation des armes nucléaires dans le cadre du récent Traité d’interdiction des armes nucléaires[ii], qui est actuellement en cours de ratification par les Nations Unies et qui n’est pas soutenu par le gouvernement espagnol. À cette occasion, le député Pedro Arrojo[iii] a annoncé que 50 députés du groupe parlementaire Podemos avaient rejoint récemment le réseau PNND. Il y a également eu une réunion entre Pablo Bustinduy[iv] et Alyn Ware[v], au cours de laquelle ils ont échangé leurs points de vue sur le processus néo-zélandais et sur la manière dont ils sont parvenus, par le maintien d’un accord de défense commun entre la Nouvelle-Zélande, l’Australie et les États-Unis, à faire respecter la décision du peuple néo-zélandais de rejeter la présence d’armes nucléaires sur leur territoire. Pedro Arrojo a également annoncé l’activation, à l’échelle internationale, d’un réseau de parlementaires pour soutenir la deuxième Marche mondiale.

Crédits photos : René Gómez

Le 17 novembre a été une journée intense et animée à l’auditorium du bâtiment Cybèle de la mairie de Madrid. Trente conférenciers ont présidé une dizaine d’activités, dont des panels et des conférences.

Dans le panel « Médias – Au service de qui ? », auquel ont participé Stéphane Grueso[vi] de Radio Carne Cruda, Magda Bandera[vii] de la revue La Marea et Javier Belda de l’agence internationale Pressenza, on a souligné, entre autres, la nécessité de contrer l’information fournie par les grands groupes économiques et qui est souvent très éloignée des besoins en information des citoyens.

Ce panel a élaboré différentes approches et s’est intéressé à la façon dont la nonviolence et la spiritualité s’installent dans le monde actuel. Moisés Mato a parlé de la campagne Nonviolence 2018 ; Philippe Moal, du Centre d’études humanistes Noesis, a présenté les fondements philosophiques et psychologiques de la nonviolence ; Houssein el Ouarachi du Collectif ONDA a parlé de la nonviolence du point de vue de l’Islam ; et l’anthropologue Aurora Marquina, l’a fait du point de vue de la nouvelle spiritualité proposée par le Message de Silo.

Crédits photos : René Gómez  (Album )

Antonio Zurita, directeur de l’UCCI[viii] a déclaré que la mairie de Madrid et l’UCCI collaborent à la préparation de la deuxième Marche Mondiale et appuient l’intérêt de celle-ci à soutenir les valeurs de la nonviolence ainsi qu’à donner corps à la proposition des Villes de paix. Il a souligné la nécessité d’établir une alliance entre le pouvoir politique local et le pouvoir social, qui convergerait vers ce type d’action. Il a fait part d’une réflexion du professeur Tierno Galván, ancien maire de Madrid, qui avait déclaré que « les empires, les coutures des nations, se brisent et les villes restent ». Il a annoncé qu’un deuxième Forum mondial sur la violence urbaine aura lieu en 2018 dans le but de construire des Villes de paix et des Villes de coexistence. M. Zurita a invité Monde sans guerres à participer au comité d’organisation du Forum.

Les maires des 300 villes les plus peuplées du monde ont été convoqués à ce forum international qui sera réalisé en octobre 2018. Ce sera à cette occasion qu’aura lieu le lancement mondial officiel de la deuxième Marche pour la paix et la nonviolence.

Le calendrier provisoire du parcours de la deuxième Marche mondiale, avec les dates d’entrée et de sortie par continent, est le suivant :

EUROPE : Madrid – 2/10/2019, Cadix – 6/10/2019

AFRIQUE : Casablanca 8/10/2019, Dakar 27/10/2019

AMÉRIQUE : New York 28/10/2019, San José (Costa Rica) 20/11/2019, Bogota 21/11/2019, Santiago (Chili) 3/1/2020

OCÉANIE-ASIE : Wellington – 4/1/2020, New Delhi 30/1/2020

EUROPE : Moscou 6/2/2020, Madrid 8/3/2020

Ces dates, ainsi que les parcours détaillés dans chaque pays, seront confirmés en octobre 2018 à l’occasion du lancement de la deuxième Marche mondiale.

Vidéo de Alvaro Orus

Rafael de la Rubia
Membre de l’équipe de coordination mondiale de Monde Sans Guerres et Sans Violence et coordonnateur de l’équipe de base qui a réalisé la première Marche mondiale.


[i] Parlementaires pour la Non-prolifération Nucléaire et le Désarmement (PNND).

[ii] Le 7 juillet 2017, à l’initiative des Nations Unies, 122 pays ont conclu la négociation et l’élaboration d’un traité interdisant les armes nucléaires (Traité sur l’interdiction des armes nucléaires). Par la suite, le 20 septembre 2017, le processus de signature du Traité a été enclenché. On espère que plus de 50 pays ratifieront le traité, ce qui est nécessaire à son entrée en vigueur.

[iii] Pedro Arrojo Agudo, député de Podemos. M. Arrojo est Espagnol, détient un doctorat en physique et enseigne à l’Université de Saragosse. Ses recherches portent sur l’économie de l’eau.

[iv] Pablo Bustinduy Amador, porte-parole du groupe parlementaire de Unidos Podemos de la Commission des affaires étrangères du congrès et député de Podemos pour Madrid. Il également le coordonnateur du Secrétariat international de Podemos.

[v] Alyn Ware, coordonnateur mondial de Parlementaires pour la Non-prolifération Nucléaire et le Désarmement.

[vi] Stéphane Grueso, journaliste, cinéaste et activiste social.

[vii] Magda Bandera, journaliste et écrivaine.

[viii] Union des cités capitales ibéro-américaines (UCCI). Réseau de villes qui regroupe toutes les capitales ibéro-américaines et quelques autres villes emblématiques.

 

Voir la deuxième partie de la présentation :

Présentation de la 2ème Marche Mondiale pour la Paix et la Nonviolence (II)

Silo: Le thème de Dieu


Le thème de Dieu

 

Rencontre pour un dialogue philosophico-religieux
Syndicat Luz y Fuerza
Buenos Aires, Argentine
29 octobre 1995

J’essaierai, dans les vingt minutes qui m’ont été accordées, de donner mon point de vue sur le premier des sujets définis par les organisateurs de cet événement, à savoir Le thème de Dieu. La question de Dieu peut être posée de différentes façons.

Je choisirai le cadre historico-culturel, non par affinité personnelle, mais pour tenir compte du cadre implicite de cette rencontre. L’ordre du jour inclut en effet d’autres sujets tels que « la religiosité dans le monde contemporain » et « le dépassement de la violence personnelle et sociale ». L’objet de cet exposé sera par conséquent « le thème de Dieu », et non « Dieu ».

Pourquoi devrions-nous nous intéresser à la question de Dieu ? Quel intérêt un tel sujet peut-il avoir pour nous qui appartenons déjà au XXIe siècle ? Ne l’avait-on pas considéré comme épuisé depuis l’affirmation de Nietzsche, « Dieu est mort » ? Apparemment, cette question n’a pas été réglée par simple décret philosophique. Et ceci pour deux raisons importantes : en premier lieu, on n’a pas compris exactement la signification d’une telle question ; en second lieu, à partir d’une perspective historique, nous constatons que ce qui était considéré encore récemment comme « hors propos » soulève aujourd’hui de nouvelles questions.
Et les interrogations sur ce sujet résonnent non dans les tours d’ivoire des penseurs ou des spécialistes, mais dans la rue et dans le coeur des gens simples. On pourra toujours dire que ce que l’on observe aujourd’hui est une simple croissance de la superstition ou un trait culturel de peuples qui, pour défendre leur identité, retournent avec fanatisme vers leurs livres sacrés et leurs leaders spirituels. Avec une approche pessimiste et selon certaines interprétations historiques, on pourra toujours dire que tout ceci signifie un retour vers d’obscures époques. À chacun son avis ; toutefois la question demeure et c’est ce qui compte.
Je crois que l’affirmation de Nietzsche : « Dieu est mort » marque un moment décisif dans la longue histoire de la question de Dieu, du moins du point de vue d’une théologie négative ou « radicale », comme voudront l’appeler les défenseurs de cette position.

Il est clair que Nietzsche ne se situait pas sur le terrain de la confrontation que les théistes et les athées, les spiritualistes et les matérialistes fixaient habituellement pour leurs discussions.
Nietzsche se demandait plutôt : croit-on encore en Dieu ? Ou est-ce qu’un processus, qui mettra fin à la croyance en Dieu, est en marche ? Dans Ainsi parlait Zarathoustra, il dit :
« Et c’est ainsi qu’ils se séparèrent l’un de l’autre, le vieillard et l’homme, riant comme rient les enfants. Mais quand Zarathoustra fut seul, il parla ainsi à son coeur : “Serait-ce possible ! Ce vieux saint dans sa forêt n’a pas encore entendu dire que Dieu est mort !” »

Dans la IVe partie, Zarathoustra demande :
« Qu’est-ce que tout le monde sait aujourd’hui ? … Que ne vit plus le Dieu ancien, ce Dieu en qui tout le monde croyait jadis ? Tu l’as dit, répondit le vieillard attristé. Et j’ai servi ce Dieu jusqu’à sa dernière heure. »

D’autre part, dans Le gai savoir apparaît la parabole du dément qui dit en cherchant Dieu sur la place publique : « Je vous dirai où Dieu s’en est allé ! Dieu est mort ! Dieu reste mort ! » Mais comme ceux qui l’écoutaient ne comprenaient pas, le fou leur expliqua qu’il était venu prématurément, et que la mort de Dieu était encore en train d’advenir.

Dans les passages cités, il est évident qu’il est fait allusion à un processus culturel, au déplacement d’une croyance, en laissant de côté la détermination exacte de l’existence ou de la non existence en soi de Dieu. Le déplacement de cette croyance a des conséquences énormes car elle entraîne tout un système de valeurs, du moins en Occident et à l’époque où Nietzsche écrit. En outre, la « grande marée du nihilisme », prédite par l’auteur pour les temps à venir, a comme toile de fond la mort annoncée de Dieu.

Suivant cette conception, on peut penser que si les valeurs d’une époque sont fondées sur Dieu et que celui-ci disparaît, devra advenir un nouveau système d’idées qui rende compte de la totalité de l’existence et justifie une nouvelle morale. Ce système d’idées devra rendre compte du monde, de l’histoire, de l’être humain et de leur signification, de la société et de la vie collective, du bien et du mal, de ce que l’on doit faire et de ce que l’on ne doit pas faire. Or, de telles idées sont apparues depuis bien longtemps et ont abouti aux grandes constructions de l’idéalisme critique et de l’idéalisme absolu. Dans ce cas, peu importe qu’un système de pensée ait été appliqué en direction idéaliste ou plus matérialiste car sa trame et sa méthodologie de connaissance et d’action étaient strictement rationnelles et ne rendaient jamais compte de la totalité de la vie. Dans l’interprétation nietzschéenne, les choses étaient à l’opposé : les idéologies surgissaient de la vie pour en donner une explication et une justification.

À ce propos, n’oublions pas que Nietzsche et Kierkegaard, tous deux en lutte contre le rationalisme et l’idéalisme de l’époque, passent pour être les précurseurs des philosophies de l’existence. Cependant, la description et la compréhension de la structure de la vie humaine n’apparaissent pas encore dans l’horizon philosophique de ces auteurs, situation à laquelle on arrivera à une époque ultérieure. C’est comme si agissait encore, de manière sous-jacente, la définition de l’homme en tant « qu’animal rationnel », en tant que nature dotée d’une raison et cette « raison » pouvait être comprise en termes d’évolution animale, en termes de « réflexe », etc. À cette époque, on pouvait encore penser légitimement que la « raison » était le plus important ou, à l’inverse, que les instincts et les forces obscures de la vie orientaient la raison, comme chez Nietzsche et chez les vitalistes en général. Mais après la « découverte » de la « vie humaine », les choses changèrent…
Et je dois m’excuser de ne pas développer ce point en raison du temps qui m’est imparti pour cet exposé. Cependant, j’aimerais éclaircir sommairement la sensation d’étrangeté que l’on éprouve lorsqu’on affirme que « la vie humaine » n’a été découverte et comprise que récemment. En deux mots : depuis les premiers hommes jusqu’à nos jours, nous savons tous que nous vivons, que nous sommes humains ; tous, nous faisons l’expérience de notre propre vie ; néanmoins, dans le domaine des idées, la compréhension de la vie humaine avec sa structure typique et ses caractéristiques propres est très récente. C’est comme si l’on disait : nous, les humains, avons toujours vécu avec les codes de l’ADN et de l’ARN dans nos cellules, mais il y a fort peu de temps que ceux-ci ont été découverts et que leur fonctionnement a été compris. Ainsi, des concepts comme ceux d’intentionnalité, d’ouverture, d’historicité de la conscience, d’intersubjectivité, d’horizon, etc., ont été précisés récemment dans le domaine des idées ; et grâce à eux, on s’est rendu compte de la structure non pas de la vie en général mais de la « vie humaine ».

La définition qui en résulte est radicalement différente de celle de « l’animal rationnel ». Par exemple : la vie animale, la vie naturelle, commence au moment de la conception ; mais la vie humaine, quand commence-t-elle si elle est par définition « être-au-monde », et que ceci signifie ouverture et milieu social ? Ou bien : la conscience est-elle le reflet des conditions naturelles et « objectives » ou est-elle l’intentionnalité qui configure et modifie les conditions objectives ? Ou encore : l’être humain est-il définitivement achevé ou est-il un être capable de se modifier et de se construire lui-même, non seulement dans un sens historique et social, mais aussi biologique ? Ainsi, par d’innombrables exemples des nouveaux questionnements que pose la découverte de la structure de la vie humaine, nous pourrions arriver à dépasser le cadre des questions qui furent soulevées à l’époque de « Dieu est mort ! », à l’intérieur de l’horizon historique dans lequel prévalait encore la définition de l’être humain comme « animal rationnel ».

Revenons à notre sujet…

Si, à la mort de Dieu, on ne trouvait aucun substitut qui pose les fondements du monde et de l’activité humaine, ou bien si on imposait de force un système rationnel auquel échapperait le fondamental (c’est-à-dire la vie), ce serait le chaos et l’effondrement des valeurs, qui entraîneraient avec eux toute la civilisation.
C’est ce que Nietzsche a nommé « la grande marée du nihilisme » et parfois « l’Abîme ». Il est clair que ni les études qu’il a menées dans La Généalogie de la morale, ni les idées qu’il a développées dans Par-delà le bien et le mal ne sont parvenues à produire la « transmutation des valeurs » qu’il cherchait avec ardeur. Au contraire, en cherchant quelque chose qui puisse dépasser son « dernier homme » du XIXe siècle, il construisit un Surhomme qui, comme dans les plus récentes légendes du Golem, se mit en marche sans contrôle, détruisant tout sur son passage. On érigea l’irrationalisme et la « volonté de puissance » en valeur suprême, constituant ainsi le tréfonds idéologique de l’une des plus grandes monstruosités dont se souvient l’Histoire.

Le « Dieu est mort » n’a pu être résolu ni dépassé par une base de valeurs nouvelle et positive. Et les grandes constructions de la pensée se refermèrent dans la première partie de ce siècle sans atteindre cet objectif. À l’heure actuelle, nous nous trouvons immobilisés face à ces questions : pourquoi devrions-nous être solidaires ? Pour quelle cause devrions-nous risquer notre avenir ? Pourquoi devrions-nous lutter contre toute injustice ? Par simple nécessité, pour une raison historique ou à cause d’un ordre naturel ? L’ancienne morale basée sur Dieu, mais sans Dieu, serait-elle ressentie comme une nécessité ? Tout cela est insuffisant !

Et si aujourd’hui, nous nous trouvons dans l’impossibilité historique que surgissent de nouveaux systèmes qui posent des fondements solides, alors la situation semble se compliquer. Nous devons rappeler que la dernière grande vision de la philosophie apparaît en 1900, dans les Recherches logiques de Husserl de même que la vision complète du psychisme humain, proposée par Freud dans L’interprétation des rêves ; la vision cosmique de la physique prend forme en 1905 et 1915 avec la relativité d’Einstein ; la systématisation de la logique prend forme en 1910 dans les Principia Mathematica de Russel et de Whitehead en 1910, et dans le Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein en 1921 ; Être et Temps de Heidegger date de 1927 et cette œuvre inachevée, qui prétendait jeter les bases d’une nouvelle ontologie phénoménologique, marque l’époque de rupture avec les grands systèmes de pensée.

Ici, il faut souligner que nous ne parlons pas de l’interruption de la pensée, mais de l’impossibilité de continuer à élaborer de grands systèmes capables d’apporter un fondement à toutes choses.

Le dynamisme de cette période se manifeste également dans le domaine esthétique, à travers « le grandiose » des oeuvres. C’est Stravinsky, Bartok et Sibelius, Picasso, les muralistes Rivera, Orozco et Siqueiros ; les écrivains de grande ampleur comme Joyce, les cinéastes épiques comme Eisenstein, les constructeurs du Bauhaus avec Gropius à leur tête ; les urbanistes, les architectes spectaculaires Wright et Le Corbusier. La production artistique se serait-elle arrêtée dans les années suivantes et jusqu’à l’heure actuelle ? Je ne le crois pas.

Cependant, elle prend un autre aspect, elle se module, se déconstruit, s’adapte aux moyens ; elle se réalise grâce à des équipes et des spécialistes, et devient technique à l’extrême. Les régimes politiques sans âme qui, pendant ces périodes, s’imposent et donnent l’illusion du monolithisme et de la complétude, peuvent être compris comme les séquelles de romantismes délirants, comme des gigantismes de la transformation du monde à n’importe quel prix. Ils inaugurent l’ère de la barbarie technicisée, de la suppression de millions d’êtres humains, de la terreur atomique, des bombes biologiques, de la contamination et de la destruction à grande échelle. Voilà la grande marée du nihilisme qui annonçait la destruction de toutes les valeurs et la mort de Dieu de Zarathoustra ! En quoi l’être humain croit-il encore ? Croit-il en de nouvelles alternatives de vie ou bien se laisse-t-il emporter par un courant qui lui semble irrépressible et qui ne dépend en rien de son intention ?

C’est alors que s’installent fermement la prédominance de la technique sur la Science, la vision analytique du monde, la dictature de l’argent abstrait sur les réalités productives. Dans ce magma se ravivent les différences ethniques et culturelles que l’on croyait dépassées par le processus historique ; les systèmes sont rejetés par le déconstructivisme, le post-modernisme et les courants structuralistes. La frustration de la pensée devient un lieu commun chez des philosophes de la « faible intelligencia ». Le méli-mélo des styles qui se supplantent les uns les autres, la déstructuration des relations humaines et la propagation de supercheries en tous genres rappellent les époques d’expansion impériale de la Perse ancienne, du processus hellénistique et de la Rome de César.

Par cet exposé, je ne prétends pas présenter une morphologie historique type, un modèle de processus en spirale qui se nourrit d’analogies. En tout cas, je souligne des aspects qui ne nous surprennent pas et ne nous semblent pas incroyables car ils ont déjà émergé en d’autres temps, quoique dans un contexte différent de mondialisation et de progrès matériel. Je ne veux pas non plus transmettre l’atmosphère « d’inexorabilité » d’une séquence mécanique dans laquelle l’intention humaine ne compte pas. Je pense plutôt le contraire. Je crois que, grâce aux réflexions que suscite l’expérience historique de l’humanité, nous sommes aujourd’hui en mesure d’amorcer une nouvelle civilisation, la première civilisation planétaire. Mais les conditions requises pour ce saut sont extrêmement difficiles à remplir.

Pensons à la manière dont s’élargit la brèche entre, d’un côté, les sociétés post-industrielles de l’information et, de l’autre, les sociétés affamées ; pensons à l’augmentation de la marginalisation et de la pauvreté à l’intérieur même des sociétés opulentes; pensons à l’abîme entre les générations, qui semble freiner l’avancée de l’Histoire ; pensons à la dangereuse concentration du capital financier international, au terrorisme de masse, aux brusques sécessions, aux chocs ethnico-culturels, aux déséquilibres écologiques, à l’explosion démographique et aux mégalopoles au bord du collapsus… Pensons à tout ceci et, sans céder à une vision apocalyptique, il faudra bien admettre les difficultés que présente le scénario actuel.

Le problème se situe à mon avis dans cette difficile transition entre le monde que nous avons connu et le monde à venir. Et comme dans toutes les transitions entre la fin d’une civilisation et le début d’une autre, il faudra prendre garde au possible collapsus économique, à la possibilité d’une déstructuration administrative, à la possibilité d’un remplacement des États par des para-États et par des bandes ; il faudra prendre garde au règne de l’injustice, au découragement, à l’amenuisement de l’être humain, à la dissolution des liens, à la solitude, à l’augmentation de la violence et à l’émergence de l’irrationalisme, tout cela dans un milieu de plus en plus accéléré et de plus en plus global. Pardessus tout, il faudra examiner quelle sera la nouvelle image du monde à proposer : quel type de société, quel type d’économie, quelles valeurs, quel type de relations interpersonnelles, de dialogue entre chaque être humain et son prochain, entre chaque être humain et son âme.

Néanmoins, toute proposition nouvelle devra tenir compte d’au moins deux impossibilités : premièrement, aucun système complet de pensée ne pourra s’établir dans une époque de déstructuration ; deuxièmement, aucune articulation rationnelle du discours ne pourra être défendue au-delà des aspects immédiats de la vie pratique et de la technologie. Ces deux difficultés nuisent à la possibilité de fonder durablement de nouvelles valeurs. Si Dieu n’est pas mort, les religions ont alors des responsabilités à assumer envers l’humanité. Elles ont aujourd’hui le devoir de créer une nouvelle atmosphère psychosociale, de s’adresser à leurs fidèles avec une attitude pédagogique et d’éradiquer toute trace de fanatisme et de fondamentalisme. Elles ne peuvent rester indifférentes face à la faim, à l’ignorance, à la mauvaise foi et à la violence.

Elles doivent fermement contribuer à renforcer la tolérance, aller plus loin même que la tolérance et développer une aptitude u dialogue avec d’autres confessions et avec tous ceux qui se sentent responsables du destin de l’humanité. Elles doivent s’ouvrir, et je vous prie de ne pas prendre ceci pour une irrévérence, aux manifestations de Dieu dans les différentes cultures. Nous espérons d’elles cette contribution à la cause commune en un moment par ailleurs difficile.

Au contraire, si Dieu est mort dans le cœur des religions, nous pouvons être certains qu’il renaîtra en une nouvelle demeure, comme nous l’enseigne l’histoire de l’origine de toutes les civilisations ; et cette nouvelle demeure sera dans le cœur de l’être humain, et elle sera fort éloignée de toute institution et de tout pouvoir.

Je vous remercie de votre attention.

Pétrole et transcendence…

(Extraits-video d’une interview avec Silo. Mendoza, 2006)interview

Que fait-on contre la violence intérieure ?

Contre la violence intérieure, il est nécessaire de comprendre que tout est illusoire. Tout est très illusoire, et nous allons rapidement vers la mort. Tout ce que chacun fait, il vaut mieux le faire pour améliorer ses conditions, pour chercher quelque chose de transcendant, parce que de toute façon tout se termine par la mort.

Et si tout finit avec la mort, il n’y a pas de sens à la vie, à moins que vous puissiez trouver d’autres possibilités.

Par exemple ?

Par exemple, la transcendance, au-delà de la mort. C’est une possibilité que les personnes raisonnables devraient explorer. Pourquoi tant de censure, pourquoi tant d’autocensure ? C’est fini le rationalisme du XIXe et XXe siècle. Les gens devraient explorer ces nouveaux chemins et dire : est-ce que tout se termine avec la mort ? Ou est-ce que…

Et vous, qu’est-ce que vous croyez ?

Je crois que non. C’est ce que je crois. Mais ce que je crois est insignifiant.

Mais pour beaucoup de gens ce n’est pas insignifiant ce que vous croyez.

C’est vrai, mais c’est peu de gens à côté des 6 milliards d’habitants qu’il y a dans le monde. Un million à côté de 6 milliards…Un pour 6 mille. Non, on ne représente rien. Mis à part le problème du nombre, il y a le problème des influences. Il y a 10 types qui ont une telle influence qu’ils gèrent toute l’économie mondiale…Bon, je ne crois pas que ces 10 soient parmi nous, donc, mis à part le nombre, il y a le thème des influences. Notre influence est très petite…

J’ai lu que vous parlez beaucoup de la relation entre la violence et le désir.

Oui, en effet. Et si aujourd’hui par exemple, ils ne voulaient pas s’emparer des puits de pétrole, s’ils ne voulaient pas s’emparer de la matière première, s’ils ne voulaient pas s’emparer de toute la force économique qu’il y a sur la planète, le problème serait différent. Mais ce désir, ce pillage constant, le fait de vouloir s’emparer de ce qui appartient à l’autre…,

Thèses de l’humanisme

http://www.internationalhumanistparty.org/fr/document/theses

Le développement qui suit a pour but d’amplifier les idées présentées dans la Déclaration de Principes du Parti humaniste.

L’être humain, avant de penser à son origine, à son destin, etc. se trouve dans une situation vitale déterminée qu’il n’a pas choisie. Ainsi, il naît immergé dans un monde naturel et aussi social, « empli » d’agressions physiques et mentales qu’il enregistre comme douleur et souffrance. En réaction, il se mobilise en essayant de dépasser cette douleur et cette souffrance.

À la différence d’autres espèces, l’espèce humaine est capable d’amplifier ses possibilités corporelles, grâce à la production et à l’utilisation d’instruments, de « prothèses » (étymologiquement : pro : devant ; thesis : action de poser).

C’est en luttant contre les facteurs de douleur qu’il produit des objets et des signes qui s’intègrent à la société et se transmettent historiquement. La production organise la société et la société, à son tour, organise la production dans un mouvement perpétuel. Bien sûr, l’être humain n’est pas comme l’insecte qui transmet son expérience génétiquement, mais son état naturel et animal est modifié par le monde social.

C’est dans ce monde que naît chaque être humain : un monde dans lequel son propre corps fait partie de la nature. Un monde non naturel, mais social et historique. C’est un monde de production (d’objets, de signes), spécifiquement humain. Dans ce monde tout ce qui est produit a un sens, une intention, un pourquoi. En définitive cette intention est de dépasser la douleur et la souffrance.

La perspective de son horizon temporel, caractéristique de l’être humain, permet à celui-ci de différer des réponses, de choisir parmi des situations et de planifier son futur. Cette liberté lui permet de se nier lui-même, de nier des aspects du corps, de se nier complètement (par exemple : dans le suicide) et de nier les autres.

Cette liberté est aussi celle qui permet à quelques-uns de s’approprier illégitimement le « Tout » social. C’est à dire qu’ils nient la liberté et l’intentionnalité des autres, les réduisent à des prothèses, à des instruments de leurs propres intentions. Là, se trouve l’essence de la discrimination dont la méthodologie est la violence physique, économique, raciale et religieuse.

En conséquence, ceux qui ont réduit l’humanité des autres ont produit, de cette manière, encore plus de douleur et de souffrance, reproduisant dans la société l’ancienne lutte contre la nature. Mais aujourd’hui, elle s’exprime contre d’autres êtres humains qui ont été convertis en objets naturels.

Cette lutte ne se déroule pas entre des forces mécaniques, elle n’est pas un réflexe naturel. C’est une lutte entre des intentions humaines, et cela nous permet de parler d’oppresseurs et d’opprimés, de justes et d’injustes, de héros et de lâches. Le constat de la divergence des intentions humaines nous amène à reconnaître la valeur de la subjectivité personnelle. Ce constat nous permet logiquement de mettre en pratique la solidarité et l’engagement pour la libération de tous les discriminés, qu’ils soient majoritaires ou minoritaires.

À ce niveau, une définition de l’être humain s’impose. Il ne suffit pas de dire « l’Homme est un animal social », car d’autres animaux le sont aussi. Le définir comme un fabriquant d’objets, possédant un langage, sera aussi incomplet. Pour l’humanisme « l’Homme est l’être historique dont la forme d’action sociale transforme sa propre nature ».

Si nous admettons la définition antérieure, nous devons accepter que l’Homme puisse aussi transformer sa constitution physique… Et c’est ce qui est en train de se produire. Cela a commencé avec des prothèses externes et aujourd’hui il les introduit dans son propre corps. Il est en train de changer ses organes, il intervient dans sa chimie cérébrale, la fécondation in vitro. Il commence même à manipuler ses gènes.

Une éthique de liberté, un engagement volontaire de lutte contre les conditions qui produisent douleur et souffrance – aussi bien en moi que chez les autres – découlent, premièrement, de la reconnaissance du fait que tout être humain se trouve dans une situation donnée et que cette situation se déroule dans le monde naturel (en première instance le propre corps) au même titre que dans le monde social. Cet engagement découle, deuxièmement, de la prise de conscience que les conditions d’oppression ont été établies par quelques-uns en s’appropriant le « Tout » social. Car l’oppression exercée sur n’importe quel être humain est aussi mon oppression, sa souffrance est la mienne et ma lutte vise la souffrance et ce qui la provoque.

Mais l’oppresseur ne se satisfait pas d’enchaîner le corps. Il a besoin d’aller plus loin, de s’approprier toute liberté, tout sens et donc toute subjectivité. Pour cela, le système doit « objétiser » les idées et la réflexion. Les idées « dangereuses » ou « suspectes » doivent être isolées, enfermées et détruites comme s’il s’agissait de germes contagieux.

Dans ce domaine l’être humain doit aussi revendiquer son droit à la subjectivité : il a le droit de s’interroger sur le sens de sa vie, de pratiquer et de proclamer publiquement ses idées, sa religiosité ou son athéisme. Tout prétexte qui entrave l’exercice, l’investigation, le prêche et le développement de la subjectivité, quiconque l’entrave ou le retarde, indique sans équivoque le signe de l’oppression qu’exercent les ennemis de l’humanité.

Les thèses suivantes constituent les fondements les plus amples, sur lesquels le corps des idées s’appuie, sur ce que nous appellerons, par anticipation « doctrine humaniste ».

Les thèses, ne partent pas d’une « idée » ou d’une croyance de la réalité. Elles partent de « l’analytique » de la vie humaine comme existence, c’est à dire : la particularité concrète.

Ce préambule, qui est plutôt la direction initiale de toutes nos thèses n’empêche pas qu’on puisse arriver à un système très ample de compréhension, ainsi que cela se produit avec ces sciences qui ne partent pas d’axiomes.

D’un point de vue logique, nous défendons la méthodologie de l’analytique existentielle, et nous l’opposons à toutes logiques antérieures qui prétendent passer, par interférences, du général au particulier, puisque si on n’a pas de données de ce qui est particulier, on ne peut énoncer de données universelles qui l’incluent.

Nous reprenons sur ce point, l’interprétation des propositions catégoriques, selon laquelle les propositions particulières ont un caractère existentiel, en même temps que les propositions universelles sont leur négation.

Thèse 1. L’existence humaine se produit dans le monde. Elle y commence, s’y développe et s’y termine. C’est pourquoi on ne peut supposer une direction, une raison ou un sens préalable à l’existence, sans contredire ce qui précède.

Thèse 1.1. L’existence humaine commence avec la naissance, avec l’ouverture de l’intentionnalité au monde comme premier pas de liberté du conditionnement naturel. En ce sens, avant la naissance, on ne peut pas parler avec rigueur « d’existence humaine ».

Thèse 2. Nous entendons par monde tout ce qui est différent du propre corps. Pourtant, celui qui existe considère son corps comme une partie du monde. Corps et monde sont ce qui est donné, ce qui est fait et ce qui est naturel.

Thèse 2.1. La nature n’a pas d’intention propre. Ni le corps, ni le monde ne possèdent de conscience séparée. Attribuer une finalité à la nature peut être un artifice pour la compréhension, mais cela ne dérive pas légitimement de ces propos.

Thèse 2.2. Le monde dans lequel on naît est aussi un monde social constitué d’intentions humaines.

Thèse 2.3. Seule la sociabilité du monde a une intention. Le naturel est susceptible d’être intentionnalisé, « humanisé ». Il est certain que le social est agent et patient d’humanisation, de sens.

Thèse 2.4. L’existence humaine est ouverte au monde et y opère avec intention. Et même, elle peut le nier radicalement au moyen du suicide et de la destruction. L’existence peut annihiler le monde (par conséquent, le corps, la nature et/ou la société) ou bien humaniser le monde.

Thèse 2.5. Par conséquent, l’existence humaine est liberté en tant qu’affirmation ou négation du monde. L’intentionnalité humaine permet d’affirmer ou de nier les conditions, et, par-là même, de ne pas être le simple « reflet » de celles-ci.

Thèse 3. Le social est historicité. Ainsi, l’être humain est histoire sociale et personnelle, et non pas « nature » humaine. La nature affecte le corps humain et non pas l’intentionnalité qui, elle, est ce qui définit l’humain.

Thèse 3.1. C’est à partir de la liberté que l’être humain choisit d’accepter ou de nier les conditions sociales dans lesquelles il naît, se développe et meurt. Personne ne peut exister sans se confronter aux conditions sociales dans lesquelles il vit et personne ne peut éviter de choisir entre elles. Le fait de ne pas choisir entre des conditions est aussi un choix. Les résultats du choix ne confirment ni n’infirment ce fait.

Thèse 3.2. Dans la confrontation avec les conditions sociales surgit la notion d’historicité qui se comprend comme précédant et succédant la propre existence. Ainsi, l’activité sociale est une continuelle mise en cause de l’histoire et elle est aussi un engagement vers le futur, au-delà de la mort personnelle.

Thèse 3.3. L’existence humaine se développe parmi des contradictions introduites dans le social et le personnel par les conditions historiques.

Thèse 3.4. La contradiction a son corollaire au niveau personnel dans le registre de la souffrance. C’est pour cela que, confronté aux conditions sociales de contradiction, l’être humain individuel identifie sa souffrance avec celle des ensembles soumis aux mêmes conditions.

Thèse 4. La contradiction sociale est le produit de la violence. L’appropriation du « Tout » social, par une de ses parties, est violence et cette violence est à la base de la contradiction et de la souffrance. La violence se manifeste comme le dépouillement de l’intentionnalité de l’autre (et bien sûr de sa liberté) ; comme action d’immerger l’être humain ou l’ensemble des êtres humains, dans le monde de la nature1.

Thèse 4.1. Les différentes formes de violence (physique, économique, raciale et religieuse) sont des expressions de la négation de l’humain chez l’autre.

Thèse 5. Dans le champ des relations interpersonnelles, « l’objétisation » de l’autre: la négation (ou appropriation) de tous ou de quelques aspects de son intentionnalité est facteur de souffrance. Dans tous les cas, il y a des oppresseurs et des opprimés, des discriminateurs et des discriminés.

Thèse 6. La souffrance personnelle et sociale doit être dépassée par la modification des facteurs d’appropriation illégale et violente qui ont installé la contradiction dans le monde. Cette lutte pour dépasser la souffrance donne une continuité au processus historique et un sens à l’être humain puisqu’elle affermit son intentionnalité niée par les autres.

Thèse 6.1. La lutte pour l’humanisation du monde (naturel et social) s’accroît et se développe à travers ses résultats en tant que progrès. Mais le fait que les sociétés ne se retrouvent pas dans un même schéma et processus de développement, mais dans des voies différentes de progrès, fait que les conditions de libération sont toujours à portée de main et non pas dans un futur lointain dans lequel de supposées « conditions objectives » se produiraient.

Thèse 7. Finalement, la mort parait imposer sa « naturalité » à l’intentionnalité de l’être humain et avec sa facticité, jusqu’à maintenant inéluctable, semble déterminer tout futur et toute liberté. C’est la rébellion, face à ce fait définitif et face à la maladie, à l’inégalité et à l’injustice, qui donne une cohérence à la vie humaine. Dans cet exposé, il n’y a aucune nécessité logique qui oblige l’être humain à accepter le triomphe de l’absurde, du naturel, sur l’intentionnalité et la liberté.

Déclaration de principes du Parti Humaniste

Quel système, quelle nation, quel peuple, quelle organisation échappent aujourd’hui à la crise générale ?

Ce n’est pas par l’action des étoiles, du climat ou des régimes alimentaires que sous toutes les latitudes, s’infiltrent le nihilisme, le chômage, l’inflation, la violence, la torture, la persécution, la discrimination et la mort. Dans cette situation d’urgence, aujourd’hui comme par le passé, l’humanisme donne une réponse : organiser les relations sociales à partir de l’être humain et pour l’être humain. Cette réponse de compromis social se concrétise par la formation du Parti humaniste.

Si, à d’autres époques, l’humanisme a réagi contre l’obscurantisme et les régimes autoritaires en faisant surgir la science et en proposant des formes progressistes d’organisation sociale, à l’heure actuelle cette glorieuse naïveté a mûri, s’est forgée une identité en prenant conscience de ses possibilités et de ses limites.

L’existence humaine est le point de départ de l’humanisme, et non les théories qui posent comme postulat la réalité du monde précédant la vie humaine.

L’humanisme n’accepte pas l’explication donnée par les philosophies passées, qui prétendent qu’une métaphysique, une sociologie ou bien une historiologie sont nécessaires pour rendre compte de l’existence humaine. Tout au contraire, c’est seulement à partir de l’existence humaine vécue et concrète que l’on peut organiser une vision scientifique du monde.

L’humanisme d’aujourd’hui ne se satisfait ni de la thèse scientiste, sans fondement existentiel, ni de la supercherie d’une supposée nature humaine qui détermine les individus dans le sens du bien et du mal.

Les points fondamentaux de l’humanisme quant aux faits sociaux sont :

1. Le monde dans lequel nous naissons est un monde social, constitué par des intentions humaines.

2. Seule la sociabilité du monde a de l’intention. Le naturel est susceptible d’être « intentionnalisé », « humanisé ». Il est certain que le social est à la fois agent et patient d’humanisation, de sens.

3. Par conséquent, l’existence humaine est liberté en tant qu’affirmation ou négation du monde. L’intentionnalité humaine permet d’affirmer ou de nier des conditions et, par-là même, de ne pas être le simple « reflet » de celles-ci.

4. Le social est historicité. Ainsi l’être humain est histoire sociale et personnelle, et non pas « nature » humaine. La nature affecte seulement le corps humain et non l’intentionnalité, qui, elle, définit l’humain.

5. C’est à partir de la liberté que l’être humain choisit d’accepter ou de nier les conditions sociales dans lesquelles il naît, se développe et meurt. Personne ne peut exister sans se confronter aux conditions sociales dans lesquelles il vit et personne ne peut se passer de choisir entre elles. Le fait de ne pas choisir entre des conditions est aussi un choix. Les résultats du choix ne confirment ni n’infirment un tel fait.

6. Dans la confrontation avec les conditions sociales, surgit la notion d’historicité qui se comprend comme précédant et succédant la propre existence. Ainsi, l’activité sociale est un continuel jugement de l’histoire et elle est aussi un engagement envers le futur, au-delà de la mort personnelle.

7. L’existence humaine se développe parmi des conditions sociales et personnelles imposées par les conditions historiques. De telles conditions sont inévitables, mais n’imposent aucune nécessité historique.

8. La contradiction a son corollaire au niveau personnel dans le registre de la souffrance. C’est pourquoi, confronté aux contradictions sociales, l’être humain identifie sa souffrance individuelle à celle des ensembles soumis aux mêmes conditions.

9. La contradiction sociale provient de la violence. Cette violence se manifeste par la submersion de l’être humain ou des ensembles humains dans le monde de la nature, les spoliant d’intention (et, bien sûr, de liberté).

10. Les différentes formes de violence sont l’expression de la négation de l’être humain qui est en l’autre.

11. L’appropriation du « Tout » social par une minorité signifie violence et est à la base de la contradiction et de la souffrance.

12. La souffrance, personnelle et sociale, ne peut être dépassée que par la modification des facteurs de violence qui ont installé la contradiction.

13. La lutte pour l’humanisation du monde (naturel et social) s’accroît et se développe à partir de ses propres résultats, en tant que progrès. Dans ce progrès, l’intentionnalité s’ouvre un chemin, dépassant la douleur et la souffrance.

L’humanisme fait appel à une méthodologie descriptive et interprétative, dont la tendance à la réflexion sur l’existence dans le moment actuel est le point de départ de son développement ultérieur. En ce sens, il aspire à une méthodologie réellement scientifique. D’autre part, dans le domaine social, il aspire à réaliser ses revendications par une lutte reposant sur la méthodologie non-violente.

Le Parti humaniste ne surgit pas de façon insolite, mais correspond à la nécessité de donner une réponse à la crise de déshumanisation sociale croissante. Mettre sur pied le parti dans chaque pays sera certainement un travail local, mais fera partie d’une dynamique commune à tous : celle d’humaniser la terre.

http://www.internationalhumanistparty.org/fr/document/declaration-principes

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