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LE MANIFESTE DES PARVENUS

«Seuls les entrepreneurs peuvent devenir riches. Devenez entrepreneur. C’est le meilleur investissement que vous pouvez faire, car il implique d’investir dans vous-même, tandis que travailler pour un salaire équivaut, cela s’entend, à enrichir autrui. Les termes de l’alternative sont clairs : donner ou prendre (partager étant exclu de la discussion). Ainsi pourrait se conclure le manifeste du parvenu : ce qui n’est pas pris est perdu.»

Source: Lux Éditeur

COMENTAIRES:

Cette oeuvre vient nous rappeler du danger de la pensée unique et de la valeur de la solidarité de du bien commun. Il est pertinent de citer quelques mots sur le capital:

« Voici la grande vérité universelle : l’argent est tout. L’argent est gouvernement, il est loi, il est pouvoir. Il est, fondamentalement, subsistance. Mais en plus, il est l’art, il est la philosophie et il est la religion. Rien ne se fait sans argent ; on ne peut rien sans argent. Il n’y a pas de relations personnelles sans argent. Il n’y a pas d’intimité sans argent et même le choix de la solitude dépend de l’argent.

Mais la relation à cette « vérité universelle » est contradictoire. La majorité des gens ne veulent pas de cet état de fait. Ainsi, nous sommes face à la tyrannie de l’argent. Une tyrannie qui n’est pas abstraite car elle a un nom, des représentants, des exécutants et des procédés indubitables.

Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’économies féodales, ni d’industries nationales, ni même d’intérêts de groupements multinationaux. Aujourd’hui il s’agit, pour ces survivants historiques, d’adapter leurs avoirs aux impératifs du capital financier international, ce capital spéculateur qui se concentre à l’échelle mondiale. Même l’État national a besoin de crédits et d’emprunts pour survivre. Tous mendient l’investissement et fournissent des garanties pour que la banque assume les décisions finales. Le temps approche où les entreprises elles-mêmes ainsi que les campagnes et les villes deviendront la propriété incontestable de la banque. De même, le temps du para-État arrivera, où l’ancien ordre sera anéanti.

Parallèlement, l’ancienne solidarité disparaît. En définitive, il s’agit de la désintégration du tissu social et de l’apparition de la déconnexion de millions d’êtres humains, indifférents entre eux, malgré la pénurie générale. Le grand capital étend son pouvoir non seulement sur l’objectivité, par le contrôle des moyens de production, mais aussi sur la subjectivité par le contrôle des moyens de communication et d’information. Dans ces conditions, le grand capital peut disposer à son gré des ressources matérielles et sociales, dégradant irrémédiablement la nature et écartant progressivement l’être humain. Pour cela, il dispose de technologies suffisantes. Et, de même qu’il a vidé de sens les entreprises et les États, il vide aussi de sens la science en la transformant en technologie produisant la misère, la destruction et le chômage. »

Silo, Lettres à mes amis.

 

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Portrait de jeunes en colère qui s’opposent à la «machine» La jeunesse en mouvements

Source: Le Devoir

Une tuerie de masse de jeunes a déclenché un mouvement de masse des jeunes. Les survivants adolescents de la récente attaque d’une école secondaire de Parkland, en Floride, fédèrent depuis des gens de tous âges qui se réuniront en bloc à Washington le 24 mars, pour réclamer des mesures de contrôle des armes dans ce pays fou de ses colts et de ses AK-47.

On y attend un bon demi-million de protestataires. Et ce n’est que le début. Ce mouvement hétéroclite qui transcende les divisions d’origines ethniques et de classes sociales promet d’influencer les élections de mi-mandat cette année comme la prochaine présidentielle.

Là comme dans bien des démocraties du monde, les jeunes nés au tournant du siècle, en 2000, votent (ou plutôt peuvent voter) cette année pour la première fois. Les néovotants québécois le feront en octobre sur la scène provinciale.

Les impacts de la montée de la jeunesse militante et politique se font sentir partout. Le jeune Italien Luigi Di Maio, 31 ans, vient de désarçonner électoralement Silvio Berlusconi, « Il Cavaliere », de 50 ans son aîné. Le chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S) sort, et de très loin, grand gagnant des législatives du pays avec environ 32 % des voix cumulées, contre 14 % pour Forza Italia du milliardaire octogénaire, champion politique italien pendant un quart de siècle. En Sicile et dans certaines régions du sud, le mouvement antisystème a attiré la moitié du vote des moins de 30 ans.

Les vieux centres explosent partout. En France, Emmanuel Macron a pulvérisé le Parti socialiste centenaire. En Allemagne, les sociaux-démocrates ont perdu des millions de voix aux législatives fédérales de l’automne. En Autriche, l’hyperconservateur Sebastian Kurz, 31 ans, est chancelier depuis deux mois, ce qui en fait le plus jeune chef d’État au monde.

La colère

« Tout en nuançant d’une situation à l’autre, je dirais qu’une génération politique est en train de se lever dans le monde », commente Cécile Van de Velde, professeure de sociologie à l’UdeM, spécialiste des jeunesses, des âges de la vie, des générations. « Elle se lève de façons très différentes, par exemple en refusant de voter. Mais ce qui me semble déterminant en ce moment, c’est la colère. Ou plutôt les colères sociales et politiques portées avant tout par les jeunes générations. »

Les philosophes font écho à cette prise en compte de la colère comme ciment de l’époque des nouveaux populismes. Le Français Michel Erman (Au bout de la colère, paru en janvier) en fait l’émotion centrale de notre temps, comme le fut le spleen pour les romantiques.

L’Allemand Peter Sloterdijk a élargi la perspective dans Colère et temps(2006) en faisant de cet affect un moteur central de l’histoire. Pour lui, notre modernité avancée constitue un temps de colères généralisées et sans perspectives. De la pure rage sans objet. Le M5S, premier parti de la jeunesse italienne colérique, a organisé des manifs sur le thème du V-Day, soit Vaffanculo, c’est-à-dire « va te faire foutre »…

La Québécoise Van de Velde termine la rédaction de son propre ouvrage sur ce thème « qui va sans doute s’intituler Colères », un essai basé sur des terrains d’observation et d’enquêtes de Santiago à Hong Kong, en passant par l’Europe et l’Amérique du Nord. Elle balance entre deux sous-titres possibles : « Ce que la jeunesse nous dit de ce monde », ou encore « Lettres contre le système ».

Mouvements sociaux

Quelles sont les caractéristiques de ces colères mondiales de la jeunesse ? La spécialiste Van de Velde synthétise en primeur ses observations pour Le Devoir. Elle distingue d’abord les traits des mouvements sociaux de ceux des mouvements politiques proprement dits.

Antisystémisme. « Je suis allée voir des jeunes dans différents endroits de la planète et partout, des jeunes m’ont dit être contre le système, qui n’a pas la même définition selon les sociétés, probablement parce qu’il y a de la difficulté à nommer autrement un ennemi.

Le système, ce peut être les forces internationales du capitalisme financier, par exemple. Ou les très grands médias alors attaqués comme des complices. On parle de système parce que ça fait mal sans qu’on sache quoi nommer comme objet de sa révolte, de sa frustration, de sa colère. »

Cristallisation. La colère s’exprime par à-coups. De temps en temps surgit une cause qui permet de la concentrer, les armes en ce moment aux États-Unis, les droits de scolarité au Québec en 2012. « Oui, mais la colère s’est vite élargie, note la professeure. C’est typique des mouvements aujourd’hui qui naissent sur un point puis s’élargissent fortement. »

Déclassement. Les colères sont avant tout portées par des étudiants et de jeunes diplômés. C’est le cas en Floride avec le mouvement post-Parkland. C’était le cas ici en 2012. Le taux de diplomation s’élève et se massifie dans la plupart des pays. « Seulement, avec la crise et l’austérité, alors que les prix du logement augmentent tandis que les salaires stagnent, des chemins s’ouvrent dans les écoles et des portes se ferment dans le marché du travail, dit la sociologue. Il y a donc une frustration. Tout le monde n’est pas en colère, mais beaucoup sont frustrés, notamment en termes socioéconomiques. »

Critiques. Ce ressort de la frustration déclenche des mouvements très critiques. La nouvelle génération socialisée à la démocratie, élevée dans les réseaux sociaux et qui a naturellement de très grandes attentes démocratiques non comblées, fait remarquer la professeure. « On n’est pas dans Mai 68, où la révolte portait sur des valeurs, contre la génération précédente jugée conservatrice. Là, c’est en partie générationnel et c’est aussi plus large. Des jeunes se lèvent pour défendre des causes qui touchent tout le monde. »

En politique ?
Voilà pour les mouvements sociaux. Sur le plan politique proprement dit, la sociologue Van de Velde voit trois éléments communs au mouvement de la jeunesse dans le monde.

Polarisation. Les jeunes, plus que leurs aînés, ont tendance à voter plus aux extrêmes, quand ils votent. Ils sont attirés vers la gauche de la gauche (surtout pour les plus diplômés) ou la droite de la droite (pour les couches moins éduquées). Leur antisystémisme les porte moins vers les partis centristes et classiques.

Aux États-Unis, l’aspirant candidat démocrate à la présidentielle Bernie Sanders a rassemblé des étudiants souvent surendettés. En France, Les Insoumis comme le Front national ont attiré les faveurs de la jeunesse.

Abstention volontaire. Le choix délibéré et réfléchi de ne pas voter gagne du terrain partout. On voit monter une abstention volontaire de gens qui refusent de voter dans un système où ils croient que personne ne les représente.

Renouveau. Il y a un appétit pour de nouvelles figures, note la professeure, en rappelant tous ces nouveaux dirigeants qui stimulent à la Trudeau ou la tactique des partis qui placent à l’avant-scène des personnalités plus jeunes, capables de faire de la politique autrement. Véronique Hivon ou Gabriel Nadeau-Dubois, ça vous dit quelque chose ?


Commentaire: Au sujet du climat psychosocial qui commence à s’étendre parmi les jeunes du monde, il est bien pertinent de citer quelques paroles de Silo: 

« Dans ce monde malheureux où la force et l’injustice s’emparent des villes et des campagnes, comment pense-t-on en finir avec la violence ?

Peut être croient-ils être un exemple inspirateur pour les nouvelles générations quand, déguisés en jeux vidéo ils déblatèrent sur le monde, quand ils menacent dans la pire démonstration de tyrannie, quand, finalement, ils envoient leurs gamins envahir, tuer et mourir sur des terres lointaines. Cela n’est pas un bon chemin, ni un bon exemple.

Peut-être pensent-ils que revenir aux pratiques primitives de la peine de mort sera un grand exemple social.

Peut être pensent-ils qu’en pénalisant progressivement le délit commis par des enfants, le délit disparaîtra … ou ce sont les enfants qui disparaîtront !

Peut être croient-ils qu’en appliquant la « main de fer » dans les rues, les rues seront plus sûres.

Bien sûr que ces problèmes existent et se multiplient dans le moment actuel, mais avec une approche violente de la violence il n’y aura pas la paix.

Il n’y aura pas la paix à partir de cette vision zoologique de la vie qui favorise la lutte pour la survie, la lutte pour la prédominance du plus apte. Ce mythe n’aboutira pas. Il n’y aura pas la paix en manipulant les mots ou en censurant les dénonciations justifiées faites contre toute violation et toute atrocité commises contre les êtres humains. A ce niveau je me garderai de ne pas mentionner les « droits de l’homme » car ils ont été, eux aussi, vidés de leur contenu et faussés dans leur sens. Aujourd’hui, il arrive qu’on bombarde les populations sans défense pour protéger leurs droits humains…

Il n’y aura pas la paix à partir de cette vision zoologique de la vie qui favorise un ordre social sur la base de récompenses et châtiments, en transférant la domestication animale à l’honorable citoyen qui commence à s’entraîner à la méfiance, à la délation et au commerce de ses sentiments.

« Il faut faire quelque chose » entend-on de toutes parts. Et bien, je dirai ce qu’il faut faire, mais cela ne servira à rien de le dire car personne n’écoutera.

Moi je dis que dans l’ordre international, tous ceux qui envahissent des territoires devraient se retirer immédiatement et respecter les résolutions et les recommandations des Nations Unies.

Je dis que dans l’ordre intérieur des nations, on devrait travailler pour faire fonctionner la loi et la justice, aussi imparfaites qu’elles soient, au lieu de durcir les lois et les dispositions répressives qui tomberont aux mains de ceux-là mêmes qui font obstacle à la loi et à la justice.

Je dis que dans l’ordre domestique, les gens devraient accomplir ce qu’ils prêchent et sortir de leur rhétorique hypocrite qui empoisonne les nouvelles générations.

Je dis que dans l’ordre personnel, chacun devrait s’efforcer de parvenir à ce que coïncide ce qu’il pense avec ce qu’il sent et ce qu’il fait, modelant ainsi une vie cohérente et échappant à la contradiction qui génère la violence.

Mais rien de ce qui est dit ne sera écouté. Cependant, les événements eux-mêmes feront que les envahisseurs se retireront ; que les durs seront répudiés par les populations qui exigeront la simple application de la loi ; que les enfants reprocheront à leurs parents leur hypocrisie ; que chacun se reprochera à lui-même la contradiction qu’il génère en lui et en ceux qui l’entourent. »

Extrait de: 
Paroles de Silo à l´occasion de la première célébration annuelle du Message de  Silo. 
Punta de Vacas, 4 mai 2004

Participer au Québec à la 2e Marche mondiale pour la paix

logo primera

Dans le monde entier, nous vivons une situation critique caractérisée par la pauvreté sévissant dans de vastes régions, par l’affrontement des cultures, par des conflits armés dans de nombreux points, par une profonde crise du système financier international.  À cela, nous devons ajouter la menace nucléaire grandissante qui représente la plus grande urgence du moment actuel.  En effet, les intérêts irresponsables des puissances nucléaires et la folie de groupes violents ayant probablement accès à un matériel nucléaire de dimensions réduites représentent un risque chaque fois plus grand d’accident aux conséquences irrémédiables.

C’est un moment extrêmement complexe. Il ne s’agit pas d’une somme de crises particulières ; nous sommes face à l’échec global d’un système dont la méthodologie d’action est la violence et dont la valeur centrale est l’argent.

Il est urgent de créer une conscience en faveur de la paix et du désarmement, mais il est également nécessaire de réveiller une conscience de la non-violence qui rejette non seulement la violence physique mais aussi toute autre forme de violence (économique, raciale, psychologique, religieuse, sexuelles, etc.).  Nous revendiquons le droit de vivre en paix et en liberté.  On ne vit pas libre lorsque l’on vit menacé.

Du 2 octobre 2009 au 2 janvier 2010, la première Marche mondiale pour la paix et la non-violence a parcouru plus de 100 pays, déclenchant un phénomène humain en rapide croissance.  La deuxième marche mondiale commencera le 2 octobre 2019 à Madrid et se terminera le 8 mars 2020

Durant tout ce temps, dans des centaines de villes, des marches, des festivals, des forums, des conférences et d’autres événements seront réalisés pour faire prendre conscience de l’urgence de la paix et de la non-violence.  Cette marche mondiale est un appel à toute personne à joindre ses efforts et à assumer sa responsabilité de changer notre monde, en dépassant sa propre violence, développant une attitude non-violente d’abord avec son entourage le plus proche et par la suite jusqu’où son influence pourra parvenir.

Invitation à participer au Québec

Cette Marche visait à faire prendre conscience du danger de la situation mondiale que nous traversons, situation marquée par la probabilité élevée de conflit nucléaire, par l’armement croissant et par la violente occupation militaire de certains territoires.

Récemment et dans le cadre des Journées de la Non-violence, tenues du 15 au 18 novembre 2017 à Madrid, la deuxième Marche mondiale a été annoncée.  Celle-ci commencera le 2 octobre 2019 à Madrid et se terminera le 8 mars 2020.

Notre invitation est dirigée à toute personne ou collectif intéressé à s’impliquer dans des activités ou actions visant à impulser la réalisation de gestes concrets exemplaires, d’actions à une autre échelle et d’actions virales.  L’accent est mis sur l’importance de réaliser des journées, des forums, des macro-consultations populaires, des pages web, des blogs, des balados, des symboles humains de la paix et de la non-violence, des formations en activisme social et la génération de réseaux.  On met l’accent sur la participation d’universités, de municipalités et de réseau de parlementaires.  L’intérêt est de créer les meilleures conditions pour le lancement de la 2e Marche mondiale en 2018.  Cependant, la véritable force de cette marche vient de l’acte simple de tous ceux/celles qui, en son âme et conscience, adhèrent à une cause digne et la partage avec d’autres.

Le calendrier provisoire du parcours, avec les dates d’entrée et de sortie par continent :

  • Europe : Madrid – 2/10/2019, Cadix – 6/10/2019
  • Afrique : Casablanca 8/10/2019, Dakar 27/10/2019
  • Amérique : New York 28/10/2019, San José (Costa Rica) 20/11/2019, Bogota 21/11/2019, Santiago (Chili) 3/1/2020
  • Océanie-Asie : Wellington – 4/1/2020, New Delhi 30/1/2020
  • Europe : Moscou 6/2/2020, Madrid 8/3/2020

Ces dates, ainsi que les parcours détaillés dans chaque pays, seront confirmés en octobre 2018 à l’occasion du lancement de la deuxième Marche mondiale.

La 2e marche introduira les ajustements suivants :

a) Ce sera une marche qui commencera et finira dans la même ville, en faisant le tour de la planète.

b) L’idée est qu’elle se répète tous les 5 ans.

c) Pour les éditions postérieures, des villes souhaitant être les points de départ et fin de la Marche pourront se postuler et cela se décidera 2 ans avant le départ.

d) Les messages lancés iront au-delà de ceux en relation à l’armement nucléaire et les guerres et ils seront toujours sur la base de propositions constructives et

e) la Marche sera aussi un chemin dans lequel on sera à la recherche d’un renouvellement social et personnel.  Chacun fera siens les aspects avec lesquels il se sent le plus en résonance.

Les personnes et organismes intéressés à organiser ou à participer à des activités s’il vous plaît contacter :

Gabriel Vergara : 418 261-3923 (cel) / gabrielvl /arobas/ yahoo.com

Pablo Acevedo, messages texte : 418 922-4253 / pacevedoma /arobas/ gmail.com

* * *

Cette marche a été impulsée par le Mouvement Humaniste à travers ses organismes, à l’initiative de Monde sans Guerres, et avec le total soutien du Centre des Cultures, du Centre Mondial d’Études Humanistes, de La Communauté pour le Développement Humain et du Parti Humaniste.

4e Printemps des alternatives

Date: samedi 21 avril 2018 – 10:00 à 16:00

Centre Durocher (anc. Mgr Bouffard) : 680 rue Raoul-Jobin, à Québec
( près de la rue Marie-de-l’Incarnation, dans le quartier Saint-Sauveur )

Logo : dessin d'un arbre brun foncé à cinq branches, sur fond d'un feuillage vert pomme, dans un cercle à fond bleu ciel.

Environ 30 organismes et groupes citoyens animeront des kiosques et des ateliers pour présenter leurs activités et initiatives pour bâtir un monde plus juste, écologique et démocratique.  Les thèmes sont très variés, allant de l’entraide, à la démocratie, à la solidarité internationale, etc.

C’est aussi une belle occasion de réseautage entre les groupes et entre citoyen.nes.

Ceci est une « pré-annonce ».  Les ateliers, les groupes participants et autres informations utiles seront publiées au: Réseau du Forum social de Québec Chaudière-Appalaches , au fur et à mesure, en mars et avril 2018.

Organisé par le Réseau du Forum social de Québec Chaudière-Appalaches 
en collaboration avec le Média reseauforum.org

À une nouvelle civilisation, une nouvelle spiritualité

Fernando Alberto García*.

email: fernando120750@gmail.com

Site web: http://fernandoagarcia.blogspot.com

Conférence pour le panel sur la culture et la spiritualité. Deuxième symposium

Centre international d’études humanistes (CMEH),

Les fondements de la nouvelle civilisation, dans les parcs d’étude et de réflexion –

La Reja, le 31 octobre 2010.

Un traitement approfondi de cette exposition me forcerait à définir avec rigueur termes académiques tels que « spiritualité », et de préciser ce que je comprends par « Fondamentaux » et « nouvelle civilisation ». Cependant, cela dépasserait la mesure de cette brève présentation et aussi la mesure de mon accréditation dans les sujets qui étudient ces sujets dans le domaine académique, tels que l’histoire, la philosophie, l’anthropologie et la phénoménologie de la religion, l’anthropologie sociale ou culturelle, la sociologie et autres. Ici, je vais parler de mes propres certitudes et convictions qui reposent sur mon expérience et mon étude du travail de Silo, que je citerai à profusion. De manière que Je m’excuse et je demande la condescendance d’accepter mon discours sans majeures références académiques.

Pour commencer, bien sûr, nous n’attribuons pas aux religions le monopole de la spiritualité, un phénomène humain qui dépasse les cadres dogmatiques ou organisationnels de ceux-là. La spiritualité est l’expression – à la fois personnelle et sociale – du sentiment religieux de l’être humain. Ce sentiment est la traduction d’un connexion très profonde de la conscience individuelle avec un « quelque chose » qui l’imprègne un sentiment tel et qui l’influence. Mais, en même temps, ce « quelque chose » est vécu comme transcendant à la conscience et, par conséquent, au moins au «je» de l’individu. Toujours l’aspiration ou le sentiment de cette connexion sont aussi des expressions du sentiment religieux.

Le sentiment religieux est un héritage inhérent à toute l’humanité et se manifeste dans l’être humain comme un état de conscience avec une tendance particulière ou impulsion à la recherche d’un sens transcendant de tout ce qui existe et qui a la communion avec celui-ci. Ce sentiment motive de profondes questions sur notre identité essentielle, d’où nous venons et où nous allons, la vie, la mort, la souffrance, l’immortalité, etc. Le sentiment religieux met en évidence la tendance de la conscience finie d’entrer en contact avec ce « quelque chose » qui n’en est pas un contenu, il le transcende et le complète. Ce sentiment est enregistré lorsque la conscience agit avec calme, attention et vigilance sur elle-même. Et ce contact est donné dans « Lo Profond « de la conscience, et c’est là que s’entrecroisent la racine de tout mysticisme et cela de tout sentiment religieux.

Beaucoup et variés sont les voies et les moyens pour atteindre le contact avec ce « quelque chose » transcendant. L’histoire universelle des religions, des cultes, des mysticismes et des divers ésotérismes, nous en informent. Cela conduit à des expériences spirituelles de grand choc psychologique, souvent ineffable, capable de produire, par exemple, une conversion soudaine et radicale du sens de la vie chez ceux qui les éprouvent. Cela étant, la valeur de la spiritualité réside dans sa capacité à donner un sens transcendant à la vie qui le ferait voler au-dessus de la souffrance et de l’apparent l’absurdité de la mort, faisant ainsi grandir la liberté et le bonheur même et dans les autres.

Ce sentiment religieux qui engendre différentes formes de spiritualité produit cette expérience profonde et émouvante de connexion avec ce « quelque chose » transcendant que parfois certains appellent Dieu, et d’autres appellent le rumen, l’esprit, la conscience le cosmique, le soi, le soi supérieur, le dieu intérieur, la lumière et mille autres noms. Aussi ces noms et leurs caractérisations sont certains des différentes traductions faites par la conscience du contact avec ce « quelque chose » qui le transcende. Comme Silo dit: « … est la traduction en images de ce qui n’a pas d’images, est le contact avec le profond de l’esprit humain, une profondeur insondable dans laquelle le l’espace est un temps infini et éternel. « 

Ce sentiment n’est pas seulement exprimé chez certains individus manifestement appliqués au sujet, comme ceux qui peuvent être dans le domaine des religions, mais aussi dans des individus appartenant à d’autres domaines, tels que la science, l’art, littérature, médecine, etc. Enfin, nous le trouvons également exprimé dans n’importe qui, qu’il adhère à une certaine religion ou pas. Pas seulement nous le remarquons chez ceux qui professent des croyances théistes, mais aussi dans des agnostiques et même des athées.

Aussi, nombreuses et variées sont les interprétations sur l’origine, la validité et mérite de ces phénomènes, donnant ainsi lieu à des controverses encore inachevées aujourd’hui. De toute évidence, les adhérents de différentes positions établissent des hiérarchies entre expressions diverses, toujours en accord avec la sienne. Ces échelles cherchent leur justification dans des valeurs telles que, par exemple, leur « ancienneté » ou leur « Modernité », faisant appel à des tests « logiques », « philosophiques », « scientifiques », « Tradition », etc. Rien de tout cela ne vient en appui définitif pour établir une suprématie indubitable pour tous. Et peut-être que c’est impossible ou hors de propos, sauf pour des intérêts de « clientèle » ou des intérêts auto-affirmés partisans. Il y a aussi ceux qui n’essaient pas de faire une classification, mais ils ne se soucient pas non plus de savoir comment les autres les classent.

À propos de l’origine de ce sentiment religieux, il y a eu différentes interprétations, plus ou moins intéressantes, mais toujours moins intéressantes en ce qui concerne la valeur des expériences spirituelles que cela pousse et sa conséquence dans la vie de ceux qui les éprouvent. Ils seront d’un grand intérêt les formes de spiritualité servant à la vie de ceux qui les pratiquent et de leurs voisins.

Étant donné ce sentiment religieux et les expériences qui l’accompagnent, leurs expressions surgissent sous forme de spiritualité, expressions qui sont multiples et variées. Ces expressions ont toujours été influencées par le temps, la zone culturelle et le milieu géographique dans lequel ils sont nés et développés. Dans leur développement, ils ont également été en interaction avec d’autres expressions différentes de spiritualité, donnant place à des changements intentionnels et spontanés dans les formes de spiritualité originales.

Alors qu’une « nouvelle civilisation » donc aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, est décrite comme planétaire, devrait avoir comme corrélat une « nouvelle spiritualité « qui intègre ce paysage diversifié: plus local, mais globalisé; non plus rural, mais urbain. On pourrait parler d’une « nouvelle » civilisation lorsqu’il existe une « nouvelle » spiritualité qui lui donne des fondements. Et on pourra parler d’une « nouvelle spiritualité » quand elle soit radicalement différente de l’ancienne spiritualité. Il devrait être demandé, comment est-ce qu’on pourra distinguer une « nouvelle spiritualité » de l’ancienne?

Ce sera possible quand la vérité de cette spiritualité soit vécue comme réalité personnel, et non dictée ou imposée par des facteurs autres que l’expérience interne. C’est disons, quand la spiritualité cesse d’être extérieure; quand elle arrête d’être un enchaînement de la conscience aux sectes, aux images et aux temples; quand tout le monde puisse libérer leur l’esprit des intermédiaires avec le divin; et quand chacun sente que la divinité est en soi et en toutes les choses. On pourrait parler ainsi d’une sorte de religiosité interne.

Aujourd’hui, il est possible la naissance d’une religiosité interne ou la conversion de religions extérieures à la religiosité interne si elles vont survivre, étant donné qu’elles sont des cas de traductions déformées du sentiment religieux, lorsqu’elles font de l’exposition d’objets externes pour compléter la conscience.

Ce sera possible quand cette nouvelle spiritualité soit joyeuse et profonde. Quand on aime le corps, la nature, l’humanité et l’esprit. Quand on renonce aux sacrifices, aux sentiments de culpabilité et aux menaces d’outre-tombe. Quand on n’oppose pas le terrestre à l’éternel, ni la raison à la foi, mais qu’on les comprenne comme processus de la même existence divine. Quand cette spiritualité ne soit pas fondée sur la peur de la mort, sur des extorsions apocalyptiques ou sur des menaces métaphysiques. Quand cela n’interdit pas ou ne force rien. Lorsque l’avance et l’installation de cette nouvelle spiritualité ne soient pas au détriment de discriminer ce qui est différent et ne l’accable pas sur son chemin, mais quand elle comprenne la diversité avec laquelle le sacré se manifeste selon le degré de développement humain.

Comme cela est arrivé avant dans l’histoire de l’humanité, une nouvelle civilisation sera pré-annoncée par l’aube d’une nouvelle spiritualité. Une nouvelle civilisation ne naît pas de la philosophie, de la science, de l’art, de la littérature, nom plus des systèmes politiques ou économiques. Au contraire, elles reflètent a posteriori dans leurs domaines respectifs la l’émergence de cette nouvelle spiritualité qui est un précurseur du grand changement. La nouvelle spiritualité n’a pas besoin de l’approbation de ceux-ci, mais au contraire. Cette nouvelle spiritualité sera le germe du nouveau monde qui commencera à être perçu et à prendre forme. Mais pour que ce germe croisse et porte des fruits, cette spiritualité non seulement devra être nouvelle, mais aussi vrai.

Qu’est-ce que la vraie spiritualité? La vraie spiritualité, comme le sentiment religieux, ne dépend pas des temples et des prêtres, des dieux et de leurs statues. Une personne peut être spirituelle, qu’elle croit ou ne croit pas en Dieu, qu’elle adhère à une croyance en particulier ou non. Comme Silo l’a expliqué, la vraie spiritualité « n’est pas la spiritualité de la superstition, ce n’est pas la spiritualité de l’intolérance, ce n’est pas la spiritualité du dogme, ce n’est pas la spiritualité de la violence religieuse, ce n’est pas la lourde spiritualité des vieilles tables ou des valeurs usées. « 

On pourra parler de la vraie spiritualité quand on puisse renoncer aux temples, rituels ou intermédiaires. Quand le divin, ce qui historiquement a été installé par un dogme externe à l’extérieur et au-dessus de l’être humain, se manifeste par preuve d’expérience dans le plus profond de nous-mêmes. Quand on apprend à découvrir en soi les signes et l’expérience du sacré. Nous pouvons parler d’une véritable spiritualité quand il nous mène de l’ignorance de soi à une connaissance essentielle de soi, quand elle nous mène de la souffrance et de l’oppression au bonheur et à la liberté, de la croyance instable à certitude inébranlable de l’expérience, et du non-sens nihiliste au sens plein et profonde de l’existence.

Quand dans son nouvel évangile social, cette nouvelle spiritualité place l’être humain comme valeur centrale, et promeuve l’égalité de tous les êtres humains et le rejet de toutes les formes de la violence, qu’elle soit physique, économique, raciale ou religieuse; quand elle encourage la libération social, culturel et psychique, et l’unité de tous les êtres humains dans une nation humaine universelle. Lorsqu’elle pratique, comme la chose la plus importante, l’amour et compassion avec toutes les créatures vivantes.

Quand elle se bat pour la libération de l’individu et de toute la race humaine par moyen de la non-violence active. Lorsqu’on ne puisse déjà commettre l’indignité d’utiliser la spiritualité comme un moyen pour les êtres humains de s’installer au-dessus d’autres, pour ensuite les opprimer, les censurer, les discriminer, les persécuter, les torturer, et enfin, les tuer. En bref, quand nous traitons les autres comme nous voudrions être traités.

Quand la réconciliation avec soi-même et avec les autres soit vécue comme le chemin inévitable de cette spiritualité. Quand vivre spirituellement signifie rejeter la contradiction dans nos vies et maintenir l’unité entre ce que nous pensons, nous sentons et faisons. Quand l’aspiration de la liberté et du bonheur n’ait pas comme centre seulement à soi-même et le sien, mais aussi au bonheur et à la liberté des autres comme un soutien et comme un moyen de l’atteindre.

Mais une nouvelle spiritualité de ce genre ne peut émerger que d’une situation personnelle et sociale authentique, et c’est « l’échec ». C’est le vide qui laisse l’effondrement des illusions, ainsi que le besoin urgent de références internes, ceux qui nous permettent d’aspirer à quelque chose de totalement différent et de permettre le resurgissement de cela. L’évidence de l’échec des aspirations illusoires est ce qui permet à l’être humain d’introduire un changement de direction vers le vraiment nouveau. Ensuite, paradoxalement, on pourrait peut-être dire que l’échec constitue la condition préalable d’une nouvelle civilisation et de sa nouvelle spiritualité. Et peut-être qu’il sera suffissent qu’il soit clair ce qui n’est pas souhaité pour qu’une nouvelle proposition évidente est née pour tous.

Aujourd’hui, cela se produit sous toutes les latitudes, et c’est un phénomène psychosocial qui progresse grâce à la mondialisation en cours. Le démantèlement du vieux monde avance avec son instabilité dans tous les domaines: social, personnel et l’interpersonnel. C’est aussi grâce à cet échec social et personnel qu’aujourd’hui nous sommes ici, en aspirant à une nouvelle civilisation et à la nouvelle spiritualité qui le donne des bases.

C’est ma certitude que cette nouvelle civilisation et cette nouvelle spiritualité sont déjà en train de naître, sinon pour autre chose, pour le fait même que nos cœurs et nos esprits les éclairent déjà. Cette nouvelle spiritualité, avec son fond de rébellion diffuse, sera un facteur important de grands secouements psychosociaux dans les populations, et de réajustements et adaptations d’une importance substantielle dans toutes les structures traditionnelles.

Tous les bons hommes et les femmes sont appelés à faire avancer cette nouvelle « révélation de l’Être » au profit de toute l’humanité souffrante, en lissant ainsi l’arrive d’une Intention Évolutive qui transcende les individus.

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*Fernando Alberto García. Architecte, est un érudit et un militant du courant de pensée appelée « Nouvel Humanisme » ou « Humanisme Universaliste » basée sur l’œuvre de Silo. Il participe activement du mouvement humaniste au sein de l’organisme social et culturel « La Communauté pour le développement humain », et il adhère au « Message du Silo ».

En dehors de cela, la spiritualité asiatique, en particulier celle de l’Inde, est une vocation spéciale qui, chez lui, découle d’un âge précoce et qui couvre plus de trois décennies d’études et d’activité dans plusieurs pays d’Extrême-Orient. Là, il a donné des conférences, des ateliers, des séminaires, et il a organisé de nombreuses activités, ayant été un promoteur et un contributeur de publications tels que « Humanscape » et des organisations comme la « Fondation pour l’humanisation », tous deux à Bombay (Inde). Sa contribution au CMEH comprend le travail « Humanisme en Inde » (présenté lors de notre premier symposium), et un document sur « L’Ouest et les Droits de l’homme » dans l’annuaire de 1996 – Humanist Perspectives. Il est également compté parmi les collaborateurs du travail du CMEH sur la « méthode structurelle dynamique ».

Contrôle et évolution de la conscience

Notes de conversations de Silo avec Enrique Nassar – 18/4/1997
La technologie de l’image et le réseau mondial de données se développent, tout cela fait que la planète est plus connectée, ce qui facilitera la transmission et la circulation de l’information mais n’améliorera pas la communication entre les personnes ; au mieux, cela facilitera la connexion de leurs solitudes. La circulation de données est une chose ; la communication en est une autre ; la connexion au moyen de la technologie est une chose, sortir de l’isolement en est une autre. Le système voit le monde comme un commerce, c’est-à-dire que dans les gens, il voit le travail et la consommation ; toute cette technologie lui sert à extorquer de l’argent à la population, c’est pour cela que le mensonge qu’il maintient avec la réalité virtuelle est celui de confisquer l’image pour robotiser les populations, les faire travailler plus et leur soutirer plus d’argent.
Voler l’image à la population est une prétention irréalisable : un exemple de ce mensonge, c’est la Roumanie, où le président Ceausescu a cru naïvement qu’il était possible de contrôler la conscience de la population et dans l’exercice du pouvoir, il a en effet contrôlé les moyens de production, les moyens de communication, l’organisation sociale, les institutions formatrices (éducation). En Roumanie, les enfants l’appelaient « papa C. », les adolescents et les jeunes célébraient des événements où ils devaient exprimer leurs louanges à C. Les populations qui manifestaient leurs petits désaccords avec le régime étaient déstructurées, transférées, déracinées, et rééduquées ; c’est-à-dire, C. avait apparemment le contrôle de l’objectivité et de la subjectivité (de la conscience) de la population. Un jour, tout a changé, et dans une période de temps très court, C. a été destitué, fait prisonnier, jugé, fusillé. Les dernières photos de C. et de son épouse les montrent avec des expressions d’étonnement complet face à ce qui était en train de se passer. Les deux sont morts sans comprendre ce qui était en train de leur arriver.
L’exercice du pouvoir à la manière de C. se base sur la théorie naïve qui suppose que si les moyens de production sont monopolisés et les moyens de communications manipulés (monopole de l’image), les gens, qui sont supposés avoir une conscience passive, vont répondre de manière mécanique, prédéterminée et réactive aux stimuli qu’on leur envoie ; et l’on pourra donc bien sûr toujours prévoir ce qu’ils vont faire à l’avenir. Mais non, la conscience humaine n’est pas passive, la conscience humaine est active. Cela signifie que si on lance un stimulus à la conscience, en attendant une réponse prédéterminée, il pourrait arriver que cette conscience fasse quelque chose de totalement inattendu, précisément parce que la conscience est active et intentionnelle. Le système, du fait qu’il a une vision limitée et plate de l’être humain, n’apprend pas des cas comme ceux de la Roumanie, le système ne comprend pas comment fonctionne la conscience humaine.
– La conscience humaine peut-elle être contrôlée ? 
Depuis l’époque des Assyriens, qui assassinaient des milliers de personnes et formaient avec elles des pyramides de cadavres pour terroriser par cette démonstration et soumettre la population, depuis cette époque, on sait que par le biais de méthodes brutales, on peut contrôler les comportements collectifs d’une population. Il est certain que, conjoncturellement, au moyen de méthodes brutales on peut soumettre les comportements collectifs d’une population mais il est certain également que du point de vue en processus, il n’y a pas moyen de contrôler la conscience humaine.
La formule de démonstrations de bains de sang puis de soumission de la population a été utilisée plusieurs fois dans l’histoire : Franco en Espagne a produit un bain de sang de plus d’un million de personnes et ensuite, il a pu soumettre sans grand problème les comportements sociaux du peuple espagnol. Staline a fomenté d’énormes tueries du peuple russe puis il l’a soumis sans difficultés. Dans ces deux cas, il y a soumission du comportement collectif de la population car, par peur, personne ne se risque à faire ce qui est interdit, mais il n’y a pas contrôle de la conscience, car les gens en fait ne sont pas d’accord avec cela. Ce qui n’est pas clair avec ces régimes : auraient-ils pris fin si les dictateurs n’étaient pas morts ? Le régime franquiste aurait été démantelé par les nouvelles générations espagnoles sans qu’importe le prix à payer en nombre de vies. Le régime stalinien n’aurait pas pu être éternel, comme l’a démontré la chute et le démantèlement de l’URSS. De même, si les nazis avaient gagné la IIe Guerre Mondiale, ils ne se seraient pas maintenus indéfiniment au pouvoir en Allemagne,  le plus probable est qu’ils auraient fini par s’entretuer et la population aurait fini par se rebeller.
Nous pouvons voir un exemple du fait que les régimes violents ne se maintiennent pas à l’époque de la conquête espagnole avec Cortés. Lorsque Cortés arrive à Mexico, il trouve l’empereur en train de soumettre les comportements collectifs de la population au moyen de méthodes brutales, les populations indigènes sont asservies mais très proches de la rébellion, elles sont sur le point de se soulever contre cette imposition. Cortés est arrivé avec peu de soldats, il trouve cette situation de prérébellion et en profite, en soutenant les peuples soumis, il parvient à dominer l’empire aztèque (qui était très près de sa déstructuration). Cortès est resté dans l’histoire comme un génie militaire, alors que son talent fut véritablement politique… mais voilà comment les historiens voient les choses.
Donc, si les espagnols n’étaient pas arrivés, les peuples asservis se seraient soulevés et cette culture aurait continué son processus. À cette époque le Pérou était en guerre civile.
– Pourquoi dans le développement historique se produisent ces déviations dans le processus des peuples ?
L’espèce humaine est une espèce récente, elle n’est pas là depuis longtemps ; de plus, son évolution ne se fait pas en ligne droite. Elle avance dans son développement en expérimentant des chemins, selon réussites et erreurs. Malgré tout ce qui s’est passé, Homo Sapiens n’a pas disparu de la surface de la planète, il est encore debout, et soyons sincères, depuis ses débuts, il s’est un peu amélioré. L’être humain n’est pas terminé, mais il est debout, se transformant, transformant sa nature… imagine-toi le futur : les expérimentations qu’il peut faire.
– Ceci éclaire comment évolue la conscience au niveau collectif. Mais que se passe-t-il avec l’évolution de la conscience au niveau individuel ?
Il se produit la même chose chez l’individu : il avance dans son développement en expérimentant des chemins et lui aussi, selon les réussites et les erreurs. L’individu peut toujours avancer s’il ne reste pas bloqué dans l’erreur. Si la conscience individuelle reste bloquée dans un recoin d’où elle ne peut sortir du système de contradiction, elle n’avance pas. Comme en plus la vie humaine est brève, ils ne doivent pas se permettre le luxe de rester arrêtés longtemps dans leurs problèmes. L’être humain doit mourir en avançant et selon ce qu’il croit. Il semble qu’il n’y a pas besoin de croire que la conscience individuelle est d’un mode déterminé, du fait qu’elle pourrait mourir, et que c’en est fini de tout. Aujourd’hui advient l’Être Humain. L’Être Humain apparaît.
– Que veux-tu dire avec : Aujourd’hui advient l’Être Humain ?
Durant ces derniers siècles, la vision positiviste a réduit l’Être Humain à un organisme, à un animal rationnel, à quelque chose qui naît, grandit, se qualifie, travaille, se reproduit, tombe malade et meurt. Tu vas à ton bureau et tu t’assois avec un collègue… Qu’est-ce que tu sens de l’autre ? Tu sens qu’il est né, qu’il a grandi, qu’il s’est qualifié, qu’il travaille avec toi, qu’il a des enfants, qu’il est malade ou qu’il pourrait tomber malade, et qu’il peut mourir ou que nécessairement il va mourir. Tout ceci que tu sens est la vision que le Système a de l’être humain : c’est un organisme qui naît, grandit, se qualifie, se reproduit, travaille, tombe malade et meurt.
L’Être Humain réel, celui qui va vers l’infini, celui qui découvre et manipule l’atome, celui qui transforme l’univers en bits, celui qui décode et peut manipuler le code génétique à sa guise et par là transformer encore plus sa nature, celui qui, quand on lui dit que la technique génère le chômage, est disposé à restructurer l’organisation sociale pour libérer l’homme du travail et lui permettre que la technologie continue son développement, celui qui se rebelle d’être considéré comme un animal rationnel qui naît, grandit, se reproduit, se qualifie, travaille, tombe malade et meurt, celui qui regarde son corps et le considère comme une antiquité primitive pour le développement de sa conscience, celui qui se rebelle face à la mort, cet Être Humain, que même la philosophie ne sait pas définir, ni la psychologie, ni les sciences sociales… cet Être Humain, l’être humain réel, celui-là, apparaît. Cet être humain va-t-il commettre des erreurs ? Bien sûr qu’il va commettre des erreurs, il ne pourrait en être autrement. Ce processus ne va pas s’arrêter, en aucune manière. Ainsi les forces antihumanistes essaient de freiner ces processus… mais ils vont se frayer un chemin. La conscience humaine va se libérer de beaucoup de chaînes qui la limitent aujourd’hui : le travail et les limitations du corps.
– Que peut-il se produire dans les prochaines années ?
Les systèmes créent le substrat de croyances de base auxquelles adhère le citoyen ordinaire. C’est depuis ce substrat de croyances fondamentales que le citoyen ordinaire pense et fait de la science, de la politique, de la culture et de l’économie. Un système primitif (comme celui qui existe) peut seulement engendrer un champ de croyances primitives, afin que le citoyen puisse y adhérer. Par exemple, le néolibéralisme est une production depuis un substrat primitif. L’analyse des phénomènes actuels est fondée sur une méthodologie propre de ce substrat, c’est-à-dire que tout est très réduit, très primitif, très limitant.
Le néolibéralisme va tomber (c’est difficile de le voir avec les outils des analyses propres au substrat de croyances de base) et pour nous, le problème n’est pas qu’il tombe mais tout le bordel social que pourrait engendrer le collapsus du système financier. Imagine : tout le système de production et de distribution d’aliments, tous les services publics bloqués, des millions de personnes dans les villes essayant d’en sortir, les débordements psychosociaux de tout type qu’il y aurait. Un collapsus du système sans quelque chose pour le remplacer ne serait utile en rien. Ce qui nous intéresse ce n’est pas seulement la chute du système mais son remplacement.
– Pour éviter un collapsus sans issue, nous avons besoin de prendre le pouvoir?
C’est une option qui pour nous n’est pas très intéressante. Pour nous l’option intéressante est que les gens changent.
– Que veux-tu dire par « que les gens changent » ?
Tu te souviens du Lion ailé :

« – En effet, Monsieur Ho, c’est ainsi. Personne sur cette Terre ne fera un quelconque effort, jusqu’à ce que l’on en ait fini avec la monstruosité qui admet qu’un seul être humain soit au-dessous des niveaux de vie dont nous profitons tous.
– Mais dites-moi, à quel moment est-ce que tout a commencé à changer ?… Quand nous sommes-nous rendu compte que nous existions et que, de ce fait, les autres existaient aussi ? En ce moment même, je sais que j’existe, quelle bêtise ! N’est-ce pas, Madame Walker ?
– Ce n’est pas une bêtise. J’existe, parce que vous existez et inversement. Voilà la réalité, tout le reste est stupide.
Je crois que les jeunes gens du Comité de Défense du Système Nerveux Fragilisé se sont débrouillés pour mettre les choses au clair. En vérité, je ne sais pas comment ils ont fait, mais ils l’ont fait. Sinon, nous nous serions transformés en fourmis…
– C’est ainsi, vous avez raison. Toute l’organisation sociale, si on peut l’appeler ainsi, est en train de s’écrouler. 
Dans peu de temps, elle sera complètement désarticulée…
– Voyons, voyons, Madame Walker. Nous vivons un nouveau monde et il nous est encore un peu difficile de trouver des formes libres de communication personnelle.
– Me liriez-vous vos poèmes ? J’imagine qu’ils sont inefficaces, arbitraires et, surtout, réconfortants. 
– En effet, Madame Walker, ils sont inefficaces et réconfortants. Je vous les lirai quand vous voudrez. Passez une merveilleuse journée. »

Les personnes changent si leur appareil de croyances de base change. Rappelle-toi du géocentrisme, la Terre était le centre de l’univers, et c’était une époque où tout le monde était d’accord sur le fait que c’était comme ça. On croyait cela et on vivait comme cela.
Avec le passage du temps, tout cela s’est modifié : d’abord on dit que le soleil est le centre de l’univers ; puis cela s’éclaircit et l’on dit que le système solaire est un parmi de nombreux autres d’un système plus grand appelé galaxie ; plus tard, on explique plus encore et l’on dit que cette galaxie fait partie d’un système de galaxies et que, à son tour, ce système de galaxies n’est qu’un dans l’univers ; dernièrement, on explique qu’il y a plusieurs univers. Tout cela fait que les idées changent.

Aujourd’hui, il ne vient à l’idée de personne de dire que nous sommes le centre de l’univers, mais observons comment nous parlons : « le soleil se lève à… », « le soleil se couche à… », comme si nous étions au centre de l’univers. Mais ce n’est pas tout : aujourd’hui, malgré les recherches qui parlent de systèmes solaires, de galaxies, d’ensembles de galaxies, d’univers et de plusieurs univers ; aujourd’hui, malgré l’évidence de l’immensité de l’univers, nous soutenons trois choses : la vie sur la Terre est la seule vie qu’il y a dans l’univers, la vie sur la Terre est la seule forme d’intelligence qu’il y a dans l’univers, et l’homo-sapiens est la seule forme de vie humaine. Nous continuons à soutenir que nous sommes la seule forme de vie, de vie intelligente, de vie humaine. Nous nous croyons uniques, tout l’univers est pour nous, nous sommes le centre de l’univers, c’est-à-dire que nous continuons à être géo-centristes. C’est une croyance de l’appareil de croyances fondamentales que nous n’avons pas encore modifiée.
Ce que nous observons aujourd’hui, c’est que l’être humain veut briser cette croyance fondamentale. On le remarque dans les efforts de la science et de la technologie, dans leur recherche interstellaire et dans leur recherche d’autres formes d’existence extraterrestre. On le voit dans le désir des gens qu’il y ait une vie extraterrestre. C’est tellement fort ce désir que des illusions collectives se produisent, avoir vu des ovnis est un thème qui se généralise. Les gens mettent tant de force à ce qu’il y ait une vie extra-terrestre que nous sommes sur le point que cela se produise. L’homo-sapiens s’efforce d’ouvrir son univers, pour aller au-delà de son appareil de croyances de base. Dans cette recherche, l’être humain va découvrir la conscience.
– Que veux-tu dire par « l’être humain va découvrir la conscience » ?
Depuis Descartes, on définit la conscience comme une chose, comme quelque chose avec une extension. De là, on considère la conscience comme un cas de plus de la matière en évolution, comme un viscère qui peut être manipulé au moyen de médicaments et de stimuli électriques. La conscience n’est pas un organisme passivo-réactif, c’est beaucoup plus que cela, c’est une structure évolutive intentionnelle. La dynamique réelle de la conscience est de se transformer, de transformer le corps et de transformer le monde.
Le fait que par le biais de la recherche astronomique on soit en train de découvrir que le monde ne se meut pas mécaniquement – comme on a voulu l’expliquer à travers la théorie du Big Bang – du choc mécanique dû au hasard, qui ensuite dérive, toujours sous l’effet du hasard, dans le processus évolutif que nous connaissons, mais qu’il y a des univers qui s’agglutinent et se meuvent selon une direction non mécanique, mais intentionnelle, c’est-à-dire que l’univers dans son développement a un sens ; Le fait de mettre en évidence l’existence d’autres formes de vie intelligente dans l’univers, c’est-à-dire que nous ne sommes pas uniques ; Le fait de comprendre que la conscience n’est pas quelque chose de mécanique et de réactif mais une structure évolutive intentionnelle ; Le fait d’être sur le point d’accepter que le corps est une antiquité primitive qui ne correspond pas dans son développement à la vitesse de l’évolution de la conscience et de disposer de la connaissance et de la technologie pour le modifier ; Le fait d’être proches de libérer l’homme de l’esclavage du travail…sont tous des signaux clairs que l’être humain cherche à se libérer de son appareil de croyances de base.
L’appareil de croyances de base va se déstructurer, à partir du moment où toutes ces choses seront mises en évidence : qu’il y a une intention dans l’univers, qu’il y a d’autres formes de vie intelligente, que la conscience individuelle est évolutive et intentionnelle, que le corps est une antiquité primitive susceptible d’être modifié, que ce qui convient est d’arrêter de travailler et de faire en sorte que ce soient les machines qui travaillent. L’être humain ne se ressent pas selon ses idées, il se ressent lui même selon ses croyances. Avec la déstructuration de l’appareil de base des croyances de l’être humain, son image du monde se fissurera et par là-même, tout un nouveau système de possibilités de développement pour la conscience s’ouvrira.
Après les derniers cinquante ans de paralysie, la science et la pensée sont en train de se frayer un chemin à nouveau. L’être humain est sur le point de se transformer non seulement techniquement mais aussi dans sa conscience. Tout avance en structure. Imagine le futur : Une super civilisation humain, un monde où tous les êtres humains sont d’accord sur les prémices de base parmi lesquels chacun est une diversité ; nous ne parlons pas de diversité de cultures, nous parlons de diversité de personnes : c’est-à-dire: chaque personne est un monde. Ce qui normal dans l’évolution est la multiplicité, la diversité. S’il est vrai que l’évolution de la conscience suit une direction, il peut y avoir des milliers de chemins dans cette direction.
Pour comprendre les comportements de l’être humain de maintenant, les êtres humains du futur devront étudier à fond l’appareil de croyances de base de notre époque ; et alors ils ne diront pas que cet être humain-là s’est trompé dans son raisonnement mais qu’il percevait, analysait, raisonnait, prédisait, projetait et décidait depuis un système très primitif de raisonnement généré par un champ de croyances très pauvre.
La pensée de cette époque, depuis la perspective des humains du futur, sera une pensée primitive, limitée dans une ligne mentale très étroite depuis laquelle certains phénomènes n’étaient pas visibles, où il n’était pas possible de faire certaines mises en relation, ils ne pouvaient même pas prédire certaines conséquences. On dira même que cette absurde improvisation dans les décisions, dans les analyses et dans les prévisions correspondait à un comportement mental nihiliste, depuis lequel il était impossible de construire quoi que ce soit, et son recours fondamental d’action était l’imposition brutale de type physique, économique… On expliquera qu’ils étaient les vestiges de Cro-Magnon qu’on n’avait toujours pas résolus. Aujourd’hui le pouvoir est dans les mains d’une bande de primitifs, ignorants et irresponsables, très brutaux. L’agissement stupide de ces primitifs crée des erreurs très sérieuses dans la construction sociale du monde qui génèrent un champ de catastrophe. Cette catastrophe pourrait se produire et cela retarderait le processus de développement humain. Comme la conscience humaine est intentionnelle, les visions apocalyptiques d’entropies, de collapsus, de catastrophes (vision nihiliste) ne sont pas inexorables. L’être humain du futur ne va pas vouloir gagner et posséder des choses ; il va vouloir sentir, créer, construire, apprendre sans limite. Il ne va pas vouloir posséder, avoir, contrôler ; cet humain comprendra qu’il y a des millions de façons de développer l’émotion et la pensée, qu’il y a une diversité inimaginable de façons de sentir et de penser. À l’heure actuelle, la vision de l’être humain est très comportementale et très réduite, mais dans le futur, tout ira bien, tout ira où cela doit aller.

La religiosité dans le monde actuel

Silo. intervention publique à la Maison de la Suisse,

Buenos Aires, Argentine 6 juin 1986

Video: https://www.youtube.com/watch?v=tye8facMXH4

Quelle utilité peut-il y avoir à traiter le thème de la religiosité dans le monde actuel ? Cela dépend. Pour celui qui se préoccupe du développement des phénomènes sociaux, toute variation dans les croyances et dans la religiosité a son intérêt. Quand la religiosité régresse, l’homme politique ne se sent pas concerné…

À l’inverse, lorsqu’elle progresse, elle mérite son attention. Pour nous qui sommes des gens ordinaires, cela sera attrayant dans la mesure où cela correspond à un type de recherche ou d’aspiration qui dépasse le quotidien. Je ne pense pas que mon exposé puisse aborder des intérêts aussi divers.

Je ne prétends pas faire un exposé scientifique comme peuvent en faire les sociologues ; je m’efforcerai plutôt d’illustrer mes points de vue. Bien entendu, je ne me hasarderai pas à donner une définition de la religiosité, ni même de la religion ; je laisserai ces deux termes à la compréhension intuitive du citoyen ordinaire. Évidemment, nous n’allons pas confondre la religion, son église, son culte et sa théologie avec la religiosité ou le sentiment religieux, lesquels se rencontrent très fréquemment en dehors e toute église, de tout culte et de toute théologie. Cet état de conscience, ce sentiment se réfèrent sûrement à un certain objet puisque dans tout état de conscience (et par conséquent dans tout sentiment) existe une structure qui met en relation des actes de la conscience avec des objets.

Bien, à partir de là, nous attendons des érudits en la matière qu’ils sachent accueillir nos ingénuités avec un sourire bienveillant plutôt qu’avec des reproches. Considérons maintenant les quelques opinions suivantes et voyons si certaines peuvent nous être utiles.

Je pense, premièrement, qu’un nouveau type de religiosité a commencé à se développer au cours des dernières décennies ; deuxièmement, que cette religiosité présente un tréfonds de rébellion diffuse ; troisièmement, qu’en conséquence de l’impact de cette nouvelle religiosité, et bien sûr des changements vertigineux qui se produisent dans les sociétés, il est possible que les religions traditionnelles aient à subir en leur sein des adaptations et des réajustements substantiels ; quatrièmement, qu’il est fort probable que, sur l’ensemble de la planète, les populations connaissent des secousses psychosociales résultant en grande partie de ce nouveau type de religiosité.

D’autre part, et même si cela semble opposé à l’avis de l’ensemble des observateurs sociaux, je ne crois pas que les religions aient perdu de leur dynamique ; je ne crois pas qu’elles se soient éloignées des pouvoirs de décision politique, économique et sociale, et je ne crois pas non plus que le sentiment religieux ait cessé de toucher la conscience des peuples.

Certains faits vont nous permettre de renforcer cette idée. Les manuels nous disent que la zone comprise entre 20° et 40° de latitude nord et entre 30° et 90° de longitude a donné naissance aux grandes religions, lesquelles ont ensuite fini par recouvrir le monde. Pour être plus précis, nous soulignerons trois points appelés aujourd’hui Israël, Iran et Inde, qui ont agi pendant des milliers d’années comme des centres de pression barométrique de l’esprit humain, générant des espèces de cyclones.

Certains firent table rase des systèmes politiques, des formes d’organisation sociale et des coutumes antérieures, alors que d’autres délivrèrent en leur début une foi et une espérance à tous ceux qui se sentaient meurtris face à un pouvoir et à un monde agonisants.

Le judaïsme produisit sa propre religion nationale ainsi qu’une religion missionnaire à caractère universel, le christianisme.

Le génie du peuple arabe donna naissance à son tour, et à partir de la diversité de ses croyances tribales, à une religion missionnaire et universelle, l’islam (connu aussi comme mahométisme) qui, depuis son origine, doit ses bases fondamentales au judaïsme et au christianisme. Le judaïsme, en tant que religion nationale, puis le christianisme et l’isl am, en tant que religions universelles, sont aujourd’hui des religions vivantes et qui se transforment.

Plus à l’est, en Iran, l’ancienne religion nationale a donné naissance à d’autres religions missionnaires et universelles. De la religion-mère, il ne reste plus aujourd’hui que quelques 100.000 dévots en Inde, principalement à Bombay. Dans son pays d’origine, elle n’a plus aucune importance et ce d’autant plus que l’Iran se trouve aux mains de l’islam. Quant aux religions missionnaires de l’Iran, elles vont se déplacer vers l’Orient et vers l’Occident jusqu’au IVe siècle, à tel point qu’elles entreront en rivalité avec le christianisme face auquel elles semblèrent un moment s’imposer. Finalement, le christianisme triompha et ces religions furent abolies tout comme l’ancien paganisme.

C’est ainsi que les religions nées en ce lieu sont apparemment mortes pour toujours. Pourtant, beaucoup de leurs thèmes auront une influence sur le judaïsme, le christianisme et l’islam, provoquant d’ailleurs des hérésies dans l’orthodoxie de ces religions.

La secte chiite de l’islam, qui est la religion officielle de l’Iran d’aujourd’hui, a pour sa part subi de forts bouleversements ; et en Iran même, c’est au siècle dernier qu’est apparue une nouvelle force religieuse, le babisme et par la suite la foi bahai. En Inde, la religion nationale en a engendré d’autres parmi lesquelles se détache le bouddhisme de par son caractère missionnaire et universel. Aussi bien la religion-mère que les autres – nées avant notre ère – continuent d’agir vigoureusement. C’est au XXe siècle que, pour la première fois, l’hindouisme en tant que religion nationale a commencé à se répandre en Occident, par l’envoi de missions, parmi lesquelles la foi d’Hare Krishna. Cette dernière est peut-être l’une des réponses à l’arrivée du christianisme, favorisé par le colonialisme anglais de l’époque.

N’oublions pas de considérer d’importantes religions comme celles de la Chine, du Japon et de l’Afrique Noire ou celles, aujourd’hui disparues, du continent américain. Mais aucune d’elles ne réussit à former de grands courants supranationaux à l’instar du christianisme, de l’islam ou du bouddhisme.

Après avoir évincé les musulmans d’Europe, le christianisme arriva et s’implanta en Amérique. L’islam dépassa les frontières du monde arabe et se répandit dans toute l’Afrique, mais aussi jusqu’en Turquie puis, de là, en Russie, en Inde, en Chine et en Indochine. Le bouddhisme, pour sa part, fit une percée au Tibet, en Chine, en Mongolie, en Russie, au Japon et dans tout le Sud-Est asiatique.

Dès leur début, ces grandes religions universelles connurent des schismes. Elles se divisèrent en sectes. L’islam fut scindé entre sunnites et chiites, le christianisme entre nestoriens et monophysites, etc. Depuis les réformes de Calvin, Luther, Zwingli et celles des anglicans, le christianisme se trouve divisé en deux grandes sectes, génériquement appelées protestante et catholique, auxquelles il faut ajouter la secte orthodoxe. Ainsi, en se fragmentant, les grandes religions ont donné naissance à de grandes sectes. Si la lutte pour le pouvoir temporel, qui a opposé les différentes religions, fut longue et sanglante – à l’époque des croisades par exemple –, la guerre entre les grandes sectes d’une même religion a atteint, quant à elle, des sommets inimaginables. Réformes et contre-réformes de toutes sortes ont secoué le monde en maintes occasions. Et il en fut ainsi jusqu’à la période des révolutions qui marque ce que l’on appelle scolairement « Les Temps Modernes ».

En Occident, la Révolution française, la Révolution anglaise et les révolutions américaines ont modéré les excès, et de nouvelles idées de liberté, d’égalité et de fraternité ont imprégné la société. C’est l’époque des révolutions bourgeoises. De curieuses tendances apparaissent alors comme celle de la déesse Raison, une forme de religiosité rationaliste. D’autres courants plus ou moins scientifiques proclament des idéaux égalitaires desquels proviennent des schémas de société qui ont souvent des relents « d’Évangile social »… L’industrialisme a déjà commencé à prendre corps et les sciences s’organisent selon de nouveaux schémas.

La religion officielle perd alors du terrain. Dans Le Manifeste communiste, Marx et Engels ont admirablement décrit la situation dans laquelle se trouvaient ces inventeurs d’évangiles sociaux. Citons à cet effet le troisième paragraphe du chapitre III : « Les systèmes socialistes et communistes proprement dits, les systèmes de Saint-Simon, de Fourier, d’Owen, etc. font leur apparition dans la première période de la lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie…»

Et plus loin : « …Comme le développement de l’antagonisme des classes marche de pair avec le développement de l’industrie, ils n’aperçoivent pas davantage les conditions matérielles de l’émancipation du prolétariat et se mettent en quête d’une science sociale, de lois sociales dans le but de créer ces conditions…Ils substituent leur propre ingéniosité à l’activité sociale ; aux conditions historiques de l’émancipation, des conditions fantaisistes ; à l’organisation graduelle et spontanée du prolétariat en classe, une organisation de la société fabriquée de toutes pièces par eux-mêmes. »

Au sein de ces courants de l’Évangile social apparaît un auteur nommé Auguste Comte. Il travaille au journal de Saint-Simon et collabore avec lui à la rédaction du Catéchisme des industriels. Auguste Comte est connu pour avoir donné naissance à un courant de pensée, le Positivisme ; il est également connu pour avoir élaboré le concept et le nom des sciences sociales : la Sociologie. Auguste Comte écrira Le Catéchisme positiviste et fondera la « Religion de l’Humanité ». En Angleterre, le culte survit à peine.

En France, son lieu d’origine, il est inexistant. Il est cependant parvenu jusqu’au continent américain et particulièrement au Brésil. Là, il a véritablement pris racine, ce qui a eu des conséquences dans la formation de plusieurs générations positivistes, davantage du point de vue philosophique que religieux.

Dans les nouveaux courants, on en arrive à un athéisme militant comme chez Bakounine et les anarchistes, ennemis de Dieu et de l’État. Dans leur cas, le fameux « Dieu est mort » de Nietzsche s’est déjà fait sentir. Il ne s’agit pas simplement d’irréligiosité mais bien plutôt d’attaques furibondes contre tout ce qui ressemble à la religion, et plus particulièrement au christianisme.

Mais d’autres mutations sont en train d’opérer. En Suisse, Léon Rivail organise les idées de Pestalozzi, l’un des créateurs de la pédagogie moderne. Rivail prit ensuite le nom d’Allan Kardek pour devenir le fondateur de l’un des mouvements religieux les plus importants de ces dernières années, le Spiritisme.

Le livre des Esprits de Kardek, publié en 1857, donne naissance à un mouvement qui s’est répandu à travers l’Europe et l’Amérique jusqu’en Asie. C’est par la suite qu’apparaîtront la théosophie, l’anthroposophie et d’autres expressions que l’on peut regrouper à l’intérieur des courants occultistes plutôt que dans les religions. Ni le spiritisme, ni les regroupements occultistes n’ont un caractère de secte au sein des religions. Il s’agit en fait d’un autre type de formations, lesquelles ne sont de toute façon pas étrangères au sentiment religieux. Ces associations, parmi lesquelles nous reconnaissons aussi bien la Rose-Croix que la Franc-maçonnerie, ont connu leurs plus grands succès au siècle dernier à l’exception toutefois du spiritisme qui, lui, continue de se développer avec beaucoup de vigueur jusqu’à l’heure actuelle.

À l’aube du XXe siècle, le panorama se présente de manière chaotique. Des sectes chrétiennes comme les mormons et les Témoins de Jéhovah ont fait leur apparition et beaucoup d’autres, qui sont des sectes de sectes, prolifèrent de manière vertigineuse. De même, en Asie, les évangiles sociaux se tournent aussi vers la mystique. Auparavant, dans les années 1850 en Chine, les Tai Ping s’étaient emparés de zones importantes, et seule la prise de Pékin leur manqua pour proclamer une république socialiste, collectiviser les moyens de production et rendre les conditions de vie du peuple égales pour tous. Le « Roi Céleste », chef de ce mouvement, proclamait ses idées politiques qui étaient imprégnées de taoïsme et de christianisme. La lutte contre l’Empire coûta des millions de vies…

En 1910, Tolstoï meurt en Russie. Il s’était par trop écarté de l’Église Orthodoxe et le Saint-Synode décida de l’excommunier. C’était un chrétien convaincu, mais à sa façon, il proclamait son propre Évangile : « Ne prends pas part à la guerre ; ne blasphème pas ; ne juge pas ; ne résiste pas au mal par la force. » Plus tard, il abandonne tout : livres, maison, famille. Ce n’était plus le brillant écrivain mondialement connu, auteur d’Anna Karénine et de Guerre et Paix. C’était le mystique christiano-anarcho-pacifiste, source indubitable d’un nouveau projet et d’une nouvelle méthodologie de lutte, la non-violence.

L’anarcho-pacifisme de Tolstoï, les idées de Ruskin et l’Évangile social de Fourier – celui que Marx mentionne dans Le Manifeste –, se combinent chez un jeune avocat indien en lutte contre la discrimination en Afrique du Sud, Mohandas Gandhi. Ce dernier, suivant l’exemple de Fourier, fonde un phalanstère ; mais il essaie surtout d’appliquer une nouvelle forme de lutte politique. Il retourne en Inde et, les années suivantes, les indépendantistes indiens commencent à se regrouper autour de lui.

C’est avec lui que débutent les marches pacifiques, les grèves sur le tas, les sit-in de rue, les grèves de la faim, les occupations pacifiques… en somme, ce que Gandhi appelle « résistance civile ». Il ne s’agit plus d’occuper les centres névralgiques selon la tactique révolutionnaire de Trotski. Il s’agit du contraire : faire le vide.

C’est alors que surgit une étrange opposition : la force morale contre la prépotence économique, politique et militaire. Il est bien évident qu’avec Gandhi, nous ne parlons plus d’un pacifisme larmoyant, mais plutôt d’une résistance active. C’est probablement le type de lutte le plus courageux car le corps et les mains nues s’exposent aux balles des envahisseurs et des colonisateurs occidentaux. Ce « fakir nu », comme disait le Premier ministre anglais, gagne cette guerre et est ensuite assassiné.

Par ailleurs, le monde connaît un bouleversement considérable. La Première Guerre mondiale éclate et la Révolution Socialiste triomphe en Russie. Cette dernière démontre par les faits que ses idées, considérées jusqu’alors comme utopiques par les bienpensants de l’époque, sont non seulement appliquées mais qu’elles modifient aussi la réalité sociale. Les nouvelles structurations et la planification de l’avenir de la Russie changent la carte politique de l’Europe. La philosophie, qui avait organisé les idées de la Révolution, commence à gagner le monde entier avec force. Le marxisme passe rapidement, non seulement d’un pays à l’autre, mais aussi d’un continent à l’autre.ll est bon de rappeler certains événements qui se sont produits pendant la période de la guerre 1914-1918. En quatre petites années se produisent les choses suivantes : Richardson expose sa théorie sur la nature électronique de la matière ; Einstein livre sa théorie de la relativité générale ; Windhaus effectue ses recherches sur la chimie biologique ; Morgan, celles sur les mécanismes de l’hérédité de Mendel ; Meyerhof étudie la physiologie musculaire ; Juan Gris révolutionne la peinture ; Bartok compose les Danses hongroises et Sibelius la Symphonie n°5 ; Siegbhan étudie le spectre des rayons X ; Pareto écrit sa Sociologie ; Kafka, La métamorphose ; Spengler, La décadence de l’Occident ; Maïakowski, Le mystère cosmique ; Freud, Totem et tabou et Husserl, Idées pour une Phénoménologie. C’est le début des guerres aériennes et sous-marines et le début de l’utilisation des gaz asphyxiants. Le groupe « Spartakus » surgit en Allemagne ; le front turc est rompu en Palestine ; Wilson expose son programme en « 14 points » ; les japonais débarquent en Sibérie ; des révolutions éclatent en Autriche et en Allemagne ; la république est proclamée en Allemagne, en Hongrie et en Tchécoslovaquie ; l’État yougoslave naît et la Pologne acquiert son indépendance ; l’Angleterre accorde le droit de vote aux femmes ; on ouvre le canal de Panama et l’Empire est rétabli en Chine ; les Portoricains deviennent citoyens des États-Unis et la constitution mexicaine est proclamée.

À cette époque, nous sommes à l’aube de la révolution technologique, de l’écroulement du colonialisme et au début de l’impérialisme à l’échelle mondiale. Dans les années suivantes, des faits décisifs se multiplient. Il serait pénible d’en énoncer la liste complète. Cependant, pour illustrer notre propos, nous en citerons quelques-uns. Dans le domaine des sciences, Einstein a doté la raison d’élasticité : il n’y a plus de vérités absolues, elles deviennent relatives à un système. Freud prétend que la raison elle-même est mue par des forces obscures qui, en luttant avec les superstructures de la morale et des coutumes, déterminent la vie humaine. Le modèle atomique de Bohr présente une matière où prédomine le vide… tout le reste n’étant que charge électrique et masse infinitésimale. Selon les astrophysiciens, l’Univers est en expansion à partir d’une explosion initiale ; il se structure en galaxies, en nids de galaxies, en îlots-univers et se dirige vers une entropie qui se terminera en catastrophe finale… Dans une galaxie en spirale, peuplée d’à peine 100 milliards d’étoiles, se trouve un soleil jaune suspendu à son flanc et éloigné du centre de son système par 30.000 années-lumière. Une ridicule particule de 12.000 kms de diamètre tourne autour de ce soleil à la distance insignifiante de 8 minutes-lumière. Et sur cette particule, une nouvelle guerre éclate et se répand partout…

Les fascismes avancent. L’un de ses représentants avait déjà proclamé : « Vive la Mort ! » Mais cette nouvelle guerre n’est pas un conflit religieux. C’est une lutte d’hommes d’affaires et d’idéologies délirantes. Génocides et holocaustes, famines, maladies et destruction atteignent des niveaux jusqu’alors inconnus.

La vie humaine en est réduite à l’absurde. Certains en viennent à penser : « À quoi bon exister ? » ou « Qu’est-ce qu’exister ? »

Le monde a explosé. Les sens nous trompent. La réalité n’est pas ce que nous voyons. Un jeune physicien, Oppenheimer – qui étudie en même temps le sanskrit pour comprendre la religion védique hindoue – dirige alors le projet Manhattan.

Dans la matinée du 16 juillet 1945, il entre dans l’Histoire. Un soleil miniature a explosé sur Terre. L’ère nucléaire a commencé. Mais cela a également mis un terme à la Seconde Guerre mondiale.

D’autres hommes se chargeront de détruire Hiroshima et Nagasaki. Il n’y a plus une seule civilisation ni aucun point du globe qui ne soit pas en contact avec les autres. Le réseau de communication couvre le monde entier. Il ne s’agit plus seulement de produire et d’échanger des objets par voies aériennes, maritimes et ferroviaires, mais aussi de communiquer les signes du langage : la voix humaine et l’information arrivent partout instantanément.

Tandis que le monde cicatrise ses plaies, le Pakistan et l’Inde prennent leur indépendance et la guerre d’Indochine commence. On proclame l’État d’Israël et la République Populaire de Chine avec Mao à sa tête. En 1951, c’est la création du COMECONdans le camp socialiste européen et celle de la Communauté du Charbon et de l’Acier en Europe Occidentale. Nous sommes en pleine guerre de Corée alors qu’une autre guerre, connue sous le nom de « guerre froide », oppose le capitalisme au socialisme. Aux États-Unis, le sénateur Mac Carthy entame la chasse aux sorcières qui donne lieu à bon nombre d’arrestations, de destitutions et de condamnations à mort de suspects et d’espions mineurs tels que les époux Rosenberg. Le stalinisme commet à son tour toutes sortes d’atrocités et de répressions. Staline mort, Krouchtchev prend le pouvoir et dévoile la réalité aux yeux du monde. Les intellectuels de bonne foi, qui considéraient tout cela comme une simple propagande occidentale pour discréditer l’U.R.S.S., restent stupéfaits. Surviennent ensuite les désordres de Pologne et le retour au pouvoir de Gomulka, puis la révolte hongroise.

Les dirigeants soviétiques doivent alors choisir entre la sécurité, nationale et internationale, et leur image. Ils optent pour la sécurité et les tanks soviétiques pénètrent en Hongrie. Pour le Parti, c’est un « choc » à l’échelle mondiale. D’autres vents commencent à souffler. La nouvelle foi est en crise. En Afrique, les mouvements de libération se succèdent les uns aux autres et les frontières des pays changent. Le monde arabe est en pleine convulsion. En Amérique latine, les injustices s’aggravent, renforcées par des régimes tyranniques qui sont l’expression de l’influence tardive des fascismes européens.

Coups d’États, contrecoups d’États et chutes de dictateurs se succèdent. Les États-Unis, empire déjà établi, y maintiennent leur arrière-garde. L’énorme richesse du Brésil est aux mains d’un très petit nombre. Le pays connaît la croissance, mais l’irritante inégalité sociale s’accentue. C’est un géant endormi qui se réveille. Ses frontières touchent presque tous les pays d’Amérique du Sud. Ses cultes comme l’Umbanda et le Candomblé, issus d’Angola et d’autres régions d’Afrique, se sont déjà répandus jusqu’en Uruguay, en Argentine et au Paraguay. L’Uruguay, que l’on appelait la « Suisse d’Amérique », est en banqueroute.

L’Argentine agricole et pastorale s’est transformée. C’est dans ce pays que se sont produits les plus formidables mouvements de masse jamais connus en Amérique. Un président populaire et son épouse charismatique proclament la « mystique sociale » de leur doctrine. Avant eux, un autre président – tout aussi populaire bien qu’ayant des attitudes totalement opposées – était de filiation spiritiste et krausiste. C’est aussi dans ce pays que plusieurs temples catholiques sont incendiés en 1955…

Qu’est-il en train de se passer là ? Ce pays tranquille, qui n’est déjà plus le « grenier du monde », lutte pour se débarrasser des derniers vestiges du colonialisme économique britannique.

C’est dans ces conflits que se forme Ernesto Guevara. Plus tard, après la révolution qui a déposé Bastista en 1959, il sera au pouvoir à Cuba. Par la suite, il poursuivra sa lutte dans d’autres pays et sur d’autres continents. Une révolte guévariste échouera au Sri Lanka. Sous toutes les latitudes, son influence va enflammer l’idée de la guérilla chez les jeunes. Il est à la fois le théoricien et l’homme d’action ; il utilise les expressions anciennes de Saint Paul pour définir « l’homme nouveau ». Il dira avec poésie : « À partir d’aujourd’hui, l’Histoire devra tenir compte des pauvres d’Amérique… » Peu à peu, il va s’éloigner de ses conceptions initiales ; son image est à jamais fixée dans la photographie qui

a fait le tour du monde. Il est mort quelque part en Bolivie ; c’est le Christ des Figuiers.

À la même époque, l’Église Catholique produit de nombreux documents sur la question sociale et organise l’Internationale sociale-chrétienne sous des noms différents suivant les pays. En Europe, la Démocratie Chrétienne s’impose dans plusieurs pays et depuis lors, le pouvoir oscille entre les sociaux-démocrates, les sociaux-chrétiens et les conservateurs libéraux. Le socialchristianisme s’étend à l’Amérique latine. Au Japon, le shintoïsme, religion impériale, connaît une crise importante. Le bouddhisme développe alors la petite secte Soka Gakkai qui regroupera 6 millions de croyants en 6 ans ; c’est sur cette base que le Komeito est lancé et devient le troisième parti politique du pays.

En 1957, l’U.R.S.S. met le premier satellite artificiel en orbite autour de la Terre. Pour le grand public, cela va clairement signifier au moins deux choses : 1) un voyage interplanétaire est possible ; 2) les satellites, en tant qu’antennes et relais, vont permettre de connecter la Terre entière à travers la télévision.

À partir de là, l’image parvient partout où il y a un récepteur. La révolution électronique balaie toutes les frontières. Bien sûr, un autre problème surgit, celui de la manipulation de l’information et de l’utilisation d’une propagande hautement sophistiquée.

Désormais, le système pénètre dans chaque maison, mais également avec lui, l’information.

Depuis les essais nucléaires dans l’atoll de Bikini, le maillot de bain qui porte ce nom est devenu à la mode. La tenue de Mao Tsé Toung se porte désormais sur les chemises décontractées.

L’opulence de Marilyn Monroe, d’Anita Ekberg et de Gina Lollobrigida va laisser place à un autre style, unisexe, qui tend à estomper les différences. Les Beatles apparaissent comme un nouveau modèle pour la jeunesse, et partout les jeunes tiennent à leurs jeans. En Europe, la proportion d’hommes a subi une importante diminution dans la pyramide démographique. Depuis la guerre, les femmes occupent des emplois, y compris à des niveaux de direction. On constate cependant la même chose aux États-Unis et dans d’autres pays n’ayant pourtant pas connu cette effusion de sang. Quoi qu’en disent les discriminateurs, dont la résistance est tenace, il s’agit en fait d’un processus mondial… mais ce processus n’a pas la même rapidité que d’autres facteurs. Ainsi, une tentative pour que les femmes aient le droit de vote échoue en Suisse. Quoi qu’il en soit, les filles sont déjà dans les écoles, dans les lycées et à l’université ; elles militent politiquement et protestent contre l’Establishment.

À la fin des années 60, la révolte des jeunes éclate simultanément dans le monde entier. Les étudiants du Caire sont les premiers, bientôt suivis par ceux de Nanterre et de la Sorbonne.

L’onde se propage jusqu’à l’École polytechnique de Rome et gagne ensuite toute l’Europe. Au Mexique, les forces de sécurité abattent 300 étudiants. Les journées de mai 68 laissent tous les partis politiques muets. Personne ne sait vraiment ce qui se passe… d’ailleurs, les protagonistes eux-mêmes non plus.

C’est un courant psychosocial. Les gens proclament : « Nous ne savons pas ce que nous voulons, mais nous savons ce que nous ne voulons pas ! »… « De quoi avons-nous besoin ? »… « L’imagination au pouvoir ! » Les manifestations d’étudiants et de jeunes ouvriers se sont répétées dans plusieurs pays. À Berkeley, elles prennent un caractère anti-guerre du Vietnam. En Europe et en Amérique latine, on repère différentes revendications mais la simultanéité du phénomène est surprenante. Une nouvelle génération montre que la planète est une. Le 20 mai, la grève en France s’étend à 6 millions d’ouvriers. Le gouvernement organise des contre-manifestations et le régime de De Gaulle vacille. Aux U.S.A., le pasteur Martin Luther King, leader des droits civiques, est assassiné. Hippies, punks, modes contestataires et musique – beaucoup de musique – entourent la nouvelle ambiance jeune. Une partie de cette génération va se risquer dans trois chemins différents : la guérilla, la drogue et la mystique, chaque voie étant bien distincte l’une de l’autre. Normalement, elles sont en complète opposition mais elles paraissent toutes contenir le même signe de rébellion contre ce qui est établi. Les tenants de la guérilla se regroupent en commandos du type Bader-Meinhof, Brigades Rouges, Tupamaros, Montoneros, etc. Beaucoup ont pris Che Guevara pour modèle. Ils tuent et se suicident. D’autres ont pris comme modèle les enseignements d’Aldous Huxley et des grands psychédéliques comme Baudelaire. Beaucoup parmi eux se suicident aussi, en détruisant leur système nerveux. Enfin, les mystiques recherchent toutes les possibilités de changement intérieur. Ils prennent comme modèles Alan Watts, Saint François d’Assise et l’orientalisme en général. Beaucoup d’entre eux se détruisent, aussi. Évidemment, au regard de toute une génération, il ne s’agit que d’une infime partie de la jeunesse ; mais cela traduit un symptôme des temps nouveaux. La réaction du système ne se fait pas attendre : « Tous les jeunes sont suspects ». La chasse commence alors partout et la méthode employée sera plus ou moins sophistiquée selon les moyens du lieu. Des phénomènes tels que l’I.R.A. (Mouvement de Libération Irlandais), l’E.T.A. basque, le Mouvement Corse ou enfin l’O.L.P. (Palestine) ne répondent pas exactement au schéma générationnel que nous venons de décrire. Ce sont des cas différents, même s’ils s’entrecroisent en maintes occasions.

En 1969, les États-Unis envoient le premier homme sur la lune. Sa descente est retransmise en direct à la télévision. Depuis La guerre des mondes qui avait semé la panique aux États-Unis, la science-fiction a gagné du terrain. Mais il ne s’agit plus seulement de martiens qui se battent contre les terriens. Dans de nombreux récits, films ou séries T.V., les protagonistes sont des robots, des ordinateurs, des mutants ou des demi-dieux. Rappelons-le, depuis 1945 et en différents endroits, on a noté un nombre croissant d’objets étranges ayant été vus dans le ciel. Parfois, ce sont des lumières difficiles à appréhender. On a commencé à les appeler « soucoupes volantes » ou bien génériquement « O.V.N.I. » Leur apparition se fait par intermittence. Des psychologues (comme Jung) se sont penchés sur cette affaire. Les physiciens et les astronomes sont sceptiques. Certains écrivains comme Cocteau vont jusqu’à affirmer que ce sont des « êtres du futur qui viennent s’informer sur leur passé ». On crée des centres d’observation un peu partout, souvent connectés entre eux. C’est le début des pratiques de « contact » avec ces êtres supposés venir d’autres mondes. Aujourd’hui, cette croyance a gagné un terrain considérable. On a relevé des apparitions fréquentes dans les Îles Canaries, dans le Sud de la France, dans le Sud de l’U.R.S.S., dans l’Ouest des États-Unis, au Chili, en Argentine et au Brésil. En 1986, le gouvernement de ce dernier a d’ailleurs officiellement déclaré avoir eu un contact visuel et par radar avec des O.V.N.I. C’est la première fois qu’un gouvernement émet une telle affirmation. Signalons de plus que, par la suite, ce phénomène a été suivi par les forces aériennes…

Si, comme nous le disions précédemment, le catholicisme a commencé à regagner du terrain à travers des partis politiques confessionnels, l’islam, de son côté, n’a rien à lui envier. Nombre de monarchies et de gouvernements « tièdes » sont tombés et les républiques islamiques ont commencé à se multiplier. De la sorte, depuis les années 70, les grandes religions récupèrent un espace politique et économique. Il existe cependant une grande préoccupation pour la foi. En effet, en se convertissant en intermédiaires entre l’homme et l’État, entre les besoins et les solutions à y apporter, les religions comprennent qu’il ne leur suffira pas de récupérer le terrain que les forces politiques ont occupé par le passé. Des observateurs musulmans ont signalé que maintes choses avaient changé. L’ancienne organisation tribale s’est affaiblie. Dans de nombreux endroits, la richesse pétrolière s’est tournée vers l’industrie et de grands centres urbains ont commencé à apparaître. Les familles se sont réduites et vivent en appartement. À partir des pays les plus pauvres s’accentue un exode des travailleurs vers l’Europe, à la recherche de travail et cet exode altère le paysage de la jeunesse. Les pays musulmans, qui commencent à jouir de la prospérité conférée par leur pétrole, subissent aussi l’influence des institutions et des comportements ainsi que des modes du modèle occidental, en particulier dans les couches dominantes de ces sociétés. Dans ce climat de transformation, le Shah d’Iran impose l’occidentalisation forcée. Il le fait de manière despotique car il possède l’armée la mieux équipée de tout le Proche-Orient. Les grands centres pétroliers absorbent une main d’oeuvre agricole plutôt arriérée. Les villes grandissent sous la poussée de cet exode intérieur. Tout est sous contrôle… Il y a un seul leader, mais il n’est pas politique. Il est exilé en France alors que les différents partis, surveillés par la Savak, font leur jeu politique, manipulés par leurs maîtres étrangers. Bien entendu, on ne peut prêter attention à un vieux théologien de l’université de Quom : « Ce n’est pas sérieux ! », pensèrent les analystes soviétiques et occidentaux. Mais soudain, le cyclone de l’ancien Iran se remet en marche. Ainsi réapparaît le créateur de courants spirituels universels, l’initiateur d’hérésies, de luttes religieuses. Pendant toute une semaine, le monde entier va assister, stupéfait, à une réaction en chaîne psychosociale…

On croit rêver. Les gouvernements se succèdent ; l’administration publique se vide de l’intérieur ; l’armée reste paralysée et se saborde. Seul l’ordre religieux fonctionne. Depuis les mosquées, les mollahs et les ayatollahs suivent les diktats de l’Imam mythique.

Tout ce qui se passe ensuite n’est qu’une histoire très triste et très sanglante. Khomeiny déclare : « Le gouvernement islamique est le gouvernement de droit divin et ses lois ne peuvent être changées ou modifiées, pas même discutées. C’est en cela que réside la différence fondamentale entre le gouvernement islamique et les différents gouvernements monarchistes ou républicains où les représentants de l’État ou les élus du peuple proposent et votent les lo s. Or, dans l’Islam, l’unique autorité est celle du Tout-Puissant et de sa divine volonté. »

De son côté, Muammar Al-Khadafi avait déjà déclaré dans son discours d’octobre 1972 à Tripoli : « L’Islam est une vérité immuable ; il donne à l’homme la sensation de sécurité car il provient de Dieu. Les théories inventées par l’homme peuvent être le résultat d’une folie comme ce fut le cas pour la théorie annoncée par Malthus. Même la théorie du pragmatisme enseignée par l’homme n’est pas à l’abri du faux et de l’absurde. C’est pourquoi il est complètement erroné de vouloir gouverner la société humaine au nom de lois temporelles ou de constitutions. » Bien entendu, j’ai cité ces extraits en dehors de leur contexte ; mais ce que je prétends transmettre est la compréhension du phénomène religieux islamique où toute activité – y compris la politique – est subordonnée au religieux. Ce concept, apparemment en régression, semble reprendre de la vigueur. Nous savons que l’islam est en train de se développer aux États-Unis. En France, on compte aujourd’hui plus de 200.000 convertis, sans parler des gens originaires du monde arabe et de leurs descendants. Bien sûr, nous ne citons ces deux cas qu’à titre d’exemples, et évidemment l’islam s’est considérablement transformé pour parvenir jusqu’en Occident. Les formes derviches et soufies sont des cas particuliers de cette tendance.

Dans le christianisme, la mobilité existe entre les grandes sectes. Ainsi, quand les protestants représentent en quelque sorte la « religion officielle » d’un pays, ils se concentrent sur les centres de pouvoir et les catholiques gagnent la périphérie. Inversement, dans les pays dits catholiques, ceux-ci abandonnent la périphérie alors que les sectes protestantes viennent l’occuper.

Ce changement est rapide et perceptible : pendant que la secte dominante s’alarme, l’autre s’active vers le pouvoir. Dans cette lutte, il arrive que des groupes appartenant à ces sectes aient recours à des coups bas. On ne peut rejeter la responsabilité sur le protestantisme en général si un dément, nommé Manson, se promène avec une croix et une Bible tout en assassinant les gens, ou si des chrétiens protestants du Temple du Peuple finissent en Guyane dans la tuerie et le suicide collectif comme dans une parodie de Massada…

Selon moi, ces phénomènes sont caractéristiques de cette dislocation psychosociale et sont les symptômes avant-coureurs d’événements plus importants que notre société actuelle semble frôler de plus en plus près.

À mon avis, le catholicisme dispose de certaines possibilités pour récupérer une partie de l’influence qu’il a perdue en Amérique latine et, par ricochet, en Afrique. Tout va dépendre du sort réservé à la dénommée « Théologie de la Libération » dans laquelle christianisme et évangile social sont compatibles. Le Nicaragua d’aujourd’hui en est le meilleur exemple. Lors de la première entrevue entre Fidel Castro et Frei Betto, le jeudi 23 mai 1985 à 21h00 à la Havane, le prêtre a fait cette déclaration : « Commandant, je suis sûr que c’est la première fois qu’un chef d’État de pays socialiste accorde une entrevue portant exclusivement sur le thème de la religion. Le seul précédent est le document sur la religion publié en 1980 par la Direction nationale du Front Sandiniste de libération nationale. C’était alors la première fois qu’un parti révolutionnaire au pouvoir publiait un document sur ce sujet. Depuis cet événement, aucun ne fut mieux informé et approfondi sur ce thème, y compris du point de vue historique. Considérant que la problématique de la religion joue en ce moment un rôle idéologique fondamental en Amérique latine; considérant l’existence de nombreuses Communautés ecclésiastiques de base (indigènes du Guatemala, paysans du Nicaragua,ouvriers du Brésil et de tant d’autres pays) ; considérant également l’offensive de l’impérialisme qui, depuis le Document de Santa Fe, veut combattre directement l’expression la plus théorique de cette Église engagée aux côtés des pauvres, à savoir la Théologie de la Libération ; considérant tout cela, je pense que cette entrevue et son apport à cette question revêtent une très grande importance…»

À son tour, Armando Hard, ministre de la Culture de Cuba salue, dans sa préface à l’édition du livre Fidel Castro et la religion, le dialogue christiano-marxiste : « Ceci est en soi un événement transcendantal dans l’histoire de la pensée humaine. L’accent éthico-moral apparaît dans ces lignes chargées de tout ce sens humain qui rassemble ceux qui luttent pour la liberté et pour la défense des humbles et des exploités. Comment un tel miracle a-t-il pu se produire ?

Théoriciens sociaux, philosophes, théologiens et un grand nombre d’intellectuels de tous pays doivent se poser la question. » De notre côté, nous ne nous la posons plus. Il nous paraît clair que la religiosité est en progression ici, aux États-Unis, au Japon, dans le monde arabe et dans le camp socialiste, qu’il s’agisse de Cuba, de l’Afghanistan, de la Pologne ou de l’U.R.S.S. Nous nous posons plutôt la question de savoir si les religions officielles pourront adapter ce phénomène psychosocial au nouveau paysage urbain ou si, au contraire, elles seront débordées.

Il se pourrait très bien qu’une religiosité diffuse se développe dans de petits groupes chaotiques sans constituer une église formelle ; il sera alors assez difficile d’appréhender la véritable envergure que pourra prendre ce phénomène. Bien que la comparaison ne soit pas vraiment légitime, je me permets de vous rappeler un précédent ancien : la Rome Impériale a vu surgir de chez ses voisins toutes sortes de cultes et de superstitions, tandis que la religion officielle perdait de sa force de conviction. L’un de ces groupes insignifiants finit par se transformer en une Église universelle… Aujourd’hui, il est clair que pour avancer, cette religiosité diffuse devra combiner le paysage et le langage de notre époque – un langage de programmation, de technologie et de voyages spatiaux – avec un nouvel évangile social.

C’est tout. Merci beaucoup.

Aymeric Caron : « Je prône une société dans laquelle il y aurait très peu de lois »

Au cœur de notre action collective

06.09.2015 – Udgir, Maharashtra, Inde – Fernando Alberto García*

fernamdo-at-udgir-720x480Où puisons-nous l’énergie et la motivation pour notre action collective ? Comment faisons-nous pour la maintenir sur le long terme ? Tout d’abord, de manière générale, l’énergie et la motivation pour notre action collective peuvent venir de nos pensées et de nos sentiments vis-à-vis d’elle.

Nos pensées peuvent nous donner un certain degré d’énergie et de motivation pour notre action collective. Par exemple, nos idéologies, nos croyances, nos positions, etc. Elles peuvent être bonnes ou mauvaises, vraies ou fausses, constructives ou destructrices, etc.

Nos sentiments peuvent également nous donner un certain degré d’énergie et de motivation pour notre action collective. Par exemple, l’amour, la compassion, la solidarité, mais aussi la haine, la discrimination, la vengeance, etc.

Nous pouvons transformer nos pensées et nos sentiments en références et en forces motrices pour nos vies. Cependant, ils peuvent être très variables et mouvants, et donc exposés à l’échec.

Dans le cas le plus courant, l’échec survient quand les pensées et les sentiments que nous nourrissons ne nous conduisent pas à ce que nous avions espéré.

Cela dépend de circonstances variables et changeantes, très souvent hors de notre contrôle.

Et l’échec le plus criant survient quand nos pensées et sentiments sont attachés à des choses extérieures, qui ont de la valeur pour nous.

Mais ces choses extérieures dépendent de facteurs changeants, que nous ne maîtrisons pas. Parfois nous cherchons à les atteindre, de façon possessive, comme une fin en soi.

Telle est la source la plus courante de notre énergie et de notre motivation pour l’action.

Aujourd’hui, nous attachons de l’importance à une chose extérieure et demain à une autre. Et ainsi vont les choses, au fil de nos vies.

Cependant, les problèmes surviennent, quand nous restons attachés aux mêmes choses extérieures, alors que les circonstances ont changé.

Donc, nous rencontrons des difficultés. Soit en changeant nos pensées et sentiments, tout en donnant de la valeur aux choses extérieures, qui n’arrivent pas à combler nos attentes. Soit en résistant au changement, en continuant à accorder de la valeur aux mêmes choses extérieures, en dépit du changement des circonstances, qu’elles soient personnelles ou liées à notre environnement.

Comment sortir de cette difficulté, de ce paradoxe ? Comment pouvons-nous rendre nos pensées et nos sentiments stables et exempts de toute désillusion ? Comment pouvons-nous rendre notre action stable et exempte de tout échec ?

On y parvient en apprenant à accorder une grande valeur, non pas aux choses extérieures, mais à une expérience intérieure, qui augmente ou diminue, selon l’attitude ou la perspective intérieure, avec laquelle nous vivons ce que nous vivons, nous faisons ce que nous faisons.

Une attitude intérieure, qui essaie toujours d’aller au-delà des abîmes de la contradiction et de la souffrance, en chacun de nous.

Une attitude intérieure, qui ne devrait pas être basée sur des choses à obtenir, à faire, à accomplir, mais sur une certaine façon d’établir une relation avec elles. Qui ne devrait pas être basée sur des pensées, des sentiments et des actions, mais sur notre relation à eux.

Cette attitude de libération intérieure est explicitée, entre autres, dans les Principes de l’Action Valable.

Une attitude intérieure, qui connecte toujours ce que nous faisons et ce que nous vivons, avec une Signification transcendante. Une Signification, qui transcende les actions particulières, les individus particuliers et toute chose en particulier.

Cette façon de vivre est assurément une forme de spiritualité.

Chacun doit établir cette connexion à sa façon, en fonction de ses propres croyances.

C’est dans cette perspective que notre énergie et notre motivation les meilleures et les plus élevées seront appliquées à nos pensées, nos sentiments et nos actions.

Par conséquent, nos pensées, nos sentiments et nos actions ne connaîtront aucun échec, car ils ne seront plus enracinés dans la valeur des choses extérieures, ils ne seront plus dirigés par la poursuite d’un succès extérieur. Ils seront enracinés dans une vie intérieure spirituelle, dans laquelle il y a seulement des avancées, de l’apprentissage, la croissance du bonheur et de la liberté, en nous et dans les personnes qui nous entourent.

Et si nous commettons des erreurs, ce seront les de mauvais pas dans la bonne danse, mais pas la mauvaise danse. Ce seront des erreurs dans la tactique, mais pas dans la stratégie pour aborder la vie.

En effet, la perspective spirituelle de nos vies place le « nous » audessus du « je », le « nous » audessus du « moi » et « donner audessus de « recevoir ».

Et en fait, nos vies seront organisées autour de cette vision. Il ne s’agira pas de simples paroles en l’air, pour parader ou remplir notre temps libre, mais bien de la direction, de la forme et du contenu de nos vies quotidiennes.

Cette spiritualité imprégnera notre vie réelle et tout ce que nous faisons. Et tout ce que nous faisons, que nous atteignions notre but ou pas, sera source d’inspiration pour un futur sans limites, sans fatigue, ni échec.

C’est à chacun d’entre nous de créer un lien entre les affaires quotidiennes et une Signification transcendante, de façon à donner à cette connexion une application efficace dans un projet collectif plus grand.

Par conséquent, il est important d’organiser nos vies quotidiennes, autant que faire se peut, afin d’aider à soutenir les affaires collectives d’un large groupe humain, quel qu’il soit.

Ce large groupe humain doit être guidé par les buts et valeurs les plus élevés. Pour nous, ce peut être le Mouvement Humaniste, le Message de Silo ou l’Ecole… et au final l’humanité toute entière.

Un groupe humain avec une grande diversité de personnes, qui travaillent et participent de différentes manières et selon leurs possibilités, à un objectif collectif élevé.

Un tel groupe humain peut être le miroir dans lequel nous nous voyons, nous nous testons et nous nous améliorons. En travaillant et en contribuant au tout, les limitations et les conflits que nous percevons dans tout groupe humain ne sont aucunement liés à nos limitations et nos conflits personnels. Voir le verre à moitié vide ou à moitié plein constitue la réalité que nous créons. Et ceci parle plus de nous que des choses elles-mêmes.

Et notre relation avec ce groupe humain devrait être un « don » désintéressé, sans attitude de possessivité et sans attente de « recevoir » quelque chose en échange de notre action. Car nous comprenons que le progrès du tout permet et renforce le progrès de chacun.

On atteint tout ceci non pas seulement sur la base d’une valeur plus ou moins grande accordée au groupe humain, mais par une attitude libératrice envers lui et ses affaires collectives.

Cela signifie que nous nous tiendrons éloignés des conflits créés par la dépendance à la valeur extérieure, quand ce groupe humain ne satisfait pas nos attentes possessives et consuméristes, quand nous y voyons des défauts et des imperfections. C’est-à-dire ce qui nous fait habituellement souffrir, quand notre moi possessif et consumériste est notre plus grande référence.

Car la spiritualité ou la libération de la souffrance ne doit pas être recherchée ou ne peut être atteinte, en déguisant ou en glorifiant un nouveau moyen d’élargir ou d’embellir notre propre soi.

Le seul vrai développement spirituel est celui qui va au-delà de soi et a pour but de rendre les autres heureux et libres.

Nous nous tiendrons éloignés de l’échec, de la consternation et de la contradiction, à mesure que l’écart s’amenuise entre notre signification individuelle et une Signification universelle transcendante.

Pour cela, nous avons besoin de toute la sagesse, la bonté et la force intérieure que nous puisons à une source plus élevée, qui pour certains d’entre nous, nous parvient de notre Guide Intérieur.

Tout ce que je vous raconte n’est pas seulement intellectuel ou théorique. C’est un témoignage personnel de vie que je partage avec vous.

C’est l’Intention, avec laquelle je vis, avec des succès et des échecs provisoires. Notez bien, ce n’est pas une destination, mais le chemin pour un voyage permanent d’apprentissage et de développement.

C’est l’esprit avec lequel je suis venu en Inde pour participer avec vous tous, mes amis voyageurs sur le chemin, à ce nouveau rassemblement qui nous réunit.

Dans mon cœur, je suis très reconnaissant envers mon Guide Intérieur et vous tous pour les multiples beaux événements que l’Inde et vous avez amenés dans ma vie.

Je vous souhaite plein de Paix, de Force et de Joie !

—-
* Architecte, chercheur et militant du courant de pensée, appelé « Nouvel Humanisme » ou « Humanisme Universaliste », basé sur l’œuvre de Silo. Participe activement au Mouvement Humaniste, via l’organisme social et culturel « La Communauté pour le Développement Humain » et adhère au « Message de Silo » – une forme nouvelle de spiritualité naissante.

Un humanisme spirituel pour le XXIe siècle

Aux formes agressives de l’anthropocentrisme doit succéder un humanisme spirituel fondé sur l’empathie et l’harmonie.

 Pourquoi se préoccuper d’écologie ? Parce que, pour le dire simplement, la viabilité de l’espèce humaine n’est plus assurée. L’humanisme spirituel comme nouvelle façon de penser, nouvelle cosmologie et nouvelle éthique ne pourrait-il pas fournir une réponse probante au risque de disparition prématurée qui pèse désormais sur nous ?

L’âge moderne se définissait par la primauté de l’humanisme séculier. Ce dernier est devenu si dominant qu’il a étouffé les discours religieux et idéologiques. En Chine, cela fait presque un siècle que la vie intellectuelle reste forclose dans un périmètre étroitement formé par le scientisme, le matérialisme et le rationalisme. Aujourd’hui encore, elle peine à s’affranchir de l’économisme et du consumérisme, si redoutables pour l’environnement. Un changement de fond est pourtant sur le point de s’opérer.

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