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Qu’est ce que le Mouvement Humaniste aujourd’hui?

La théorie de Dieu…

Pressenza, 31.12.2013 Ernesto H. De Casas

Cet article est aussi disponible en: Espagnol

I’image : http://bit.ly/18wBlKU

1.-

J’ai récemment vu une interview du scientifique chilien le professeur Vargas, dans laquelle il parlait de pas mal de choses, faisant notamment allusion à une conférence de spécialistes, dont l’un d’eux, d’origine asiatique, a dit aux autres : « Parce que vous avez la théorie de Dieu… ». « C’est beau, n’est-ce pas ? », a répondu le professeur explicite. Une simple mention m’a rarement parue aussi intéressante et intelligente. Telle est la question : en occident, on tient la croyance en Dieu pour vrai ; et comme l’a dit le professeur Vargas, « cette croyance est profondément ancrée en nous ». Même si certains ne croient parfois pas, ou pas tout à fait, à aucun moment cette croyance n’est présentée comme une théorie pouvant être validée ou invalidée… Cela donne plus de liberté.

Ainsi en va-t-il de la croyance, avec quelque chose de tenu pour vrai, de dogmatique, mais qui n’apparaît pas comme tel, que l’on n’admet pas, et dont on ne doute pas. Même en milieu scolaire, elle apparaît de temps à autre comme indubitable ; rappelez-vous cette citation d’Einstein : « Dieu ne joue pas aux dés ». Donc, cette entité n’oserait en aucune façon se confronter au hasard. Ceci est ferme et consolidé. Encore une fois, cette particule insaisissable dite « boson de Higgs » est populairement nommée « la particule de Dieu » ( ?). Donc, quand quelque chose manque (ou surabonde), on recourt à Dieu comme une valeur sûre, même si on doute parfois… ou souvent. C’est pourquoi si nous le voyions comme une théorie il faudrait, comme d’habitude, en faire la démonstration, même si cela sert à constater temporairement certaines choses. D’après ce que je comprends, la théorie même de la relativité, reste encore à démontrer, ce qui n’est pas facile avec le temps courbe et autres, sans parler des quants agissant dans ce micro-monde subatomique plein de probabilités quantiques, également à démontrer…

Bon, Silo nous simplifie les choses… bien que cela puisse provoquer une certaine angoisse : étant donné qu’on y croit et que l’on n’y croit pas, qu’il se manifeste et qu’il se cache, le sujet ne semble pas clair. Au moins, nous dit Silo, « Dieu est quelque chose d’incertain » (dans le Regard Intérieur, texte de son auteur), et de par sa simplicité il suscite en nous une sincérité grave. Silo précise également que la question de son existence ou non « ne pose pas ni ne résolve le problème fondamental de l’être humain : la souffrance ». « Ce n’est pas la question », insiste-t-il, après quoi il nous montre qu’ils avaient prévu un thème central qui ne l’est pas. Heureusement qu’il change déjà avec les crises.

Envisager la question sous cet angle : comment réduire la souffrance humaine et donner plus de sens à la vie, ce serait en fait comme une sorte de théorie existentielle à prendre en compte… mais ça n’est pas le cas. Et vu comment on le démontre ou on l’expérimente, il est difficile de séparer les croyances et la foi car si c’est une question de foi, comment s’inscrit‑elle ?

Nous savons qu’il existe de nombreux concepts vieux comme le monde. Le Dieu hébreux est souvent en colère contre ses adorateurs parce qu’ils l’ont abandonné au profit d’autres divinités plus opportunes, à un moment donné ; il est donc exigeant. Quant au Allah musulman, il demande une foi aveugle ainsi qu’une soumission totale, soustrayant tout libre arbitre ; autrement dit, peu de théorie, voire pas du tout. Les Hindous, avec leurs divinités tant intégrées à l’environnement psychologique (aussi bien Brahmā que Shiva, Vishnou, Kali ou encore Krishna), ne creusent pas la question car ils ne se la posent même pas. Les Chinois ont un tian vaporeux dans les cieux qui semble laisser tomber tout cela. C’est peut-être d’ailleurs la raison pour laquelle ils leur sont si propres.

Toujours est-il que tout cela est très ancien, ce pourquoi le langage semble avoir débuté avec les langues indo-européennes.

Le christianisme (catholicisme, orthodoxie et protestantisme) est présent de bien des façons, depuis la création jusqu’au pain quotidien (controversé aujourd’hui encore). Il couvre un large spectre depuis les choses célestes jusqu’à celles infernales. Il y a eu des Saints, mais ce qui reste incompréhensible ce sont les innombrables monstruosités perpétrées au nom d’un Dieu (d’une Église, d’un État) indiscutable ; et la même chose se produit en Islam et…

De plus, le nom « silence de Dieu » apparaît parfois, lorsque les croyants ne trouvent pas de réponse à leurs interrogations, augmentant ainsi le nombre de non-croyants… ainsi vont et viennent le théisme et l’athéisme. Il y a quelques années, les non-croyants ont décidé de promouvoir leur droit de « ne pas croire » en disposant des affiches indiquant : « Souriez, Dieu n’existe peut-être pas » (dans le sens où on peut être heureux si on n’est pas observé, contrôlé ou censuré), chose intéressante, sans aucun doute. Il s’agit d’un mouvement de spécialistes qui recherchent des écrits (principalement européens) où ne figure pas la source religieuse ; ils ont trouvé plusieurs textes et auteurs. Un professeur français, spécialisé dans ce domaine, donne une conférence dans la province, destinée au grand public, en expliquant le sujet. Son auditoire atteint parfois jusqu’à 600 élèves par classe ; tel est l’intérêt pour l’athéisme. Bien que le sujet continue d’inquiéter, certains auteurs du 20ème siècle proches de la problématique et de la condition humaine affirment déjà que « sa relation au divin » est de la plus haute importance. Voilà où on en est.

C’est ce dont traitait déjà Aristote, parlant du réconfort que leur donne les dieux (il y en avait donc plusieurs) face au « petit problème » de la mort. De nombreux croyants s’accordent sur ce point ; et lorsqu’ils cessent de croire, le réconfort et la protection prennent fin, et « il faut alors penser par soi-même », disent-ils, surtout face aux innombrables adversités qui se présentent aux personnes, aux familles et, bien entendu, aux sociétés en détresse. Ils se demandent : « Si Dieu existe, pourquoi permet-il tout ceci ? ». Fin de la discussion.

2.-

Tout ceci a probablement commencé il y a longtemps dans l’optique d’une quête de certitudes, de choses fixes qui donnent des réponses, qui complètent la conscience, et dans l’optique d’une chose difficile à obtenir, comme insaisissable, que l’on extériorise souvent, et on évalue le sacré. Ainsi, il existe de nombreux concepts qui dénaturent ce qui est vraiment humain ; donc, tout ceci est « propre à l’être humain », à son intériorité.

J’aime quand Silo mentionne une sorte d’Intelligence universelle perceptible et captable à travers tout ce qui est et, plus récemment, quand il souligne la direction que prend les choses, visible dans le macro et le micro univers, comme l’intention évolutive, inscrite dans la dynamique qui va de l’amibe jusqu’aux galaxies lointaines. Je me dis qu’il a peut-être été difficile de saisir de façon abstraite ce qui a été perçu, et peut-être a-t-il été plus facile de se le représenter avec des divinités… peut-être…

À propos, il nous parle longuement de tout ceci dans son article. « Le thème de Dieu » (Silo parle) ; et auparavant, il avait déjà mentionné le « dieu intérieur », en référence au pouvoir intérieur, et il nous rappelait que les Grecs y faisaient référence sous le nom de « dieu inconnu » ; il était donc déjà connu de ce peuple Olympien : l’intériorité y avait déjà sa place… même si d’autres en donneraient une toute autre interprétation.

Plus simple, comme disait un estimé professeur de philosophie : « Après tout, Dieu peut très bien être comme un parent proche… » Tout cela est possible à théoriser.

J’aime plus encore le discours censuré  de Silo de 1969, lorsqu’il a dit quelque chose comme : « Lorsque Dieu, les autres pouvoirs et les références s’évaporent, qu’advient-il ? L’humanité. L’être humain, enfin ! » Seul, sans soutien temporaire, sans béquilles, conscient de lui‑même, avec le courage d’évoluer ainsi dans le monde, sans dieux provisoires, assumant ses actes et son comportement vis-à-vis des autres et, bien évidemment, dans ses choix de vie.

Peut-être est-ce pour cela que Silo parle de la déité ; elle n’est pas nécessaire. Selon lui, nous pouvons accéder au sacré par nous-mêmes, dans la profondeur poétique et inspiratrice… et nous sommes libres de croire ou de ne pas croire ; après tout, ce qui nous intéresse c’est la liberté et l’indépendance.

Face à tout cela, peut-être nous rétorquera-t-on : cela ressemble fort à une autre théorie, celle de l’être humain tout-puissant… et en effet, cela pourrait fort bien être le cas. Tout cela tend à le confirmer. L’être humain s’assumant comme tel dispose de tout ce dont il a besoin. Il est parfaitement équipé ! Il partira en quête de lui-même, il aura ses propres révélations, et peut‑être deviendra-t-il alors libre et maître de son destin… dans le fond, pourquoi pas ?

(Traduit de l’espagnol par Florian MORINIÈRE)

L’accès aux niveaux profonds

D’après Silo: Psychologie IV

« La substitution du moi par une force, un esprit, un dieu ou la personnalité d’un envoûteur ou d’un hypnotiseur fut chose courante dans l’histoire. Le fait de suspendre le moi en évitant toute substitution, est également bien connu, quoique moins courant, notamment dans un certain type de yoga et dans quelques pratiques mystiques avancées. Cela dit, si quelqu’un pouvait suspendre et ensuite faire disparaître le moi, il perdrait tout contrôle structurel de la temporalité et de la spatialité de ses processus mentaux. Il se retrouverait dans une situation antérieure à celle de l’apprentissage de ses premiers pas dans la petite enfance. Ses mécanismes de conscience ne seraient plus en communication ni coordonnés. Il ne pourrait faire appel à sa mémoire. Il ne pourrait se mettre en relation avec le monde ni ne pourrait avancer dans son apprentissage. Nous ne serions pas simplement en présence d’un moi dissocié sous certains aspects, comme c’est le cas dans certains dérèglements mentaux, mais nous serions face à quelqu’un dans un état semblable au sommeil végétatif. Par conséquent, ces sottises relatives à « la suppression du moi » ou à « la suppression de l’ego » ne sont pas possibles dans la vie quotidienne. Il est toutefois possible de parvenir à la situation mentale de suppression du moi, non pas dans la vie quotidienne mais dans des conditions déterminées qui partent de la suspension du moi.

L’entrée dans les états profonds se produit depuis la suspension du moi. Depuis cette suspension, des registres significatifs de « conscience lucide » et de compréhension de ses propres limitations mentales se produisent, ce qui constitue déjà une grande avancée. Dans ce passage, on doit tenir compte de certaines conditions incontournables :

1 – Que le pratiquant ait très clairement défini son Dessein, ce qu’il désire obtenir comme objectif final de son travail.

2 – Qu’il dispose d’énergie psychophysique en quantité suffisante pour maintenir son attention immergée en soi et concentrée sur la suspension du moi.

3 – Qu’il puisse continuer sans solution de continuité dans l’approfondissement de l’état de suspension jusqu’à ce que les références spatio-temporelles disparaissent.

Le Dessein correspond à la direction de tout le processus mais sans que cela occupe tout le centre attentionnel. C’est à dire que le Dessein doit être gravé avec suffisamment de charge affective pour opérer de façon coprésente tandis que l’attention est occupée dans la suspension du moi et dans les pas suivants. Cette préparation conditionne tout le travail postérieur. Quant à l’énergie psychophysique nécessaire pour le maintien de l’attention dans un niveau intéressant de concentration, la principale impulsion provient de l’intérêt qui fait partie du Dessein. Si l’on constate un manque de puissance ou de permanence, il faudra réviser la préparation qui a été faite du Dessein. On a besoin d’une conscience dénuée de fatigue et d’une éducation minimale à la concentration attentionnelle sur un seul objet. Continuer dans l’approfondissement de la suspension jusqu’à parvenir au registre de « vide » signifie que rien ne doit apparaître comme représentation, ni comme registre de sensations internes. Il ne peut, ni ne doit y avoir de registre de cette situation mentale. La position ou les incommodités du corps déclencheront des impulsions qui produiront le retour à la situation mentale de suspension ou à la veille habituelle.

On ne peut rien dire de ce « vide ». Des significations inspiratrices et des sens profonds, qui sont au-delà des mécanismes et des configurations de conscience, remontent depuis le moi quand celui-ci reprend son travail normal de veille. Nous parlons de « traductions » d’impulsions profondes, impulsions qui arrivent à mon intracorps durant le sommeil profond, ou d’impulsions qui parviennent à ma conscience dans un type de perception différente de celles connues au moment du « retour » à la veille normale. Nous ne pouvons pas parler de ce monde parce que nous n’avons pas de registre durant l’élimination du moi ; nous disposons seulement des « réminiscences » de ce monde, ainsi que Platon nous le commente dans ses mythes. »

Savoir si l’on veut vivre, et décider dans quelles conditions

D’après: Il y a 20 ans, Silo achevait ses « Lettres à mes amis

Le progrès de l’humanité, en lente ascension, requiert la transformation de la nature et de la société, en éliminant la violente appropriation animale de certains êtres humains par d’autres. Quand cela arrivera, on passera de la préhistoire à une histoire pleinement humaine. En attendant, on ne peut pas partir d’une valeur centrale autre que l’être humain, entier dans ses réalisations et dans sa liberté. C’est pourquoi les humanistes proclament : « Rien au-dessus de l’être humain et aucun être humain en dessous d’un autre ». Si on pose comme valeur centrale Dieu, l’État, l’argent ou toute autre entité, on subordonne l’être humain en créant des conditions pour le contrôler et le sacrifier ultérieurement. Pour les humanistes, ce point est évident. Les humanistes sont athées ou croyants, mais ne partent pas de leur athéisme ou de leur foi pour fonder leur vision du monde et leur action. Ils partent de l’être humain et de ses nécessités immédiates. Et si dans leur lutte pour un monde meilleur, ils croient découvrir une intention qui fait avancer l’histoire dans une direction de progrès, ils mettent cette foi ou cette découverte au service de l’être humain.

Les humanistes posent le problème de fond : savoir si l’on veut vivre, et décider dans quelles conditions.

Toutes les formes de violence, physique, économique, raciale, religieuse, sexuelle et idéologique par lesquelles le progrès humain a été entravé, répugnent aux humanistes. Toute forme de discrimination, manifeste ou larvée, constitue pour les humanistes un motif de dénonciation.

Les humanistes ne sont pas violents mais, par dessus tout, ils ne sont pas lâches et ne craignent pas d’affronter la violence car leur action a un sens. Les humanistes relient leur vie personnelle et leur vie sociale. Ils ne posent pas de fausses antinomies, et en cela réside leur cohérence.

Ainsi la ligne de séparation entre l’humanisme et l’anti-humanisme est tracée. L’humanisme met en avant la question du travail face au grand capital ; la question de la démocratie réelle face à la démocratie formelle ; la question de la décentralisation face à la centralisation ; la question de l’anti-discrimination face à la discrimination ; la question de la liberté face à l’oppression ; la question du sens de la vie face à la résignation, à la complicité et à l’absurde.

Crise de civilisation: deuxième scénario

Extrait de la présentation du livre « Lettres à mes amis » 
Silo, 
Centre Culturel « Station Mapocho »
Santiago, Chili, 14 mai 1994

…Sommes-nous arrivés à un degré de maturité suffisant pour comprendre qu’il n’y aura dorénavant plus de progrès si ce n’est celui de tous et pour tous ? C’est cette seconde hypothèse qui est explorée dans les Lettres.

Si chez les peuples s’incarne l’idée qu’il n’y aura pas (il est bon de le répéter) de progrès qui ne soit celui de tous et pour tous, alors la lutte sera claire. Au dernier échelon de la déstructuration, à la base sociale, de nouveaux vents commenceront à souffler. Dans les quartiers, dans les communautés de voisinage, dans les lieux de travail les plus humbles, le tissu social commencera à se régénérer. Cela sera, apparemment, un phénomène spontané. Il se répétera avec l’apparition de multiples groupements de base formés de travailleurs affranchis de la tutelle des directions syndicales. De nombreux noyaux politiques sans organisation centrale apparaîtront et entreront en lutte avec les coupoles des organisations politiques. Dans chaque usine, chaque bureau, chaque entreprise, on commencera à discuter. À partir des revendications immédiates, on prendra conscience d’une situation plus ample dans laquelle le travail aura plus de valeur que le capital. Et quand viendra l’heure de considérer les priori- tés, le risque supporté par le travail sera plus évident que le risque du capital. On arrivera facilement à la conclusion que le bénéfice de l’entreprise doit être réinvesti dans de nouvelles sources de travail ou dirigé vers d’autres secteurs dans lesquels la production continue à augmenter au lieu de dériver vers des franges spéculatives qui engraissent le capital financier, vident l’entreprise et mènent l’appareil de production à la faillite. Le dirigeant d’entreprise commencera à se rendre compte que la banque l’a converti en simple employé et que, dans cette urgence, le travailleur est son allié naturel. Le ferment social se réactivera. Une lutte claire et franche se déchaînera entre le capital spéculatif, caractérisé par sa force abstraite et inhumaine, et les forces de travail, véritable levier de la transformation du monde. On commencera à comprendre, d’un seul coup, que le progrès ne dépend pas de la dette que l’on contracte auprès des banques, mais des crédits que celles-ci devront accorder aux entreprises sans percevoir d’intérêts. Il sera également évident que le seul moyen, pour décongestionner la concentration qui mène au collapsus, sera une redistribution des richesses vers les zones laissées pour compte. La démocratie réelle, plébiscitaire et directe deviendra une nécessité car on voudra sortir de l’agonie de la non-participation et de la menace constante du débordement populaire. On réformera les pouvoirs car les structures de la démocratie formelle, dépendantes du capital financier, auront perdu tout crédit et toute signification. Ce second volet de crise se présentera sans doute après une période d’incubation au cours de laquelle les problèmes s’aggraveront. Alors débutera une série d’avancées et de reculs. Chaque succès se multipliera et produira un effet de démonstration dans les lieux les plus reculés grâce aux communications instantanées. Il ne s’agira même plus de la conquête des États nationaux mais d’une situation mondiale dans laquelle ces phénomènes sociaux se propageront en précurseurs d’un changement radical de la direction des événements. De cette façon, le processus ne débouchera pas sur le collapsus mécanique que l’on a vu se répéter si souvent, mais la volonté de changement et d’orientation des peuples avancera sur le chemin qui mène à la nation humaine universelle.

C’est sur cette seconde possibilité, c’est sur cette alternative que parient les humanistes d’aujourd’hui. Ils ont trop foi en l’être humain pour croire que tout finira de manière stupide. Et s’il est vrai qu’ils ne se sentent pas à l’avant-garde du processus humain, ils sont disposés à accompagner ce processus dans la mesure de leurs forces et là où ils sont bien positionnés.

Crise de civilisation: premier scénario

Extrait de la présentation du livre « Lettres à mes amis » , Silo, 
Centre Culturel « Station Mapocho »
Santiago, Chili, 14 mai 1994

…Nous arrivons ainsi à un monde où la concentration du pouvoir financier sape toute industrie, tout commerce, toute politique, tout pays et tout individu. L’époque du système fermé commence et dans un système fermé, il n’existe aucune autre alternative que sa dé- structuration. Dans cette perspective, la déstructuration du camp socialiste apparaît comme le prélude à la déstructuration mondiale qui s’accélère de façon vertigineuse.

Tel est le moment de crise dans lequel nous nous trouvons. Mais la crise peut se résoudre selon différentes variantes. Par simple économie d’hypothèses et, par ailleurs, pour pouvoir les illustrer à grands traits, seulement deux variantes sont esquissées dans les Lettres : d’une part l’entropie des systèmes fermés, et d’autre part l’ouverture d’un système fermé grâce à l’action non pas naturelle mais intentionnelle de l’être humain. Voyons la première, que nous allons nuancer par un mode descriptif pittoresque.

Il est très probable que se consolide un empire mondial qui tendra à homogénéiser l’économie, le droit, les communications, les valeurs, la langue, les us et coutumes. Un empire mondial orchestré par le capital financier international qui ne fera même pas cas des populations situées dans les centres de décision. Dans cette situation saturée, le tissu social va poursuivre son processus de décomposition. Les organisations politiques et sociales, l’administration de l’État seront tenues par des technocrates au service d’un monstrueux para-État qui tendra à discipliner les populations, avec des mesures plus restrictives à mesure que la décomposition s’accentuera. La pensée aura perdu sa capacité d’abstraction, remplacée par un mode de fonctionnement analytique et pas à pas, selon le modèle informatique. On aura perdu la notion de processus et de structure, et il en résultera de simples études de linguistique et d’analyse formelle. La mode, le langage et les styles sociaux, la musique, l’architecture, les arts plastiques et la littérature s’en trouveront déstructurés et l’on considèrera comme une grande avancée ce mélange de styles dans tous les domaines, comme ce fut le cas à d’autres périodes de l’Histoire avec les éclectismes de la décadence impériale. Alors le vieil espoir de tout uniformiser entre les mains d’un même pouvoir s’évanouira pour toujours. Cet obscurantisme de la raison, cette fatigue des peuples laisseront le champ libre à tous les fanatismes, à la négation de la vie, au culte du suicide et au fondamentalisme désincarné. Il n’y aura plus de science ni de grandes révolutions de pensée… seulement une technologie qu’on appellera alors « Science ». Les localismes, les luttes ethniques resurgiront, et les peuples laissés pour compte se jetteront sur les centres de décision, dans un tourbillon après le passage duquel les mégacités, jadis surpeuplées, seront désertées. Des guerres civiles continuelles secoueront cette pauvre planète sur laquelle nous ne désirerons plus vivre. Enfin arrive la partie du conte qui s’est répétée dans de nombreuses civilisations, lesquelles croyaient, à ce moment-là, en un progrès sans fin. Toutes ces cultures se sont dissoutes mais, heureusement, alors que certaines tombaient, de nouvelles impulsions humaines surgissaient ailleurs et, dans cette alternance, l’ancien fut dépassé par le nouveau. Il est clair que, dans un système mondial fermé, il n’y a pas de place pour l’émergence d’une autre civilisation, mais seulement pour un long et obscur Moyen Âge mondial.

Si ce qui est exposé dans les Lettres, sur la base du modèle expliqué, est totalement incorrect, nous n’avons aucune raison de nous inquiéter. Si, en revanche, le processus mécanique des structures historiques prend bien la direction commentée, alors il est temps de se demander comment l’être humain peut changer le cours des événements. Qui pourrait produire ce formidable changement de direction sinon les peuples qui sont précisément le sujet de l’Histoire ? Sommes-nous arrivés à un degré de maturité suffisant pour comprendre qu’il n’y aura dorénavant plus de progrès si ce n’est celui de tous et pour tous ? C’est cette seconde hypothèse qui est explorée dans les Lettres….

Silo: L’Expérience


(sous-titres en français)

Radicalisation violente dans les Cégeps du Québec: la détresse en cause

Source: Journal de Montreal .

Camille Gaior

Mardi, 25 octobre 2016 11:03 MISE à JOUR Mardi, 25 octobre 2016 11:03

62e409c8-515b-4586-827a-fc0e9d498055_originalC’est l’importante détresse vécue par les jeunes qui amènerait certains à se radicaliser, selon une récente étude, un phénomène qui demeure toutefois marginal.

Selon un sondage mené au sein de huit cégeps du Québec, la radicalisation dans les collèges n’est que la «pointe de l’iceberg» d’une détresse bien plus profonde.

«La radicalisation violente est un problème important, mais demeure un phénomène minime», confirme Cécile Rousseau, directrice scientifique du centre de recherche SHERPA de l’Institut Université et coauteure de l’étude sur les déterminants individuels et violents du soutien à la radicalisation violente chez les collégiens du Québec, rendue publique mardi matin.

«Par contre, la détresse est élevée, poursuit-elle. On a 20 % de répondants avec un niveau de dépression clinique, et c’est cet état de dépression qui peut amener à des comportements violents ou des solutions plus radicales.»

La religion comme protecteur

Si l’anxiété est un facteur de radicalisation, la religion peut aider la personne à passer à travers des moments difficiles et donc les protéger face aux idées radicales.

Selon ce rapport, les personnes ne se réclamant pas d’une religion, les étudiants originaires du Québec ou les migrants de 2e génération ont plus de risque de se radicaliser que les personnes ayant une religion ou les immigrants de 1ere génération.

«Ce n’est ni un problème de religion ni d’immigration et tous les acteurs sociaux et de sécurité devraient être conscients de cela pour éviter le profilage», poursuit la professeure à l’université McGill.

Manque d’argent

Si les chercheurs recommandent plus d’encadrement et de ressources psychosociales dans les Cegeps à la Fédération, on dénonce le manque de budget.

«On a vécu 7 compressions en 5 pour un total de 157 millions de dollars, et même si on a eu un léger réinvestissement dans le dernier budget, lorsqu’on vit des compressions c’est les services autour de l’étudiant qui en souffrent, dont l’aide psychosocial», a souligné Bernard Tremblay, de la Fédération des cégeps.

Rappelons qu’un projet pilote est actuellement en cours dans le collège de Maisonneuve, qui grâce à une aide de 400 000 $ pour un an a embauché 3 travailleurs de corridors à temps plein, un psychothérapeute en plus de ressources pour le personnel.

Le sondage électronique a été diffusé via l’intranet des collèges André-Laurendeau, Jonquière, Maisonneuve, Montmorency, Rosemont, Sainte-Foy, Saint-Laurent et Vanier durant l’hiver et le printemps dernier et 1894 jeunes y ont répondu. »

Commentaires de Québec Humaniste:

Voici une voix d’alert à propos des racines de la crise actuelle. Il ne faut pas chercher le noyé en amont: le manque d’acceptation sociale, le manque d’affection et le manque de repères spirituels peuvent conduire à la violence!
Permettez-moi de vous partager quelques mots de Silo à propos de la violence et le monde actuel;

« Sans foi intérieure, il y a la peur ; la peur produit de la souffrance ; la souffrance produit de la violence ; la violence produit la destruction, et c’est pourquoi la foi intérieure évite la destruction » Silo, Madrid, 27 septembre 1981.

« Dans ce monde malheureux où la force et l’injustice s’emparent des villes et des campagnes, comment pense-t-on en finir avec la violence ?

Peut être croient-ils être un exemple inspirateur pour les nouvelles générations quand, déguisés en jeux vidéo ils déblatèrent sur le monde, quand ils menacent dans la pire démonstration de tyrannie, quand, finalement, ils envoient leurs gamins envahir, tuer et mourir sur des terres lointaines. Cela n’est pas un bon chemin, ni un bon exemple.

Peut-être pensent-ils que revenir aux pratiques primitives de la peine de mort sera un grand exemple social.

Peut être pensent-ils qu’en pénalisant progressivement le délit commis par des enfants, le délit disparaîtra … ou ce sont les enfants qui disparaîtront !

Peut être croient-ils qu’en appliquant la « main de fer » dans les rues, les rues seront plus sûres.

Bien sûr que ces problèmes existent et se multiplient dans le moment actuel, mais avec une approche violente de la violence il n’y aura pas la paix.

Il n’y aura pas la paix à partir de cette vision zoologique de la vie qui favorise la lutte pour la survie, la lutte pour la prédominance du plus apte. Ce mythe n’aboutira pas. Il n’y aura pas la paix en manipulant les mots ou en censurant les dénonciations justifiées faites contre toute violation et toute atrocité commises contre les êtres humains. A ce niveau je me garderai de ne pas mentionner les « droits de l’homme » car ils ont été, eux aussi, vidés de leur contenu et faussés dans leur sens. Aujourd’hui, il arrive qu’on bombarde les populations sans défense pour protéger leurs droits humains…

Il n’y aura pas la paix à partir de cette vision zoologique de la vie qui favorise un ordre social sur la base de récompenses et châtiments, en transférant la domestication animale à l’honorable citoyen qui commence à s’entraîner à la méfiance, à la délation et au commerce de ses sentiments.

« Il faut faire quelque chose » entend-on de toutes parts. Et bien, je dirai ce qu’il faut faire, mais cela ne servira à rien de le dire car personne n’écoutera.

Moi je dis que dans l’ordre international, tous ceux qui envahissent des territoires devraient se retirer immédiatement et respecter les résolutions et les recommandations des Nations Unies.

Je dis que dans l’ordre intérieur des nations, on devrait travailler pour faire fonctionner la loi et la justice, aussi imparfaites qu’elles soient, au lieu de durcir les lois et les dispositions répressives qui tomberont aux mains de ceux-là mêmes qui font obstacle à la loi et à la justice.

Je dis que dans l’ordre domestique, les gens devraient accomplir ce qu’ils prêchent et sortir de leur rhétorique hypocrite qui empoisonne les nouvelles générations.

Je dis que dans l’ordre personnel, chacun devrait s’efforcer de parvenir à ce que coïncide ce qu’il pense avec ce qu’il sent et ce qu’il fait, modelant ainsi une vie cohérente et échappant à la contradiction qui génère la violence

Mais rien de ce qui est dit ne sera écouté. Cependant, les évènements eux-mêmes feront que les envahisseurs se retireront ; que les durs seront répudiés par les populations qui exigeront la simple application de la loi ; que les enfants reprocheront à leurs parents leur hypocrisie ; que chacun se reprochera à lui-même la contradiction qu’il génère en lui et en ceux qui l’entourent.

Nous sommes à la fin d’une obscure période historique et plus rien ne sera comme avant. Peu à peu, commencera à s’éclaircir l’aube d’un jour nouveau, les cultures commenceront à se comprendre, les peuples expérimenteront une soif croissante de progrès pour tous, comprenant que le progrès limité à quelques-uns s’achève sans progrès pour personne. Oui, il y aura la paix et on comprendra par nécessité qu’une nation humaine universelle commence à se dessiner. »

 Silo, Punta de Vacas, 4 mai 2004

6 heures de spiritualité … Voix, parole, silence

6 heures de spiritualité … Voix, parole, silence

Les 6 heures de spiritualité sont un événement annuel qui revient à Québec chaque année depuis maintenant 15 ans. Il se veut un événement spirituel de rencontre entre personnes de divers horizons et entend développer et favoriser la pratique du dialogue spirituel. Cette année, pour la première fois, le comité organisateur présente une édition automnale. Ainsi nous vous proposons d’aborder la saison colorée la thématique suivante : 6 heures de spiritualité … Voix, parole, silence.

L’événement de cette année se présente avec une touche d’intériorisation plus prononcée que les éditions précédentes. Alors que différentes voix dans la société se font entendre hautes et fortes, parfois avec fracas, souvent intempestives et porteuses de confrontation, de plus en plus empreintes de division, nous vous invitons à la fréquentation du silence, à y retrouver la paix intérieure et l’espace nécessaire où il est possible d’entendre non seulement plus clairement sa propre voix et de lui donner une parole profonde, mais aussi de mieux écouter celle des autres et d’accueillir leur parole avec bienveillance et respect de nos différences.

Au cours de ces 6 heures, des personnes appartenant à différentes voies et traditions spirituelles vous proposeront diverses activités. Il ne s’agit donc pas d’un cycle de conférences, mais bien de démarches expérientielles qui susciteront l’échange et le dialogue.

Joignez-vous à nous !

Où :                Salle Marie-Guyart de  l’Université Laval

                        pavillon Ernest-Lemieux, local 1575

Quand :       le samedi 15 octobre 2016, de 10 h 30 à 16 h 30

                       vous arrivez et quittez au moment qui vous convient

Coût :           gratuit – contribution volontaire
Bienvenue à tous !

Les 6 heures de spiritualité sont un événement qui promeut la rencontre et le dialogue. Elle est organisée par un rassemblement de personnes provenant de divers horizons spirituels.

Informations : 418-656-2131   poste 2189

 

Daniel Fradette

Conseiller à la vie spirituelle et communautaire

Bureau de la vie étudiante
Direction des services aux étudiants
Université Laval
418 656-2131, poste 2189

www.bve.ulaval.ca

Parutiion du livre Survivre à l’ offensive des riches

« À l’aube de ses 80 ans, Roméo Bouchard livre ici un testament politique clair et magistral sur la crise écologique et la crise de civilisation qu’elle entraîne, au Québec comme partout ailleurs dans le monde. La démocratie, les services publics, la solidarité sociale, le français, les médias, les régions éloignées, l’agriculture, le climat, l’environnement : tout est en péril… sauf le pouvoir des riches, qui semblent bien déterminés à sucer le sang de cette planète jusqu’à la dernière goutte. Pour cette oligarchie, tout se déroule en effet comme prévu : le peuple, pris au piège de la consommation, est réduit à une sorte d’esclavage par le travail et l’endettement. Comment survivre à cette offensive des riches? Comment s’affranchir du joug de la croissance économique illimitée qui menace les équilibres naturels indispensables à la survie de l’espèce humaine sur Terre? Pour ce militant de longue date, il faut avant tout restaurer la démocratie et la souveraineté du peuple par l’exercice d’une assemblée constituante. À la lumière d’une vie d’engagement social et politique, Roméo Bouchard débroussaille les chemins de la résilience collective pour l’avenir de la planète, notre seule maison commune. »

Source : Archambault

Il me fait plaisir de connaitre cet auteur., vif exemple de pensée critique et élargie. On a besoin de plus de « politiquement correct ».

À propos, je vous invite à relire le conte pour ceux qui aspirent à devenir des cadres supérieurs

 

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